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des Comores

Interview / Mohamed Daoudou : "Si le oui l'emporte, la voie de l'émergence est déjà tracée «

Interview / Mohamed Daoudou : © : HZK-LGDC

L'actualité politique aux Comores est des plus mouvementées ces temps-ci. Après le transfert de compétences de la Cour constitutionnelle à la Cour Suprême sur "décision" du chef de l'Etat, Azali Assoumani a annoncé quelques jours plus tard, la tenue d'un référendum portant sur une révision de la Constitution. La Gazette des Comores / HZK-Presse a rencontré le ministre de l'Intérieur, chargé de l'Information et des Relations entre les institutions, Mohamed Daoudou. L'occasion également de revenir sur les questions de la liberté de la presse et de la question de Mayotte.


Question : La semaine dernière, le président de la République a annoncé la tenue d'un référendum. Azali Assoumani a ajouté plus tard que si le "oui" l'emportait, il organiserait des élections anticipées en 2019 et se porterait lui même candidat. Quelle est votre réaction ?

 

Mohamed Daoudou : Dans un premier temps, je tiens à féliciter le président de la République car il a pris une décision sage en décidant de mettre en œuvre les recommandations des Assises nationales qui seront transformées par la suite en actes concrets; le premier étant la révision de la Constitution. Il pouvait le faire via un congrès mais pour donner plus de crédibilité à cette initiative, il a choisi la voie d’une consultation populaire, le référendum. Si le "oui" l’emporte, la voie de l’émergence est déjà tracée. Azali Assoumani déclaré qu’il organisera des élections anticipées en 2019 et qu’il se portera candidat: c’est normal, c’est une suite logique. Il ira aux élections et il sera notre candidat naturel. Sur ce point, il n’y a pas de débat. Nous serons derrière lui et nous le soutiendrons.

 

Question : Le 3 mai, le monde célébrait la journée mondiale de la liberté de la presse. Les Comores, dans un rapport établi par Reporter Sans Frontière, figurent à la 49e place dans le classement mondial de la liberté de la presse, régressant de 5 points comparé à l'année dernière. En tant que ministre de l'Information, comment expliquez-vous cette chute dans le classement et pensez-vous que cela reflète la réalité du pays ?

 

M.D : Déjà, les Comores ne figurent pas sur la liste noire de Reuters et il ne faut pas oublier que nous sommes en première position dans la région dans le cadre de la liberté de la presse. Maintenant, nous avons perdu cinq places et il faut se demander pourquoi on les a perdues. D’abord, parce qu’il y a des journalistes qui sont mal payés, des maisons d’édition ne sont pas équipées et on compte un grand nombre de journalistes non qualifiés, pour ne citer que ceux-là. Parmi les cinq points évoqués, il n’y a aucun point qui concerne les libertés publiques et individuelles, ni entrave à la liberté d’expression. Il n’y a aucun point où Reuters incrimine l’Etat comorien. Il n’y a pas un journaliste jeté en prison ou assassiné. Au contraire, il y a eu des réformes qui ont été engagées et maintenant, il reste à les finaliser. Et puis, tout le monde s’exprime librement contrairement à ce que disent les gens.

 

Question : En tant que ministre de l'Information, quelles sont vos propositions pour appuyer la presse indépendante comorienne qui souffre d'un manque de moyens et dont les journalistes sont très souvent inquiétés pour leur liberté de ton.

 

M.D : Non ! Les journalistes n’ont jamais été inquiétés pour leur liberté de ton. Les journalistes sont rappelés à l’ordre parce qu’il y en a qui se prennent pour des journalistes alors qu'il n'en est rien. Ils sont, à longueur de journée, en train de diffamer, calomnier, inciter à la violence et le désordre public. La liberté d’expression n’est pas le désordre. Pour les mesures à mettre en place, c'est déjà de réviser le code de l’information afin d’appuyer les journalistes. Il y aura la mise en place aussi d’un fonds pour appuyer les médias privés et publics, leur donner un statut mais assurer également le développement du secteur.

 

Question : Des élus de l’opposition ont manifesté la semaine dernière pour dire leur opposition à la suspension de la Cour constitutionnelle par le chef de l'Etat et de la tenue du référendum. En tant que ministre chargé des relations avec les Institutions, votre rôle est, nous l'imaginons, de faciliter les relations entre le pouvoir exécutif et législatif. Quelle sera votre approche dans les jours à venir pour désamorcer cette crise?

 

M.D : Il s'agit de quelques élus de l’opposition. Déjà, le président de l’Assemblée Nationale ne leur a pas donné son accord pour manifester à l’Assemblée et ils ont rétrogradé en le faisant au Conseil de l’Ile de Ngazidja. La preuve en est, il n’y avait personne. Aujourd’hui, le débat se porte sur des textes et d’ailleurs, la question du transfert des compétences de la Cour constitutionnelle à la Cour suprême ne fait plus débat. La décision a été prise conformément aux textes en vigueur à la Constitution qui autorise au président de transférer les pouvoirs provisoirement à la Cour suprême. Nous, on va continuer à travailler et on verra ce que cela va donner par la suite. On est pour l’apaisement mais on ne va tolérer aucun débordement. Etre élu et avoir une immunité, cela ne laisse pas le droit de faire le désordre. Et l’immunité ne veut pas dire impunité.

 

Question : A l'issue du rapport sur la citoyenneté économique remis au chef de l'État, rapport contesté d'ailleurs par certains députés, il en est ressorti que l'ancien président Sambi serait visé dans cette affaire et qu’il pourrait être entendu par la justice. Quelles suites le gouvernement prévoit-il pour éclaircir cette affaire ?

 

M.D : Ce n’est pas au gouvernement d’éclaircir l’affaire mais à la justice. En plus, ce n’est pas le gouvernement qui a demandé l’enquête mais les parlementaires. S’il y a deux ou trois parlementaires qui contestent le rapport qu’ils ont fait eux-mêmes, ils n’ont qu’à régler leurs comptes. Nous, gouvernement, n’avons pas demandé cette enquête ni le président Azali. Depuis son arrivée au pouvoir, le président Azali s’est occupé du quotidien des Comoriens. Les parlementaires ont fait leur travail et on va attendre la suite. Le processus est déjà enclenché. Maintenant, on ne comprend pas pourquoi vous parlez d’une arrivée imminente de l’ancien président Sambi. Ce n’est pas la première fois que Sambi rentre dans son pays. Ce n’est pas un étranger. Pourquoi en faire un événement ? Ce qui est sûr, les faits sont avérés et il faut rendre des comptes.

 

Question : Rien n’a filtré sur la récente rencontre de notre ministre des affaires étrangères El Amine Soeuf avec son homologue français Jean-Yves Le Drian. Pouvez vous nous dire, en tant que porte-parole du gouvernement, l’essentiel qui est ressorti de ce rendez vous sur la question de Mayotte ?

 

M.D : Le ministre Soeuf s’est entretenu avec Le Drian car nous sommes convaincus que tout doit se régler par le dialogue. La partie comorienne se conforme aux résolutions internationales sur cette question mais on veut trouver une autre voie, qui est le dialogue. On félicite Souef du travail qu’il fait dans cette affaire. L’essentiel est de parvenir à avoir une solution durable qui satisfera les parties prenantes. On espère avoir une solution rapide et pérenne, qui permettrait aux Comoriens de circuler librement dans les îles. De notre côté, on va renforcer les mesures sécuritaires surtout dans les circulations sauvages, les Kwassa-Kwassa.

 

Propos recueillis par Mohamed Youssouf

 


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