La Commission de l’Océan Indien organise du 28 au 30 mai à l'ile Maurice, le forum régional des énergies durables. L'occasion pour le secrétaire général de la COI, Hamada Madi, de faire le point sur ce grand rendez-vous régional mais aussi de revenir sur les énergies renouvelables dans l'Océan indien. Interview accordée à La Gazette / HZK-Presse.
Question : Pourquoi organiser un Forum régional des énergies durables ?
Hamada Madi : Ce Forum, qui se tiendra du 28 au 30 mai à Maurice, est l’initiative de la Commission de l’Océan Indien dans le cadre son programme COI-ENERGIES, financé par l’Union européenne. Le but essentiel de ce forum, c’est de mettre en place un réseau de professionnels qui va réunir à l’intérieur de la région de la COI, mais aussi au-delà, autorités publiques, professionnels du secteur et centres de recherche engagés dans la filière énergétique pour échanger sur les dernières avancées sur l’état de l’art ainsi que pistes de réflexion dans trois domaines. Premièrement, la gouvernance, l’environnement règlementaire et le climat des affaires pour l’accès à l’énergie, ainsi que la définition et la mise en œuvre de stratégies énergétiques, visant bien sûr les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Le deuxième thème s’articule autour de l’intégration des énergies renouvelables dans les systèmes électriques. Le troisième thème, c’est l’efficacité énergétique dans l’industrie et dans le secteur du bâtiment car ce qui coûte le moins, c’est l’électricité qui n’est pas produite.
Question : Qu’attendez-vous de ce Forum ?
H.M : Il s’agit avant tout de créer des liens pérennes entre les acteurs de l’énergie et de partager leurs expériences puisque le but du programme COI-ENERGIES, c’est un meilleur accès à l’énergie pour les populations de la région. Ce Forum est un forum « business-to-business », un forum de professionnels, qui a comme objectif la pérennisation des actions du programme COI-ENERGIES. Celui-ci a une durée limitée mais il sous-tend la pérennisation de toutes ses actions. C’est le cas notamment dans le domaine de la stratégie économique puisque nous mettons en place des stratégies nationales et des systèmes d’information énergétiques nationaux. Nous prévoyons également la création et le développement d’un Cluster d’entreprises et de centres de recherches en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique.
Question : La COI a lancé le programme COI-ENERGIES pour ses Etats membres. Pouvez-vous nous parler de l’état d’avancement du projet ?
H.M : Financé par le 10ème FED, l’objectif du programme COI-ENERGIES est de promouvoir les énergies renouvelables (ER) et l’efficacité énergétique (EE) dans nos Etats membres. Les résultats attendus sont une stratégie énergétique régionale focalisée sur le développement des compétences et des institutions, une stratégie de communication et de sensibilisation sur les ER et l’EE, un cadre réglementaire et un climat des affaires favorisant la production d’électricité d’origine renouvelable, le renforcement des capacités des organismes gouvernementaux et des investisseurs privés en termes de conception, d’ingénierie, de construction et de gestion de systèmes décentralisés de production électrique et d’énergie basée sur des sources d’énergie renouvelables et enfin, des normes de performance énergétique pour les bâtiments neufs et les appareils électroménagers. Du fait que nous entrons dans la dernière année de mise en œuvre du programme qui se terminera en juin 2019, l’équipe technique met les bouchées doubles pour répondre à ces objectifs, d’autant plus que les enjeux de la transition énergétique sont considérables !
Question : Que pensez-vous de la situation actuelle aux Comores en matière d’énergie durable ?
H.M : Aujourd’hui, les Comores importent 90% de leur énergie commerciale sous la forme de combustibles fossiles. Les énergies renouvelables n’y représentent qu’1% de l’électricité produite. Mais dans sa vision 2030 et à travers les Assises de l’énergie organisées au mois d’août 2017, le pays a réaffirmé son engagement pour porter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique comorien de 50% d’ici 2030. La COI, à travers son programme Energies, y contribuera.
Question : Aujourd’hui, quel Etat membre de la COI est considéré comme étant le plus avancé en énergies durables et quels sont les mécanismes qu'il a mis en place pour y arriver ?
H.M : La Réunion a indéniablement actuellement une longueur d’avance en termes d’intégration des énergies renouvelables dans son système électrique. En 2016, plus de 34% de l’énergie qui y était produite provenait de sources renouvelables. Cette réussite est basée sur un nombre de facteurs dont des subventions et autres incitations de l’Etat.
Question : Ces mécanismes sont-ils valables pour les autres pays membres ?
H.M : Pas nécessairement. Malgré notre communauté de destin et nos similarités, les niveaux de développement économiques des pays de la région ne sont pas uniformes. Cette hétérogénéité économique fait que nos États membres peuvent avoir des priorités immédiates différentes en termes de politique énergétique. Pour certains, c’est en premier l’accès universel à l’énergie, c’est-à-dire l’électrification du territoire, pour d’autres, la transition vers un mix énergétique intégrant plus d’énergies renouvelables est l’actualité des parties prenantes. Ce Forum se veut justement être un lieu de rencontres et d’affaires dont pourront bénéficier tous les participants, y compris bien sûr ceux des Comores, avec une approche globale du marché des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique afin de répondre aux ambitions, besoins et enjeux du développement durable.
Question : Le programme COI-ENERGIES va travailler avec l’International Renewable Energy Agency (IRENA). Comment comptez-vous vous y prendre ?
H.M : Nous avons initié des contacts avec IRENA et souhaitons pouvoir travailler ensemble. Leighton Waterman, Programme Officer de la SIDS Lighthouse Initiative de l’IRENA, fera une présentation lors du Forum. L’intitulé de celle-ci est, « Le mix électrique du futur dans les pays en développement : comment utiliser au mieux les outils d’évaluation et de calcul ». Ce sera l’occasion d’approfondir les pistes de coopération.
Question : Quels sont les principaux obstacles au développement des énergies propres dans notre sous-région ?
H.M : Les Etats membres de la COI sont des Etats insulaires et l’intégration des énergies renouvelables dans les systèmes électriques insulaires posent un certain nombre de contraintes et de questions. Puisqu’il s’agit d’iles, il n’est pas possible de penser en termes d’interconnexion et de marché régional de l’énergie. L’autre caractéristique est géographique et climatique : nous sommes dans une région qui bénéficie d’un ensoleillement important et qui est entourée de mer. Cependant, l’énergie solaire est une énergie intermittente et ne peut en aucun cas assurer aujourd’hui la totalité des ressources énergétiques de nos îles. Pour ce qui concerne l’énergie marine, le monde en est encore à un stade de démonstrations pilotes. Restent les autres énergies alternatives comme la géothermie qui a l’immense avantage de pouvoir générer de l’électricité en base. Les Comores ont effectué des recherches prometteuses qu’il s’agit de continuer pour transformer l’essai.
Propos recueillis par Mohamed Youssouf
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