Le 29 mai 2018 dernier a marqué le 40ème anniversaire de l’assassinat du président Ali Soillihi. Cette année l’événement est passé sans grande commémoration contrairement aux années passées. Mais comme chaque année les uns et les autres y sont allés de leurs analyses. L’histoire de son assassinat reste encore un mystère, tout est à écrire comme celui du président Abdallah. Tous les deux ayant croisé sur leur chemin le même homme représentant les intérêts des réseaux nostalgiques d’un ancien empire colonial en pleine décadence de ses confettis.
Ali Soilihi fut l’homme des paradoxes. Pour beaucoup de jeunes comoriens, l’homme est auréolé de toute une panoplie d’actes héroïques. Pour les plus anciens, l’analyse est plus nuancée. Au départ Ali Soilihi a été comme tous ces hommes politiques que l’ancienne puissance coloniale essayait de manipuler dans la défense de ses intérêts. Il fut donc instrumentalisé pour la préparation du coup d’état du 3 août 1975 qui a renversé le président Abdallah qui venait tout juste de déclarer l’indépendance des Comores.
Il affirmait au journal Le Monde du 5 août 1975 qu’il voulait rétablir des relations normales avec la France. Ainsi donc, il fut le précurseur des coups d’état dans les iles de la lune. Il fut parmi les personnes qui ont accepté d’utiliser des hommes de mains étrangers, en l’occurrence Bob Denard, pour régler des questions de politique intérieure. Il a en outre gouverné en utilisant la coercition plus que la gouvernance démocratique.
Entre admiration et interrogation
Ceux qui utilisent son slogan « seule l’histoire est juge » se doivent de ne pas oublier de faire cet inventaire du grand homme et non de l’enfermer seulement sur les aspects qui le valorisent. Dans une certaine mesure, ce qui fait la grandeur d’Ali Soilihi, c’est le bilan négatif de ses successeurs, qui n’ont pas voulu ou pu mettre sur pieds un Etat de droit.
La question relative à la volonté politique des gouvernants, sur cet aspect de l’état de droit, est toujours au centre de la problématique de notre développement depuis notre accession à la souveraineté nationale. Dans cet article du Mondé cité plus haut, le journaliste Daniel Junqua, notait que « Certes, toute simplification demeure difficile et un peu discutable dans un territoire où la politique locale est traditionnellement assez embrouillée, pour avoir justifié, au sujet des Comores, l’expression d’archipel aux sultans batailleurs ».
En définitive, on peut constater que ce qui reste d’Ali Soilihi, pour ses anciens partisans, c’est beaucoup plus une rhétorique qu’une démarche ou une méthode pour que les idéaux auxquels il a combattu soient au cœur de la problématique du développement des Comores. Et comme tous les grands révolutionnaires disparus, on dresse des énormes icônes, pour les encenser pour mieux atténuer l’esprit de révolte qui était en eux. Ali Soilihi n’échappe pas à la règle.
Il reste cependant une référence, pour tous ceux qui aiment sincèrement ce pays et qui sont prêts à faire des sacrifices pour que la vie devienne meilleure. Le devoir de mémoire c’est aussi le courage d’assumer notre propre histoire, pour les générations présentes et futures.
Mmagaza
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC