Dans un entretien exclusif accordé à La Gazette des Comores / HZK-Presse, Moustoifa Said Cheikh leader charismatique du Front Démocratique, est revenu sur le climat politique actuel. Pour lui, l’opposition, dont il fait partie, reste ferme en affirmant que l’Union fait la force. Dans ce contexte, « être réalistes et combatifs » sont le credo pour mieux lutter contre tout régime dictatorial.
Question : 92% de suffrages exprimés en faveur du oui lors du scrutin hautement contesté et dont l'opposition dont vous faites partie a combattu par tous les moyens. Quelles leçons en tirez-vous ?
Moustoifa Said Cheikh : D’abord, il faut retenir que c’est le triomphe du mensonge. Un mensonge très arrogant, habillé de violence et de brutalité. Ce n’est pas anodin ce qui s’est passé. Quand on a vu ce qui s’est passé avant le référendum et ce qu’on a observé dans les bureaux de vote du quartier Sanfil, puis par la suite, c’est quand même gros comme évènements qui pèseront demain sur l’avenir du pays.
Question : Le député Tocha Djohar a déclaré dans un point de presse la semaine dernière que l'opposition s'était entretenue avec la communauté internationale et s'en remettait désormais à elle pour trouver une issue à cet imbroglio. Est-ce là une manière pour l'opposition de se dédouaner ?
MSC : Il s’agit là de son point de vue qui pourrait correspondre à une appréciation retenue des évènements mais il reste que ces évènements me semblent catastrophiques pour Azali. D’une part, c’est bien parce que le peuple comorien a réagi et parce que ce même peuple a entendu le message de l’Opposition et de la Société Civile puisque ce qu’il faut relever, c’est cette conjoncture des trois forces qui se sont manifestées et qui ont créé cette dynamique et dont il faut en tenir compte maintenant. Il y’a les forces politiques de l’Opposition, la Société Civile à travers la 3ème voie, puis les Institutions et les personnalités légitimes comme les Gouverneurs Abdou Salami d’Anjouan, Hassane Hamadi de Ngazidja et le vice-président Djaffar qui résistent aux coups de forces du président Azali. Le peuple comorien est debout et maintenant il appartient à tous ceux qui se sont opposés au référendum de voir comment tirer parti de cet apport possible de la Communauté Internationale parce qu’il faut compter sur cette influence qui a toujours répondu présent lorsque le pays sombrait. Je fais allusion dans ce cas aux accords de Fomboni de 2001. Aujourd’hui, si nous avons trouvé une nouvelle dynamique de réunification du pays, de résolution de la crise Anjouanaise, c’est avec la force de la Communauté Internationale. Nous sommes au croisement d’une situation conflictuelle et très dangereuse pour notre pays, donc l’apport de la Communauté Internationale serait la bienvenue mais elle n’est pas l’unique force qui va déterminer l’avenir ni à négliger.
Question : L’opposition compte engager le même discours, c’est à dire appeler au boycott ou bien va-t-elle présenter un candidat pour les élections anticipées ?
MSC : Déjà, nous ne reconnaissons pas le changement de la Constitution. Pour nous, la Constitution en vigueur est celle de 2001. Un élément dont il faut tenir compte, c’est qu’à la veille du référendum, le congrès s’est réuni et a déclaré le scrutin référendaire nul et non avenu, illégal. Par conséquent, la démocratie c’est le respect de la loi. Et la loi en vigueur, c’est la loi constitutionnelle. Ce qui va contrer cette loi monumentale est nulle et non avenue, illégale, c’est notre version des faits. S’il y’a des négociations à faire, c’est par rapport au retour à l’ordre constitutionnel. Nous ne sommes pas dans cette logique de coup de force d’Azali.
Question : Les images vous montrant embarqué par les Forces de l'ordre alors que vous manifestiez pacifiquement ont énormément choqué l'opinion. Comment l'avez-vous vécu personnellement ?
MSC : Ce n’est pas la première fois que je suis victime du régime d’Azali. Je ne m’efforcerais pas de revenir en arrière à l’époque antérieure des mercenaires. Malheureusement, il a toujours été brutal avec moi et ces évènements dont vous faites allusion ne m’avaient pas étonnés moi personnellement en toute franchise. Mais ce qui m’a étonné, plutôt agréablement surpris, c’est la réaction de l’opinion parce que j’ai vu effectivement à ma sortie de prison tout le soutien médiatique, populaire et international dont j’ai bénéficié. Cela a montré qu’il y’a un nouvel éveil de l’intérêt pour la paix, pour la démocratie dans notre pays et pour le respect des droits de l’homme, et ça c’est bon signe.
Question : L'opposition est accusée de rechercher la paix en rang dispersé, chacun ne songeant désormais qu'à ses propres intérêts. Qu’en est-il ?
MSC : Nous avons une Opposition qui regroupe divers classes et mouvements politiques. On ne peut pas avoir la même idéologie ou le même programme encore moins le même projet politique. Mais ce qui est important aujourd’hui, c’est l’analyse que l’on fait de la situation. Quelle est la nature du régime auquel nous avons affaire maintenant ? Le régime qui divise le pays, qui remet en cause la stabilité qu’il y’avait dans ce pays, les libertés politiques, ce régime qui bafoue les libertés démocratiques et les libertés de la presse. Dans la mesure où l’ensemble de ces forces, toute cette panoplie de forces, de la Droite jusqu’à la Gauche, qui arrivent jusqu’à cette conclusion que ce régime est dictatorial et qu’il dirige le pays. Si nous sommes d’accord sur cette analyse et que nous arrivons à réunir les forces du peuple pour ce changement, il y’a beaucoup de chance que nous arrivions à renverser la tendance et à redonner la liberté au peuple comorien de choisir leurs dirigeants. Nous ne sommes pas à un moment où il faut choisir un programme politique mais en situation où il faut unir les forces du peuple pour l’avènement d’un régime démocratique qui va réunifier le pays et le sortir de la misère en donnant la chance de jouir des ressources potentielles qui sont l’enjeu principal du moment. Nos richesses maritimes devront servir de vecteur pour le développement et non nous mener à une situation catastrophique et pour cela il faut bâtir une Union de forces et démocratique.
Question : Qu’en est-il du Front Démocratique dont vous êtes le principal fondateur ?
MSC : Le Front Démocratique est la force de Gauche qui est dans l’Opposition aujourd’hui. C’est une force petite d’un point de vue électoral mais essentiel de par ses projets et ses analyses politiques. Nous jouons le jeu qu’il faut pour que l’ensemble des forces du changement s’unissent. C’est pour cela que nous luttons contre les divisions de la compétition et de la concurrence. Notre rôle au sein de l’Opposition est de pouvoir définir la cible du moment qui est le régime dictatorial d’Azali. Certes, notre souhait est de constituer un pôle de Gauche mais aujourd’hui, notre vision des choses c’est de pouvoir réunir toutes les forces, de la Droite à la Gauche pour un changement démocratique. Nous restons réalistes et combatifs.
Propos recueillis par A.O Yazid
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