Une fois n’est pas coutume, le ministre des finances se livre non pas pour l'actualité financière mais pour le sujet qui accapare et alimente les débats. Said Ali Said Cheyhane qui donne son avis sur les assises nationales que le pays s’apprête à tenir. Interview.
Question : M. Le ministre, assises nationales obligent, quelle est donc votre position par rapport à cela ?
Said Ali Said Chayhane : merci de m’avoir ainsi permis de m’exprimer sur un sujet de grande préoccupation et d’actualité comme celui des assises nationales. Tout d’abord il reviendrait au mouvement du 11 août d’apporter toute la lumière sur les tenants et aboutissants des assises nationales, mais comme la question m’a été adressée et parce que je suis favorable à leur tenue, je me propose d’apporter certains éléments de réponse.
Des assises parce qu’il faut bien faire le bilan des 42 années d’indépendance réclamé par l’opinion publique. Un bilan qui permettrait d’évaluer la gestion du passé et de baliser objectivement ce que doit être le travail du jour et celui des générations futures. Refuser ou s’opposer à la tenue de ces assises c’est tout simplement refuser de regarder les erreurs du passé, et surtout refuser de songer à un lendemain différent, un lendemain meilleur.
Des assises parce que c’est vraiment le moment de tout remettre en cause et de passer au peigne fin aussi bien, la gestion du passé que l’ensemble de nos prévisions de développement. Au moment où le chef de l’État appelle à l’émergence du pays, au moment où toutes les forces vives du pays sont invitées au sursaut national, au moment où aucune échéance électorale n’est en gestation, le moment est donc propice pour tenir ce devoir de vérité. Surtout qu’aucune crise ne dicte la précipitation qui pourrait perturber la sérénité nécessaire à pareil exercice.
Enfin des assises nationales pour mieux dessiner le futur avec plus de clairvoyance. Il ne s’agit pas d’une tribune dédiée aux polémistes de tout bord. Mais plutôt un cadre idéal de concertation, de partage, d’analyse et de conception pour un modèle de société et une organisation optimale à même de hisser le pays au rang des pays émergents. C’est un devoir pour tout citoyen et ce serait dommageable, pour tous ceux qui croient et qui travaillent pour le développement de ce pays, de ne pas s’en acquitter.
Question : N'empêche que certains sont sceptiques quant à sa finalité. Mais que peut-on réellement attendre ?
S.A.S.C : le moins que l’on puisse attendre est qu’elles permettent une lecture cohérente et objective du destin des Comores. C’est une nécessité absolue car les alternances démocratiques pour lesquelles nous militons jour et nuit, ne doivent pas être synonymes d’éternel recommencement. Pour émerger le pays a besoin d’orientations claires et cohérentes acceptées par la grande majorité des forces vives car résultant d’une large concertation. Le débat politique des pays développés ne tourne pas autour des orientations stratégiques de développement mais plutôt autour des méthodes de mise en œuvre. Tout simplement parce que quelque part réside une convention nationale qui a requis tous les agréments des acteurs politiques, économiques et de la société civile. Une convention qui consacre la volonté de tout un peuple exprimée méthodiquement et qui s’impose comme le mode d’emploi de tous leurs gouvernants.
Les assises permettraient, puisqu’il s’agit aussi bien de bilan, de faire la part des choses des différents gouvernants et par voie de conséquence, éviter la confusion entretenue jusque là sur les personnes qui ont eu à diriger ce pays. Une confusion tendant à loger tout le monde dans la même enseigne. Je veux dire que les assises telles que prônées par le mouvement du 11 août doivent aboutir à ce devoir de discernement. Certains croient à tort que la préoccupation dont il sera question lors de ces assises sera exclusivement et forcement financière. Elle sera aussi et tout d’abord politique, sociale et incontestablement financière. Les coups d’états à répétition, les crimes politiques, le mercenariat, le séparatisme, les détournements de deniers publics sont autant des sujets de préoccupation qui méritent d’être examinés lors de ces assises. Encore une fois refuser cet exercice suppose avoir un mobile personnel et inavouable, quelque chose que l’intérêt général ne saurait retenir.
La vérité une fois dite constitue une voie vers cette nécessaire réconciliation des cœurs. L’avantage est grand en ce sens que les enfants du pays apprendraient beaucoup sur leur histoire et surtout sur les maux qui ont rongé ou qui rongent encore.
Question : Je reviens à ma question sur les réserves exprimées par une partie de la classe politique. Qu'en dites-vous ?
S.A.S.C : La divergence de vue est normale je dirais même souhaitable quelque fois. C’est leur droit le plus absolu d’être pour ou contre les assises je le reconnais, mais c’est quand même dommage pour un leader politique de ne pas saisir l’opportunité. Le propre d’un leader politique est de rassembler des citoyens autour d’un idéal commun pour une cause d’envergure, une cause nationale dans la plupart de temps. Si aujourd’hui, il n’est pas nécessaire de jeter un regard sur le rétroviseur, s’il n’est pas nécessaire à un moment de passer en mode phare pour mieux appréhender la route et permettre une bonne conduite ; Eh bien! Que nos chers leaders nous disent par quelle magie, arrivent-ils à fixer un idéal à des comoriens soucieux que leur voix soit entendue ; que leurs aspirations légitimes soient prises en compte dans l’élaboration de toute stratégie de développement. Aucun homme politique digne de cette qualité ne peut valablement se soustraire à ce devoir national sauf s’il estime n’avoir de compte à rendre à personne. Sauf si la voie du salut lui a été divinement révélée à l’instar des prophètes. Ailleurs, un débat de cette nature obtient l’aval de toutes les forces vives du pays concerné, car quelque soit le niveau de développement, tenir un bilan et définir des orientations claires est l’exercice de tout gestionnaire, de tout responsable soucieux d’amener son entreprise vers la gloire.
Question : L'opposition soupçonne un agenda supposé caché du régime visant à mettre fin à la tournante ?
S.A.S.C : Je m’excuse pour ceux qui pensent ainsi, mais cela s’appelle mettre la charrue avant les bœufs. Avant la tenue des assises, il ne peut s’agir que de fantasme des uns et des autres sur une question donnée. Serait malin celui qui pourrait prédire les conclusions des débats non encore tenus. N’empêche que chacun d’entre nous et en tant que citoyen comorien libre de ses pensées et de ses mouvements, espère tel ou tel aboutissement. Mais c’est là toute la nécessité pour moi de ne pas manquer à l’appel justement pour pouvoir défendre ma position. Autrement, que feront-ils pour empêcher que cela ne soit le cas ? La politique de la chaise vide n’a jamais été une bonne solution.
La tournante nous a permis de nous retrouver après une décennie de crise séparatiste. Mais la formule n’est pas exempte de critiques et suscite chez certains une multitude d’interrogations. Pourquoi vouloir soustraire la question à l’exercice national ? Si la tournante doit constituer une exception, on est tout de même en droit de demander à ses défenseurs les raisons d’un tel régime.
Après la réconciliation et l’unification du pays, la grande préoccupation reste le développement. Il nous faut pour cela comprendre nos erreurs, nos forces et faiblesses pour un nouveau départ. Je pense que les comoriens et plus particulièrement les jeunes ne pourront pas se contenter des seuls résultats de la tournante bien que plausibles. Ils ont droit à autre chose qui promet, qui éveille leur fierté leur sentiment d’appartenir à ce pays et leur engagement indéfectible à lui servir. Cette chose là est celle à définir, à rechercher durant les assises. Vouloir à tout prix résumer les assises à la seule problématique du maintien ou non de la tournante ce serait décevoir, ce serait réduire la portée des assises. Il s’agit dans l’un ou l’autre cas de faire preuve de dépassement, de savoir et pouvoir mettre l’intérêt général au dessus de toute autre considération et se forcer de trouver la forme d’organisation qui permettra au pays de rejoindre au moins ses voisins dans la course effrénée qu’ils font vers le bonheur. Si après examen et analyse, la tournante se révèle être formidable pour un développement rapide de notre cher pays, alors qu’elle soit maintenue. A l’inverse que la tournante retrouve sa place dans les livres d’histoires des institutions politiques.
Propos recueillis par M. Mbaé
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