Nadia Tourqui revient sur le dialogue inter-comorien initié par l’émissaire de l’Union Africaine et sur le retrait de la Société Civile dans lesdites discussions. Dans une interview accordée à La Gazette / HZK-Presse, la représentante du Collectif de la 3e Voix remet en doute la foi des autorités et appelle au respect des droits humains.
Question : Au premier jour de la poursuite des travaux initiés par Ramtane Lamamra, la société civile a décidé de se retirer des discussions, pourquoi ?
Nadia Tourqui : Nous avons eu trois réunions avec Lamamra et nous étions également à la première réunion présidée par Moustoifa Said Cheikh et Sounhadj Attoumane. Nous nous sommes retirés mais pas de manière définitive parce que le problème de la représentation de la société civile en tant qu’entité a été proposé comme premier thème de la discussion du jour et face aux options qui nous ont été présentées, nous avons jugé nécessaire de retourner vers les organisations qui nous avaient mandatés pour rendre compte des discussions avant de pouvoir décider de la manière dont nous allons participer à ce dialogue.
Question : Etes-vous décidées à y prendre part ?
N.T : Oui, tout à fait. Nous, tant qu’on reconnait la place de la Société Civile en tant qu’entité indépendante, nous sommes prêts à participer à ce dialogue.
Question : Le co-président du Cadre permanent de concertation veut choisir deux autres membres qui représenteront aussi la Société Civile, qu’en pensez-vous ?
N.T : Cette proposition nous semble totalement incomprise de la même manière que nous ne sommes pas rentrés dans la composition des délégations. Il n’y a donc aucune raison que quelqu’un s’ingère dans la manière dont la Société Civile voudra s’organiser pour participer à ce dialogue.
Question : Quel bilan faites-vous de la mission de Lamamra ?
N.T : Il est trop tôt pour parler de bilan. Ce qu’il faut faire, c’est plutôt saluer le démarrage du dialogue. Il a mis en place l’ordre du jour, on a discuté avec lui d’un certain nombre de mesures d’apaisement qui devrait être soumises à l’approbation du Président de la République. Nous attendons maintenant la suite de la prise en compte de ces mesures d’apaisement.
Question : Il y a plus de 10 jours, les mesures d’apaisement ont été remises au Président de la République, la situation est-elle vraiment en train d’être apaisée ?
N.T : Pour le moment, il n’y a aucune avancée. Nous n’avons pas vu le moindre signal de mise en œuvre des mesures qui ont été proposées donc nous sommes particulièrement inquiets de la poursuite du dialogue si ces mesures ne voient pas un début d’avancement.
Question : Qu’attendez-vous réellement du Président concernant ces mesures ?
N.T : On attend qu’ils les appliquent. Les mesures sont très claires. Il y’avait les mesures concernant les libertés publiques, les mesures concernant les prisonniers qui sont détenus actuellement dans le cas des affaires liées au contexte politique, des mesures concernant la Commission nationale des droits de l’Homme, des mesures concernant la circulation de certaines personnalités politiques, ... donc il faudrait qu’on voit qu’il y’ait un assouplissement, voire un abandon total de certaines charges qui pèsent sur les personnes qui sont concernées par ces mesures.
Question : Votre avis sur les arrestations ?
N.T : Nous ne pouvons qu’être indignés de la manière dont ça s’est passé vu qu’il n’y a aucun respect des droits des personnes. Les raisons qui sont avancées pour avoir incarcéré ces personnes ne nous paraissent pas suffisamment fondées pour justifier le traitement qui leur est fait. Et il n’y a aucun recours car les avocats de ces personnes sont les premiers à se plaindre de la manière dont ils sont traités, encore plus nous, simples citoyens, qui assistons dans l’impuissance à ces violations flagrantes des droits de l’Homme.
Question : Avez-vous foi aux autorités gouvernementales pour la tenue d’un dialogue inclusif ?
N.T : Je pense que la question de foi ne pose pas ici parce que depuis le début de l’année, nous avons demandé ce dialogue, et ce, depuis la tenue des Assises mais le Gouvernement a fait la sourde oreille et aujourd’hui, il est revenu sur ça mais après avoir fait le référendum et après avoir adopté une Constitution qui a été rejetée par le plus grand nombre de la population. Donc maintenant, c’est à eux de nous prouver cette bonne foi car nous sommes à leur écoute. Ils ont appelé au dialogue et nous avons accepté d’y participer et maintenant, c’est à eux de nous prouver qu’ils sont vraiment revenus à des bonnes intentions par rapport au pays.
Question : N’aurait-il pas mieux valu demander la suspension du processus électoral, le temps d’achever le dialogue ?
N.T : Effectivement, cela devrait faire partie des discussions lorsque le dialogue reprendra. Il s’agit là certainement de l’une des positions que l’opposition devra défendre. Nous, en tant que Société Civile, avions sorti une
Question : N’aurait-il pas mieux valu demander la suspension du processus électoral, le temps d’achever le dialogue ?
N.T : Effectivement, cela devrait faire partie des discussions lorsque le dialogue reprendra. Il s’agit là certainement de l’une des positions que l’opposition devra défendre. Nous, en tant que Société Civile, avions sorti une déclaration bien avant le dialogue juste avant l’arrivée de Lamamra et dans laquelle nous avons exprimé nos positions et la question de la suspension de la Constitution était clairement indiquée dans cette déclaration. Donc il s’agit là de tous les actes qui découlent de l’application de ladite Constitution.
Question : Ce dialogue ne risque-t-il pas d’être un bis repetita des assises ?
N.T : En ce qui nous concerne, nous essayons de tirer les leçons de tout ce qui s’est passé lors des Assises et d’avoir une position de la Société Civile qui soit plus cohérente. On apprend de l’expérience donc on espère justement que ce nouveau dialogue sera plus fructueux.
Question : Reconnaissez-vous le référendum ?
N.T : Non. On ne va pas revenir à l’histoire. Mais je pense que depuis le 12 avril où cette décision de transférer les compétences de la Cour Constitutionnelle à la Cour Suprême a été forcée, nous avons exprimé notre désaccord par rapport à la manière dont les choses se sont déroulées et nos positions n’ont pas changé depuis cette date. D'autant plus que le processus a été anticonstitutionnel.
Question : Etes-vous prêtes à faire des concessions pour le reconnaitre ?
N.T : Pour le reconnaitre, je ne pense pas... Ceci dit, lorsqu’on s’engage dans un dialogue, il est évident que l’on soit prêt à discuter de tous les points et maintenant, il y a des positions de principe que nous défendons dans la Société Civile. Et nous ce que nous voulons, ce n’est pas que X, Y ou Z soit Président mais que quel que soit le Président qui sera à la tête de ce pays, qu'il respecte les règles, qu’il donne l’exemple qu’on ne peut pas construire un pays en bafouant la Constitution et les règles mais plutôt en respectant la mise en place d’un Etat de droit.
Question : On reproche à la 3ème voix dont vous êtes la porte-parole, d’être présente dans les médias mais pas assez sur le terrain et de ne pas pouvoir drainer les masses. Que leur répondez-vous ?
N.T : Je ne sais pas quoi répondre puisque la mise en place de la 3ème voix est venue à l’issue des Assises et de la manière dont cela a été organisé. Les objectifs de la 3ème voix étaient justement de relancer le dialogue et redonner de contenu aux thématiques qui devaient être discutées aux Assises parce que nous avons considéré que le bilan n’a pas été fait de la manière la plus approfondie qui devait permettre de trouver les vraies solutions aux problèmes du pays. Nous avons eu un écho à travers les voix médiatiques et nous constatons qu’on est en train de réprimer ces médias-là, en tout cas les médias qui diffusaient les discours qui allaient à l’encontre du régime. Je pense que si nous n’avons pas assez de voix, ces mesures ne seront pas prises. Nous ne sommes pas dans une logique de faire des manifestations de masse mais plutôt d’approfondir des réflexions.
Question : En cas d’élections anticipées, quelle sera votre position ?
N.T : Nous sommes des citoyens donc si tout le monde est d’accord pour qu’il y ait élections, nous nous exprimerons en tant que tel.
Question : Aspirez-vous à être candidat ?
N.T : Pas du tout.
Propos recueillis par A.O.Yazid et Padré
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