Le Haut conseil de suivi a été mis en place mercredi dernier pour assurer la collecte des fonds qui s’élèvent à près de 4 milliards de dollars annoncés par les partenaires internationaux. En sa qualité de ministre de l’économie et porte-parole du gouvernement, Houmed Msaidié salue cette volonté du chef de l’État de vouloir « transformer le rêve en réalité ». Dans cette interview accordée à La Gazette des Comores / HZK-Presse, il estime que pour atteindre les objectifs, tout doit se faire vite et bien.
Question : Le Haut conseil de suivi de la Conférence des partenaires au développement (CPAD) des Comores a été mis en place. Quelle mission lui-a-t-on assignée ?
Houmed Msaidié : Il y a eu avant cette conférence de Paris, d’autres conférences des partenaires pour le développement des Comores mais la population n’a pas vu les résultats escomptés. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de traces mais les objectifs ne sont pas atteints. Que ce soient les 400 millions de dollars de Maurice ou les 600 millions de Doha, le pays n’a pas su tirer ne serait-ce que les 10% de ces fonds. Cette fois-ci, la barre a été placée très haute puisqu’on en a recueilli plus de 4 milliards de dollars et maintenant il faut mobiliser cet argent. Et pour cela, le Président a jugé nécessaire de mettre en place un Comité de suivi baptisé « Haut conseil de suivi » pour justement mobiliser cet argent. L’autre aspect, c’est que dans la mobilisation de cet argent à Paris, on a présenté des projets bancables repartis en projets phares, structurants et sectoriels. Bien évidemment, ceux qui se sont engagés, parce qu’il y en a beaucoup qui ont fait des annonces par rapport à ces projets bancables, vont essayer de voir ce qui a été fait comme projet et si cela s’adapte avec les études faites. Les bailleurs qui se sont engagés vont faire des études pour confirmer les nôtres pour les adapter par rapport à leurs besoins. Donc la mission principale, c’est de mobiliser l’argent annoncé à Paris destiné à des projets bien définis.
Question : Le Président s’est dit membre de fait du Haut conseil de suivi. Qu’est-ce que cela signifie ?
HM : Il est le Président du Conseil de suivi qui est l’organe supérieur qui comprend trois membres du gouvernement dont le ministre de l’Economie, celui des Finances et celui des Affaires étrangères. Mais aussi le secrétaire général du gouvernement, un membre de son cabinet, trois membres représentants chaque gouverneur, un représentant de l’UCCIA, un représentant de l’Union des chambres de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage et un représentant des partenaires au développement. Voilà la composition du Haut conseil qui a le rôle d’un conseil d’administration par rapport à ce que la mission qui est de mobiliser l’argent et de l’orienter dans l’exécution des projets déjà retenus.
Question : Pour la collecte de ces fonds, quelle échéance pour le Haut conseil ?
HM : Nous avons présenté des projets à Paris, des investisseurs publics et privés se sont prononcés pour nous accompagner afin de les mettre en œuvre dans un esprit gagnant-gagnant. Maintenant, cette structure n’est pas appelée à durer, non. Elle est là pour répondre à l’attente des uns et des autres, d’abord le Chef de l’Etat puis toute la population. Il y a le gouvernement qui a ses missions régaliennes mais ce Haut conseil a le rôle de ramener l’argent annoncé depuis Paris. Donc, plus tôt l’argent sera là, les gens verront que cette conférence avait tout son sens, et mieux cela vaut pour le pays. Et bien sûr, les choses rentrent dans le cadre normal qui est des ministères qui continuent à gérer ce que les partenaires publics ou privés ont mis par rapport aux projets identifiés. Effectivement, le Président l’a dit lui-même que c’est une structure pérenne qui doit mobiliser l’argent et faire en sorte que les projets démarrent. Et dès qu’un projet démarre, la structure va s’intéresser à d’autres projets.
Question : Plusieurs délégations ont sillonné le pays ces derniers jours dans le cadre de la coopération diplomatique et économique entrant dans les conséquences de la CPAD. Dans la collecte des fonds, est-ce que ces investisseurs seront une priorité pour le Conseil ?
HM : Oui ! Prenons le cas du Maroc, il a participé activement à la conférence des partenaires à Paris. Il a fait beaucoup d’annonces, entre autres les 3000 bourses sur 10 ans et vous avez vu une très forte délégation multisectorielle de l’administration marocaine sur Moroni. Lors de ce rendez-vous de Paris, les secteurs identifiés par le Maroc étaient des projets sectoriels. On s’attend à ce qu’il intervienne. Très bientôt le secteur privé marocain va arriver sur place et là, on sait que son intérêt va au-delà de ce qui relève de l’administration parce qu’on a des infrastructures stratégiques à refaire. Donc la présence du secteur privé va nous pousser à discuter autour des projets structurants et phares. A cette occasion, on a parlé de l’énergie notamment d’un projet solaire de 3 mégawatts. La délégation du groupe Sipromad et Thomson Broad-Cast du milliardaire Ylias Akbaraly, elle, s’intéresse au secteur bancaire plus particulièrement la BIC dont BNP Paribas veut céder ses parts avec une vision de soutenir l’économie comorienne avec tout ce qui est activité industrielle. Il y a aussi la numérisation de la télévision et le trading qui sont aussi dans son domaine. Le passage de la compagnie Airbus nous a permis d’élargir nos discussions avec ce géant européen notamment pour la mise en place de la compagnie aérienne nationale. Maintenant, tous ceux qui viennent dans le cadre de la conférence de Paris iront voir ce Haut conseil pour la concrétisation de tout ce qu’on a discuté.
Question : Est-ce que la présence d’Airbus annonce la mise en place effective de la compagnie nationale ?
HM : La mise en place d’une compagnie n’est pas une mince affaire de 24 heures même si les études ont été faites. Il y aura d’autres étapes à franchir et puis en même temps, il va falloir aller autour d’une table ronde par ce qu’il faut réunir beaucoup de gens pour qu’on puisse voir l’argent à mettre pour que cette compagnie puisse fonctionner.
Question : Qu’en est-il ressorti des discussions avec la délégation marocaine ?
H.M : Il y a eu la validation de 27 accords touchant plusieurs domaines de la vie publique des Comores qui vont être formalisés incessamment au Maroc. C’est un succès. En tout cas, cela montre que la qualité des relations entre le Royaume du Maroc et les Comores sont au beau fixe et là, c’est un nouveau palier que nous franchissons.
Propos recueillis par A.O Yazid
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