Levée d’immunité, ouverture de la session, quorum, gestion financière de l’institution… le président de l’Assemblée de l’Union est revenu sur l'actualité brûlante aux Comores. La deuxième personnalité du pays a, dans un entretien avec La Gazette des Comores et HZK-Presse, dit son indignation face à la situation infrastructurelle des zones rurales. Abdou Ousseine est clair, il ne s’opposera pas à la loi des finances 2019. Il appelle par ailleurs à mettre de côté le penchant des partis politiques et se focaliser sur le bien de la nation.
Question : Comment expliquer qu'un président de l'Assemblée, en l'occurrence vous, puisse cautionner la levée d’immunité de 3 députés par 4 membres d'un bureau qui en compte 9 ? Rappelons qu'en plus, vous étiez absent...
Abdou Ousseine : Vous savez, par rapport à l’Assemblée Nationale, c’est une institution qui a des textes juridiques. Lorsque le Président de l’Assemblée n’est pas là, il donne l’intérim à un Vice-président qui a le droit de faire ce que le Président devait faire. Nous avons un règlement intérieur qui fixe le quorum au niveau de l’hémicycle mais pas au niveau du bureau qui ne demande pas de quorum. Ici, ce n’est pas une association donc s’il y’a 2 ou 3 membres de bureau, c’est suffisant. Ce n’est pas une question de cautionner mais une question de textes. Je pense qu’il n’y a pas eu vice de forme sauf que comme je n’étais pas là, ils ont répondu au procureur de la République.
Question : Est-ce que la majorité ne compte pas ?
A.O : La majorité compte dans une Assemblée au niveau de l’hémicycle quand il s’agit de voter des lois mais une administration ne dépend pas d’une majorité. Ce n’est pas une association mais une institution régie avec des textes administratifs.
Question : Pourquoi, depuis l’ouverture de la session, aucune loi n’a été votée ?
A.O : Effectivement ! Vous savez, l’Assemblée nationale fonctionne car si on parle de fonctionnement de l’institution, c’est par rapport aux textes envoyés. Et quand on envoie des textes, on fait une conférence des présidents, qui est déjà faite, les lois sont affectées au niveau des commissions qui sont en plein travail et à la fin, on va refaire une autre conférence des présidents pour affecter les lois à l’hémicycle pour être votées. Jusqu’à ce jour, aucun texte n’a été fini. Du moins je ne suis pas au courant mais dès qu'ils le seront, nous convoquerons la conférence des présidents samedi, comme prévu.
Question : Comment la commission des Affaires Etrangères va-t-elle travailler sans son président ?
A.O : Seul Dieu ne peut être remplacé. Les présidents peuvent être remplacés car il y’a ce qu’on appelle intérim qui peut être assuré par un vice-président. Actuellement, c’est le député Ben Omar de Ouani qui assure la suite des travaux donc il n’y a aucun problème.
Question : D’habitude, vous siégez avec 33 députés. La nouvelle Constitution a en quelque sorte supprimé les Conseils des îles qui se faisaient représenter par 9 conseillers choisis. Comment allez-vous procéder ?
A.O : Je ne voudrais pas m’étaler sur cette question. Comme vous le savez, en matière de droit, moi je ne suis pas juriste, il y’a ce qu’on appelle consensus. J’étais absent mais le bureau s’est convenu... Moi, en tant que président, je ne pouvais pas m’opposer au bureau. S’ils ont fait ce consensus, je ne peux que m'y plier. Je suis démocrate et je ne peux pas faire une histoire par rapport à cela.
Question : Malgré la tension entre le régime et l’Union de l’Opposition, l’assemblée adoptera-t-elle la loi des finances 2019 ?
A.O : Quand vous dites Union de l’Opposition, même s’ils ne me considèrent pas comme un des leur, je me dis que j’en fais partie quand même car je suis de l’UPDC et mon parti n’est pas au pouvoir donc il est opposant. L’opposition dans les pays africains me tracasse souvent. Quand on est de l’opposition, cela ne veut pas dire qu’on doit s'opposer systématiquement au régime en place. Il y’a des choses réalisées. Si elles sont bonnes, on doit les apprécier et dans le cas contraire, on doit critiquer, proposer et corriger. La loi des finances n’est pas d’un régime ou d’un autre, non. Elle est pour le pays. Si des députés s'y opposent juste parce qu’ils sont de l’opposition, moi je ne le ferai pas. Je ne vais pas m’opposer à la loi des finances. Nous sommes des députés de la Nation et à chaque député d’exprimer son opinion personnelle mais pas d’opinion politique. Si je dois défendre, je défendrai ma région puis l’Etat mais pas un parti quelconque. Je suis de l’opposition quand je suis dehors mais à l’Assemblée, je suis un représentant de la Nation.
Question : On accuse l’Assemblée de mauvaise gestion financière, qu'en est-il ?
A.O : Ici à l’Assemblée, nous ne sommes ni la douane ni les hydrocarbures ni Comores Télécom ni la Ma-mwe. Il n’y a pas d’argent qui rentre ici. Nous avons un budget de fonctionnement et ce dernier sert à l’institution. Nous avons pris ce budget de fonctionnement pour payer des contrats du personnel de l’institution, ce qui est normal. Nous traversons des moments difficiles mais c’est parce que nous avons engagé, pratiquement, 25 millions par mois de contrats et les autres 25 millions, ce qui est insuffisant, servent à l’institution et aux députés. Il ne faut pas mentir à la population. La deuxième institution du pays traverse des problèmes parce que l’argent qui lui est octroyé est insuffisant et quand on réclame une augmentation, on nous la refuse. Si recruter des jeunes comoriens est ce que vous appelez mauvaise gestion alors j’assume cette mauvaise gestion. Le président de l’Assemblée voyage avec ses propres moyens, moi j’en ai fait six. Est-ce que le Président de la République et les ministres en font de même ?
Question : Que pensez-vous de la polémique sur l’accord judiciaire Comores-France ?
A.O : Cet accord, c’est moi qui l’ai signé et je suis convaincu que c’est un bon accord dans la mesure où s’il y’a des opposants qui sont à l’extérieur, on leur demande d’être extradés. Mais ce n’est pas vraiment le but de l’accord. Le but de l’accord est de demander l’extradition des gens de mauvaise foi qui peuvent atteindre à la sûreté de l’Etat et qui peuvent aller se réfugier ailleurs. L’atteinte à la sûreté de l’Etat n’est pas de l’opposition ou de régime mais cela concerne tout le monde. Nul ne peut accepter que des gens, même si ce sont nos frères, de prendre des armes et d’aller se battre. C’est par rapport à cela que l’accord devra se pencher et faire extrader des criminelles comme ceux-là. Mais qu’on l’utilise pour demander l’extradition d’un opposant, non ce n’est pas ça.
Question : Votre avis sur la condamnation du Gouverneur Salami ?
A.O : Je préfère ne rien dire car vous parlez du gouverneur Salami mais vous oubliez Mohamed Bacar. J’étais directeur de la santé du régime Bacar et quand il a été extradé, personne n’a exprimé son indignation. Je n’aime pas parler de ces choses car vous savez que Bacar est un Anjouanais comme moi tout comme Sambi et Salami. Si on veut réconcilier les enfants de ce pays, on ne doit pas parler des uns et oublier les autres. Cela fait dix ans que Bacar est à l’extérieur et personne ne parle et comme je me suis tu sur Bacar, je préfère en faire autant sur Salami parce que tout se paie ici-bas. Il ne faut jamais faire à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. Si ce qu’ils font aujourd’hui n’est pas bien, alors ils doivent s’attendre à ce que demain ça soit leur tour.
Question : Des rumeurs font état de votre candidature pour les prochaines échéances électorales en tant que gouverneur de l’île d’Anjouan. Est-ce que c'est dans vos ambitions ?
A.O : Je remercie le bon Dieu d’avoir été choisi ministre, député puis président de l’Assemblée. C’est un honneur et ça restera dans l’Histoire. Je peux vous dire et ça restera dans vos annales que je ne convoite pas le poste de gouverneur et jamais je le convoiterai. Et même celui de député, je ne pense plus y revenir.
Question : Est-ce une façon de dire que vous mettez fin à votre carrière politique?
A.O : Ce n’est pas ce que j’ai dit. Je ne mettrai pas fin à ma carrière politique parce que je soutiendrai toujours des gens. Je dis, par rapport au climat politique actuel, que je ne peux pas me présenter aux élections de gouverneur et je pense que je ne le ferai jamais, même si en politique, il ne faut jamais dire jamais. Etre président, c’est possible. Si au tour d’Anjouan je suis vivant, pourquoi pas...
Question : Vous avez dit vouloir laisser votre empreinte. Où en est-on avec le projet de réhabilitation des locaux de l’Assemblée ?
A.O : Ce projet est pratiquement en cours et je pense que d’ici le mois d’avril, les travaux vont commencer et on sera obligé de déménager. Par rapport à l’empreinte ce n’est pas à moi d’en juger mais à l’Histoire. Je ne vais rien dire mais les gens sauront qui a raison après 100 ans...
Question : Un dernier mot?
A.O : Je m’indigne que malgré les travaux des routes lancés, ma région soit oubliée après 43 ans d’Indépendance. Les routes sont impraticables dans la région de Nyumakele et je regrette cela. En tant que député de cette région, je ne peux que déplorer cette situation. On en a marre que les régimes consécutifs ne pensent qu’aux grandes villes.
Propos recueillis par A.O Yazid et Oustadh Padre
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