L’opposition considère que le mandat du président Azali Assoumani arrive à terme le 26 mai 2021, malgré la présidentielle de mars 2019 (dont les résultats ont été contestés) laquelle a découlé du référendum constitutionnel organisé un an plus tôt.
Question : Nous dirigeons-nous vers un face-à-face du régime et l’opposition le 26 mai ? Le régime pour célébrer les 2 ans de la réélection d’Azali Assoumani et l’opposition les 5 ans qui marquent la fin de son mandat selon l’ordre constitutionnel d’avant le référendum de 2018 ?
Houmed Msaidié : Puisque nous parlons de référendum, il y a lieu de rappeler que celui de 2009 avec 18% de participation n’avait pas mobilisé les foules et n’était pas empreint en tout état de cause de stabilité. Certains d’entre nous s’étaient opposés farouchement y compris par des moyens illégaux. Cela n’a pas empêché pour autant la proclamation des résultats le lendemain et tout le monde a respecté le choix des Comoriens. Donc aujourd’hui cette légitimé accordée au référendum 2009 s’accorde à celui de 2018. Tout démocrate ne peut que se conformer à la volonté des Comoriens. La question qui se pose aujourd’hui, sommes-nous en face d’une opposition démocratique qui respecte la volonté populaire tel que nous la constatons de la part de tous nos partenaires ou face à des forces rebelles ? Certains actes posés militent pour la seconde hypothèse. Néanmoins, le président Azali Assoumani a confiance comme à son habitude au génie des Comoriens, il continue à dire que la porte est ouverte pour un dialogue avec une opposition démocratique et républicaine. Au reste, le 26 mai marque effectivement le second anniversaire de son troisième mandant obtenu dans les urnes. Un mandat tranquille qui s’achèvera en 2024 suivant le calendrier et au terme de la Constitution. Si face à face il devait y avoir le 26 mai, il serait entre la légalité et l’illégalité, la légitimité et l’illégitimité. En 2018, Azali Assoumani a réaffirmé le caractère républicain de la fonction de chef d’État. Cette fonction n’a jamais été exercée par un territoire ni une île mais bel et bien par un homme, par une vision, par une perspective et quand on est porteur de la vision, il faut toujours revenir sur ses autres semblables pour demander si oui ou non on a atteint ses objectifs. Auquel cas, on peut rebeloter mais pas plus de deux fois. La Tournante est toujours là et il faut savoir qu’elle ne concerne pas l’île en question mais la personne. Pour ne pas satisfaire des égos qui relèvent purement de l’insularité, il faut que le président puisse répondre de son mandat, de son programme et de son bilan.
Question : Depuis la réforme constitutionnelle, les complots ont augmenté, la stabilité retrouvée est rompue. N’est-il pas temps pour le régime de mener son examen de conscience ?
H.M. : Je ne sais pas si le terme de complot est approprié pour le cas de figure dont vous faites allusion. Une chose est sûre : ceux qui ont contesté jusqu’à la réforme constitutionnelle et le referendum qui a consacré l’adoption de la nouvelle Constitution entrée en vigueur depuis, ne sont pas restés sans faire valoir leur opinion, voire agir par des tentatives de déstabilisation avec des faits d’attentats. Pour autant, la stabilité du pays ne se trouve pas entamée, même si d’aucuns tentent de saper cette base, principal acquis du processus de réconciliation nationale post-crise séparatiste de l’île comorienne d’Anjouan. Nous avons la conscience tranquille et ne sommes pas dans quelques tourments que ce soit pour nous trouver face à un examen de conscience. Dans le feu de l’action publique, il y a lieu d’évaluer les politiques menées et d’impulser de nouvelles orientations qui permettent d’atteindre les objectifs fixés. Nous avons une opposition anesthésiée par ses incapacités intrinsèques. Elle n’est pas une force de proposition porteuse d’une alternative crédible à des orientations et des politiques publiques que nous menons. C’est à cette opposition feutrée qu’il faut inviter à son examen de conscience. Nous, nous avançons fort de la légalité constitutionnelle et de la légitimité populaire.
Question : Le pouvoir multiplie les gestes d’apaisement (grâce présidentielle pour Djaffar, libération de Mohamed Moina, déclaration Belou qui a tendu la main à l’opposition…). Est-ce un signe de fébrilité en vue du 26 mai ?
H.M. : La grâce demeure une prérogative régalienne du chef de l’État. Il appartient à ce dernier de l’exercer ou non. Il ne faut pas oublier que le président Azali Assoumani, par le décret No19-094/PR du 10 août 2019, a déjà gracié plusieurs personnes qui ont été jugées et condamnées par la Cour de sureté de l’État dont l’ancien vice-président Djaffar Ahmed Saïd fait partie. L’éthique politique impose de placer l’intérêt national au-dessus des intérêts partisans et catégoriels. Par conséquent, il n’y a pas de fébrilité qui expliquerait les gestes ponctuels d’apaisement, des gestes magnanimes qui témoignent des qualités humaines personnelles du président de l’Union, Azali Assoumani.
Question : Vous aviez promis que les premiers éléments de l’enquête concernant Bapalé allaient être communiqués mais force est de constater que c’est la chape de plomb.
H.M. : L’enquête suit son cours. Les éléments de l’enquête sont d’ores et déjà transmis au parquet. Leur communication par voie de presse, relève de l’autorité qui en a la responsabilité, notamment le parquet sur la foi des éléments de la brigade de recherches. En tant que membre de l’exécutif, je dois respecter la séparation des pouvoirs et laisser la justice suivre son cours sans interférer. Il reste que dans les affaires, il y des implications politiques de politiciens résidents et non-résidents qui ont tiré les ficelles à des fins de déstabilisation. Il appartient à la justice de situer le niveau de responsabilités des uns et des autres dans l’affaire : exécutants et commanditaires.
Question : En tant que ministre de l’économie, quel est votre bilan ?
H.M. : Le premier agent fondateur d’une économie reste la santé. À ce stade, je dois rendre un hommage mérité au président pour son engagement quotidien dans la lutte contre la propagation de la covid-19 dans notre pays. Ce combat pour la santé de toutes les Comoriennes et de tous les Comoriens est aujourd’hui notre acquis le plus cher. Cela nous permet de réaffirmer l’engagement du président de faire des Comores un pays émergent à l’horizon 2030. Vous conviendrez avec moi que toutes les économies du monde ont été fortement impactées par l’avènement de la pandémie à coronavirus. Sur le plan économique et investissements, nous avons organisé la conférence des partenaires au développement lors de laquelle, des annonces de l’ordre de 4,2 milliards Us ont été faites. La covid-19 a fait que les résultats n’ont pas suivi. Toutefois, nous sommes restés en contact avec certains investisseurs qui n’attendent que l’ouverture des frontières pour venir matérialiser leurs engagements pris à Paris. Le cadre macroéconomique est marqué par une relative stabilité avec des indicateurs qui ont été performants jusqu’à l’incidence du Kenneth et de la Covid-19. L’inflation est restée tenue dans les limites des critères de convergence économiques de la Zone franc et de stabilité du cadre global, à 3%. La croissance s’est établie à 2% en 2019 pour chuter en 2020 et tomber à -0,40%, marquant notre entrée en récession. La balance commerciale a enregistré un léger recul en lien avec la baisse des exportations, notamment le cumul de stocks de vanille non exportés. Malgré tout, les Comores ont réussi à maintenir un niveau élevé de réserves de change, suffisant pour couvrir 6,2 mois d'importations. Le déficit budgétaire s'élevait à 3,6 % du PIB en 2020 contre 2,1% en 2019, en raison de la baisse des recettes fiscales et de l'augmentation des dépenses publiques liées à la crise de la COVID-19. Nous pouvons également noter que durant cette période de crise mondiale, non seulement nous n’avons pas subi des ruptures de stocks pour les produits importés et en partenariat avec le ministère de la production, nous avons réussi à faire en sorte que les produits locaux soient en abondance. Sur le plan énergétique, un secteur érigé en cheval de bataille par le président Azali Assoumani, les Comoriens reprennent aujourd’hui confiance en la capacité du pouvoir à leur fournir de l’électricité au quotidien. Cela en passant par l’énergie thermique et le solaire. Il s’agit d’une véritable révolution si on prend pour exemple toute la région qui va du Hambu à l’ensemble du Mbadjini avec la centrale d’Innovent et la région qui va de Shissiwani jusqu’à une partie de Nyumakele pour la centrale de Vigor. À souligner toujours dans le secteur de l’énergie, le câblage des quatre villages restants à Mohéli d’ici le mois de juillet. Comme tout le monde le constate, d’autres secteurs fonctionnent parfaitement et continuent de soutenir l’économie à l’image de la construction des routes et des activités dans le milieu du BTP. En ce qui concerne le quotidien des Comoriens, malgré Kenneth et la pandémie, on ne peut pas dire qu’il soit difficile. Depuis plus de deux ans, plus de 12 000 agents de l’État perçoivent régulièrement leurs salaires. Contrairement aux années passées où, les agents accusaient des retards de paiement, aujourd’hui nous arrivons à avancer les salaires et cette donnée contribue à l’amélioration du pouvoir d’achat des Comoriens.
Question : Le chef de l’État parle d’émergence et les fondamentaux n’y sont pas : État de droit, climat des affaires trouble, le privé brimé, méritocratie aux oubliettes... A quand la vraie mise en place d’une stratégie de développement ?
H.M. : Je dois vous corriger sur au moins deux points : le climat des affaires n’est pas troublé en ce sens que nous disposons du code des investissements le plus attractif de l’Océan indien et les procédures pour entreprendre sont les plus simplifiées également. En ce qui concerne le secteur privé, des initiatives pertinentes ont été prises par le chef de l’État, lequel a signé le 12 août 2020, le décret No20-103/PR portant création et mise en place d’une plateforme pour le dialogue public-privé. Nous avons aujourd’hui deux institutions sur lesquelles s’appuyer pour le cadrer et le rendre régulier à savoir l’ANPI et les chambres consulaires. Dans ces conditions, est-on autorisé à parler d’une brimade du secteur privé ? Des efforts sont déployés également dans d’autres départements ministériels comme les Finances et la Justice pour donner encore plus de crédit à certains secteurs.
Question : Les investisseurs tant attendus ne viennent pas. A qui la faute ?
H.M. : Le gouvernement a pris les dispositions nécessaires afin d’attirer les investisseurs. C’est dans ce cadre que des investissements conséquents ont été consentis pour réfectionner les routes. Elément sine qua non pour qu’il y ait des investissements, la stabilité de l’énergie est acquise sur la base d’énormes efforts gouvernementaux. Il faut également ajouter que nous avons mis à jour notre code des investissements pour le rendre plus attractif et ainsi assainir le climat des affaires. Vous avez donc tort dans ce constat. Car, malgré le contexte pesant de la Covid-19, certains sont venus et continuent de venir. Nous avons travaillé et travaillons sans crier, ni fanfaronner. Des accords ou des mémorandums d’entente ont été négociés et signés. Des réalisations concrètent en termes d’investissements directs étrangers démarreront incessamment dans le secteur du tourisme, de l’énergie, etc. et seront visibles à brève échéance.
Question : Jamais en terre comorienne la justice n’a été autant conspuée, participant peut-être au sentiment d’impunité et à l’augmentation des crimes. Ne faut-il pas une refonte de l’appareil judiciaire ?
H.M. : Malheureusement, c’est le lot de tous les pays du monde. On a vu des hautes personnalités être en constante contestation contre la justice. Aux Comores l’État déploie tous les moyens pour que la justice soit à proximité des préoccupations des citoyens dans le traitement des affaires qui les touchent. Oui, quand il y a des actes qui heurtent les consciences, certains d’entre nous voudraient immédiatement voir la mise à mort des auteurs mais il ne faut pas oublier que les textes prévoient des procédures et des étapes. N’incriminons tout de même pas ce pays, qui est l’un des pays où les actes criminels sont rarissimes. Il faut en revanche saluer la rapidité avec laquelle les forces de l’ordre arrivent à mettre la main sur les auteurs de crimes.
Question : Le régime a investi des milliards pour des caméras de surveillance mais rien pour la justice si bien qu’elle est démunie face à l’augmentation de la criminalité où elle ne peut espérer que des aveux. Le régime ne tient-il qu’à sa propre sécurité ?
H.M. : Mais vous à La Gazette, vous vivez dans quelle planète ? Très peu de coupables échappent à la justice. Ici les coupables d’actes répréhensibles sont en majorité arrêtés et déférés devant le juge. Les condamnés à mort ou à perpétuité sont toujours en détention. Il faut cesser de prendre Facebook comme source principale du traitement de l’information sur la justice. Ce n’est pas ce populisme qui doit être la mesure de la commission des crimes ou non dans notre pays.
Question : On fait face à une recrudescence des violences policières. A Anjouan, un jeune de 25 ans ne peut plus uriner que via une sonde, après s’être fait passer à tabac par les hommes en treillis la semaine dernière. Au début de son mandat Azali avait pourtant affiché une volonté d’en finir avec ces pratiques, en sanctionnant notamment les militaires responsables des bavures au lycée de Moroni au mois de février 2017. Depuis, c’est le silence de tombe. Que doit-on comprendre ?
H.M. : J’aurais aimé que vous présentiez des statistiques sur la recrudescence des violences policières, combien, quand et où ? De grâce, rapprochez-vous des forces de l’ordre pour vous informer. Ne soyez pas victimes des directs improvisés sur la toile. N’ayez pas la propension à généraliser des actes isolés.
Question : La liberté de la presse connaît une chute galopante depuis l’accession d’Azali au pouvoir, avec une matérialisation par les organes de presse etatique. Si bien que même pour vous exprimer, au lieu de « votre journal » en perte d’électorat, vous lui préférez son concurrent...
H.M. : La question fondamentale est : est-ce que le cadre légal de l’exercice du métier est établi ? Les conditions pour exercer sont-elles remplies ? Elles ne le sont pas pour 70% de ceux qui portent ce titre. Malgré cela, dans quel pays au monde l’avènement des médias sociaux leur utilisation est si libre ? Aucune restriction sur ces instruments utilisés par les uns et les autres pour accéder aux médias sociaux. Partout, l’on voit des procès liés à ces nouveaux médias alors que chez nous, tous les Comoriens sont libres de dire et de médire. Aucune restriction. Certes, parfois certains dépassent le cadre de cet exercice et répondent par conséquent de leurs responsabilités. Sur l’aspect des médias publics, puisque j’ai eu à être ministre de l’information, j’estime que malheureusement l’autocensure a la peau dure dans ces organes.
Propos recueillis par Mohamed Youssouf
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