Ce qui ne devait être qu’une visite ordinaire défraie la chronique, tant l’accueil hors-norme qui a été réservée au chef de l’État déterre le souvenir de ce mauvais quart d’heure passé à Mbéni, un des fiefs de l’opposition et où, quelques jours plus tôt, il s’était fait huer alors qu’il était allé assister à l’enterrement d’un ancien ministre.
Comme chaque vendredi, le président de la République, dans sa politique de se rapprocher à la population, il dirige la grande prière dans une localité donnée. Vendredi dernier, il a jeté son dévolu sur Mnungu, un petit village de Hamahamet réputé par ses mariages onéreux. Ici, a été accueilli tel un prince arabe celui qui a été hué quelques jours plus tôt à Mbeni, chef-lieu de Hamahamet et non moins fief de l’opposition.
Dès l’entrée du village, une foule immense composée de femmes et hommes drapés de leurs habits du jour, attendaient le chef de l’État. Ils l’ont accompagné jusqu’à l’entrée de la mosquée, a relevé l’équipe de communication de Beit-Salam. « Les femmes devant la mosquée répétaient Talâ El badru Alayna ! la chanson historique, concernant la Hidjra du Prophète Mohammed (sala Allah Alayhi Wa salam) et ses compagnons, émigrant clandestinement à Médine fuyant la Mecque, sa chère ville natale », poursuit avec enthousiasme la même source.
A la mosquée les discours étaient axés sur la paix et la gratitude, évoquant « le véritable croyant armé de patience face aux épreuves qui le touchent mais qui est plein de gratitude pour les bienfaits reçus ». Des prêches conséquents quand on sait à quel point le chef de l’État est confronté à la colère d’une partie de son peuple depuis la réforme constitutionnelle de juillet 2018.
Le chef de l’État a pris brièvement la parole pour saluer cette belle opportunité de se retrouver dans ce lieu de prière pour un rappel. « Je suis éternellement reconnaissant à cette région car c'est Taki qui m'a envoyé à l'école de guerre et qui m'a nommé Chef d'état-major. » Le président a attiré l’attention sur le discours basé sur le mensonge qui ternit l’image du pays, en voulant faire des Comores un pays à risque sécuritaire, alors que le pays demeure « un havre de paix. »
Cette visite n’est pas passée inaperçue de par son caractère majestueux voulu par Mnungu. Les partisans du régime parlent sans doute d’un « accueil très chaleureux », tandis que les autres s’en amusent : « ils sont soulagés », pique un inconditionnel de Mamadou. « Honnêtement je ne vois pas d’autres solution de sortir de cette 50e [position] que de danser et prier, danser et prier, danser et prier, et nous remonterons à la 3e place », écrit cette internaute, en référence au dernier rapport du cabinet Deloite qui a relégué les Comores à la 50e position dans le classement 2020 des pays africains selon l'attractivité pour les investissements.
Andjouza Abouheir
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