Procédurier, épris du respect des règles, Said Jaffar El-Macelie livre à La Gazette des Comores, dans une interview exclusive dans la presse nationale, les raisons qui l’ont poussé à introduire une requête contre Ibrahim Mohamed Soulé, du Juwa comme lui, à la Cour suprême. De cette décision, il dit ne rien regretter. Il en a profité pour parler des secteurs prioritaires, qu’il compte réformer s’il est élu.
Vous avez introduit une requête pour annuler la candidature de Ibrahim Mohamed Soulé du Juwa comme vous ne le regrettez-vous pas ?
Said Jaffar El-Macelie : Je ne le regrette pas du tout, j’avais des motifs qui jusqu’aujourd’hui sont valables parce que je suis attaché au respect des règles. Et pour répondre à votre question, les statuts et le règlement intérieur du parti n’ont pas été respectés. Aucune procédure ne l’a été. Les primaires étaient une mascarade et même le jour où devait avoir lieu l’élection, « les responsables » du parti étaient en train de tripatouiller la liste des électeurs. Nous ne pouvons pas crier que le régime orchestre une fraude, piétine le droit et bafouer nos propres statuts ; je suis intransigeant avec le droit.
N’avez vous pas le sentiment que Azali Assoumani pourrait être réélu, en grande partie grâce à vous ?
S.J.E : Je suis candidat, je suis contre Azali et figurez-vous que je me suis engagé dans l’espoir de remporter ces élections. J’ai décidé de maintenir ma candidature parce que je suis celui qui est à même de respecter les règles édictées par le parti, ainsi que son projet d’ailleurs le programme que je vais présenter aux électeurs en découle. Vous savez, même le plan B (Me Mahmoud Ahamada, nldlr) a été choisi sur de la triche. Devons-nous laisser prospérer ces abus ? Le plan B use de tous les symboles du parti Juwa, tout en allant à contre-courant de ses intérêts. Ibrahim Mohamed Soulé, même si publiquement affirmait que la présidence reviendrait à un anjouanais en 2021, estimait en réalité qu’il fallait qu’il aille jusqu’en 2024. Donc, non je n’ai pas encore une fois le sentiment que Azali pourrait être réélu grâce à moi et je mettrai tout mon poids pour être élu à sa place.
Qu’en est-il des rumeurs persistantes qui disent qu’en réalité vos recours sont du fait du régime et que c’est celui-ci en tout cas un de ses ministres qui aurait payé votre caution de candidature ?
S.J.E : Ce sont des allégations gratuites et je mets au défi toute personne qui soutient cette thèse là de pouvoir apporter des éléments de preuve. J’ai avec moi les preuves de financement de ma campagne et de la caution de ma candidature. Je suis consultant pour des organismes internationaux, je fais des études qui peuvent me rapporter jusqu’à 10 millions, j’ai des enfants qui me soutiennent. Ce qu’on raconte, ce sont des bobards sans fondements pour me discréditer parce que j’ai décidé de défendre des principes auxquels je crois, parce que quand il y a des règles, il faut les respecter.
Il semble que vous ayez rencontré Sambi à plusieurs reprises après la crise suscitée par les requêtes que vous avez introduites, que pense-t-il de tout cela ?
S.J.E : L’ancien président ne souhaitait pas que l’on participe aux élections si nous n’avions pas la certitude de les sécuriser comme ce fut le cas en 2006. Y participer sans cette certitude était pour lui cautionner la réélection du président Azali. Quand le parti a décidé d’y prendre part, il nous a demandé de peser de tout notre poids pour que la sécurisation soit garantie. Maintenant, il regrette qu’il y ait autant de candidats issus du Juwa.
Ces requêtes semblent avoir fragilisé votre candidature, et au niveau du parti et au niveau de l’opinion publique, comment comptez vous renverser cette tendance ?
S.J.E : En disant la vérité aux membres du parti. Ils doivent comprendre que je suis le vrai défenseur de notre formation politique. Je défends ses valeurs, son projet ainsi que le calendrier électoral qu’elle a admis.
La coalition de l’opposition qui compte 11 candidats vous a black-listé, où vous situez-vous ?
S.J.E : Je suis de l’opposition même si certains veulent me discréditer en alléguant par exemple que je suis proche d’Azali Assoumani. C’est regrettable. Et puis je pense qu’il y a un manque de sincérité au sein de cette coalition. Sinon, comment expliquer que des candidats se disent opposants aujourd’hui alors qu’ils ont soutenu les assises, le référendum bec et ongles ? Et ce que j’ai le plus regretté, c’est de voir Said Larifou, lors du meeting de samedi dernier (meeting commun de l’opposition, ndlr) se faire acclamer par des militants du Juwa alors qu’il est à l’origine de la pétition qui a fait emprisonner Ahmed Abdallah Mohamed Sambi. J’en appelle à leur conscience. Donc oui, je suis de l’opposition. Et si je ne suis pas admis second tour, ma consigne de vote ira vers celui qui aura émané des 11 autres.
Quel est votre programme et les secteurs que vous jugez prioritaires ?
S.J.E : Avant d’arriver aux secteurs prioritaires, je voudrais parler des mesures urgentes parmi celles-ci, il y a le retour à l’ordre constitutionnel de 2001, révisé en 2009. Et il y a évidemment, le sort des prisonniers politiques. Si je suis élu, j’engagerai immédiatement des démarches pour les libérer. Il faut sans doute rappeler que la Cour de sûreté de l’Etat ne fait pas partie des juridictions reconnues du fait qu’elle n’est pas citée par la loi relative aux juridictions des Comores. Pour moi, les décisions de cette juridiction d’exception sont nulles et de nul effet. Il ne s’agit même pas de les gracier puisque moi il n’y a même pas eu de condamnation.
Le Juwa a payé un lourd tribut et j’ai besoin de tous les dirigeants emprisonnés pour la mise en œuvre de mon projet.
J’ai une autre priorité, qui elle est d’ordre économique ; faire en sorte qu’il y ait une meilleure redistribution des richesses envers la population. J’en ai fait un document détaillé dans mon programme qui sera publié très prochainement.
Maintenant, les secteurs prioritaires sont l’éducation, la santé, la sécurité et la justice. Tous ces secteurs sont fortement ébranlés. D’autres réformes sont prévues, comme la fonction publique où l’avancement des fonctionnaires doit dépendre de l’obligation de résultat.
La diplomatie aussi doit être revue, je voudrais rattacher à l’Université des Comores, une école nationale supérieure des formations en diplomatie. C est une école qui aura deux départements : celui des relations internationales et celui des sciences politiques. Sans oublier la formation continue des fonctionnaires du ministère des affaires étrangères. Pour l’implantation des représentations diplomatiques, je privilégierai les partenaires multilatérales. Pour le reste, nous choisirons des points stratégiques afin d’avoir un nombre limité d’ambassades dont nous pouvons assurer le fonctionnement.
Enfin s’agissant de l’Islam, outre l’introduction de son enseignement à l’école avec un programme officiel, je pense fermement que le muftorat doit être dépolitisé et le mufti élu par le Conseil des Ulémas qui sera lui doté d’un rectorat islamique. Cette institution religieuse doit être indépendante et ne plus être utilisée à des fins politiques.
Entretien réalisé par Fsy
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