Aboudou Soefo, l’un des leaders du parti Radhi, a annoncé sa candidature aux prochaines élections des gouverneurs qui devraient avoir lieu au plus tard en 2019. L’ancien ministre s’est livré lors d’une interview accordée à La Gazette des Comores / HZK-Presse sur la crise – ou non- au sein du Radhi, la nouvelle charpente constitutionnelle, le don de plus de 6 milliards accordé par la Chine aux Comores, de l’absence de la politique sur l’agriculture aux Comores. Il a par ailleurs donné sa solution pour la gestion des ordures. Interview.
La Gazette des Comores: Le Radhi ne compte aucun membre dans le nouveau gouvernement, votre alliance avec la Crc tient-elle toujours ?
Aboudou Soefo: Oui, notre alliance tient toujours. Le secrétaire général du Radhi l’a d’ailleurs confirmée.
LGDC: On dit que vous serez candidat aux prochaines élections des gouverneurs, est-ce que vous le confirmez? Serait-ce sous l'étiquette du parti Radhi?
A.S: Oui, j’ai déclaré ma candidature pour les prochaines élections. Avec le Radhi ? Seul l'avenir nous le dira. On entend ici et là que l’autonomie des îles est dépouillée. Il y a des compétences exclusivement dévolues aux îles autonomes et d’autres qui sont partagées avec les autorités centrales. Maintenant, tout réside dans la compréhension des uns et des autres sur ces compétences et il va falloir nous concerter. A mon avis, la principale question serait de savoir comment mettre en pratique ces compétences et surtout avec quelles ressources humaines...
LGDC: Pragmatique ?
A.S: J’estime que j’ai une autre approche. Une vision dans ce domaine pour concourir modestement à mettre sur pied la Grande-Comore.
LGDC: Pour les élections présidentielles, présenterez-vous un candidat ou comptez-vous soutenir la candidature de l’actuel président ?
A.S: Le Radhi est dans la mouvance. Est ce que ces partis en ont discuté ? Je ne sais pas. Azali s’est prononcé comme candidat pour le compte de la mouvance présidentielle. C’est à nos leaders de se prononcer sur la question.
LGDC: Justement, le parti Radhi, dont vous êtes co-fondateur, serait en proie à la division. Est-ce un problème de leadership ou de positionnement politique ?
A.S: Quelle mouche pique les partis politiques comoriens qui subissent des convulsions ? Cela ne concerne pas que le Radhi. Il y a quelques aspects dans le développement politique de notre pays qui est assez mouvementé et dans la conjoncture que nous vivons, on peut comprendre qu’il y ait des convulsions. En revanche, nous faisons tout pour que la sérénité règne au sein du Radhi, même si sérénité ne signifie pas unanimité.
LGDC: Le climat politique aux Comores est délétère. Une partie de l’opinion publique pense que les arrestations des différents leaders l’opposition ne seraient en fait que des règlements de compte au profit président Azali. Qu'en est-il selon vous?
A.S: Cette perception est récurrente. Hier comme aujourd’hui. S’y prononcer est inutile. Maintenant, il est absolument nécessaire que la lumière soit faite. La justice est saisie sur un bon nombre de dossiers, qu’elle aille jusqu’au bout, d’un pas soutenu, afin de permettre aux Comoriens de savoir ce qu’il en ressort réellement.
LGDC: Il y a une restriction des libertés individuelles et collectives, certains leaders politiques dont votre ancien compagnon de lutte, Moustoifa Said Cheikh ont été malmenés puis arrêtés. Quel regard portez-vous sur ces restrictions ?
A.S: Evidemment, tout cela m’a attristé de voir des amis, d’anciens compagnons se faire malmener par les forces de sécurité. Mon souhait est que cela ne puisse plus se renouveler, encore moins sous cette forme-là. Vous savez, j’ai été arrêté à plusieurs reprises par le passé, même dans ces cas-là, les policiers qui venaient le faire s’en excusaient de par mon statut d’ancien professeur et c’était rassurant. Il y a la dimension humaine, qui ne doit pas être perdue de vue dans tout ce que nous faisons.
LGDC: Que pensez-vous de la nouvelle charpente constitutionnelle?
A.S: Les constitutions sont appelées à être revues. Les ambitions des pays changent. Je ne dirai pas qu’elle est parfaite, cependant, j’estime qu’il y a une bonne base pour l’action, pour un nouvel élan des Comores.
LGDC: Ne risquons-nous pas d’avoir un président sans réel contre-pouvoir ?
A.S: Le président n a pas intérêt à être sans contrepouvoir ni a à être perçu comme celui qui régit le monde. Ce faisant, il réduirait toute l’intelligence de ce pays. Sa richesse et son épanouissement résident justement dans le concours de ce dont les Comores disposent en matière d’intelligence. Les contre pouvoirs existent mais encore une fois, tout dépend de la qualité de nos parlementaires, des exécutifs des îles, de la qualité des acteurs devant lui, tout comme de leur confiance en eux et en lui
LGDC: La Chine, lors du dernier sommet sino-africain, a promis un don de 6,3 milliards de francs pour les Comores. Ne pouvions-nous pas espérer plus ?
A.S: Nous aurions pu espérer plus même si nous savons la générosité de ce partenaire qu’est la Chine. Pour autant, cela n’occulte en rien le fait qu’elle concourt dans bien des secteurs dans le processus de développement de notre pays. Ce que je peux par contre ajouter, c’est que l’on peut désormais nous concerter sur les politiques publiques. Elles doivent bénéficier désormais de l’apport d'un réel débat citoyen pour que nous puissions mieux centrer nos priorités. J’aurais par exemple aimé que le président défende notre agriculture. Disposer de moyens pour la développer par une politique, une vision. Je rêve d’un grand projet destiné à faciliter l’accès pour nos paysans, aux montagnes, aux collines. Et l’expertise chinoise en la matière serait d’un grand apport pour le pays, notamment sur les machines agricoles légères. Il est impensable que les agriculteurs continuent d’utiliser faux et coupe-coupe. Il nous faut penser à la mécanisation de notre agriculture avec des machines légères, au demeurant accessibles.
LGDC: En tant qu’ancien ministre des affaires étrangères, quel regard portez-vous sur l’action de Souef Mohamed El-Amine dans la mésentente franco-comorienne notamment au sujet de Mayotte ?
A.S: Je préfère ne pas me prononcer, surtout en cette période très difficile. Le gouvernement comorien fait de son mieux.
LGDC: Les Comores s’alignent de plus en plus sur la politique saoudienne, celle-ci nous ayant mené à rompre diplomatiquement avec l'Iran puis le Qatar. Quelle appréciation portez-vous sur ce positionnement?
A.S: Le monde est aujourd’hui si bouleversé que chaque pays a besoin de partenaires stratégiques. Si c’est dans cet esprit que cela est conçu, ca doit être développé. Je ne suis pas opposé au partenaire stratégique qui veut bien l’être pour les Comores. Il y a bien sûr le point de vue du dirigeant et le point de vue du citoyen. Si le président estime que le pays en sortira gagnant, d’accord. Cela étant, de mon point de vue, je ne pense pas que l’Arabie Saoudite puisse être notre partenaire stratégique.
LGDC: Si vous êtes élus, où axerez-vous vos priorités pour développer l’île de Ngazidja ?
A.S: Sur le développement durable, la transition énergétique, l’agriculture et l’élevage, la question de la capitale me tient aussi à cœur, notamment au niveau de la question de la gestion des déchets. La dernière fois, j’ai entendu le ministre des finances, Said Ali Said Chayhane jubiler avec l’aide japonaise de plus de 600 millions sur la gestion des déchets dans la capitale. La question des déchets sous l’angle des traitements, va conduire à une faillite. La solution selon moi est qu’avec les déchets, nous puissions produire de l’électricité. Il y a des investisseurs qui sont prêts à y concourir à la seule condition que Mamwe leur rachète l’électricité qui serait produite. Les 600 millions auraient pu servir aux régions exposées au stress hydrique avec l’implantation de deux centrales qui pourraient produire chacune 80 000 litres d’eau par jour. Encore eut-il fallu que les bonnes personnes ressources aient pu être consultées dans ce cas précis.
Propos recueillis par Faïza Soulé Youssouf et Oustadh Padre
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