La Gazette

des Comores

Hamada Madi Bolero : Le risque que les mêmes causes produisent les mêmes effets existe toujours

Hamada Madi Bolero : Le risque que les mêmes causes produisent les mêmes effets existe toujours © : HZK-LGDC

À la veille de la commémoration de l’Accord-cadre de Fomboni, Hamada Madi Bolero, ancien Premier ministre et ancien président par intérim de l’Union des Comores, s’est confié en exclusivité à La Gazette des Comores. Acteur central du processus de réconciliation nationale, il revient sur les étapes clés de la crise séparatiste et alerte sur les fragilités persistantes de l’équilibre institutionnel comorien.


Le 16 février, à la veille de la célébration en grande pompe de l’Accord-cadre de Fomboni, Hamada Madi Bolero a consacré plus de deux heures à retracer, avec minutie, les grandes étapes du processus de réconciliation nationale. De la sécession de Ndzouani à l’accord d’Antananarivo, en passant par les réunions de suivi organisées à Fomboni avant le coup d’État du 30 avril 1999 mené par Azali Assoumani, l’ancien chef du gouvernement déroule le fil d’une histoire encore sensible. Il évoque notamment le communiqué conjoint signé le 1er juillet 1999 au Relais de Singani, à Fomboni, par Azali Assoumani, le lieutenant-colonel Saïd Abeid et Mohamed Hassanaly. Puis vient la Déclaration de Fomboni du 26 août 2000, paraphée par Saïd Abeid et Azali Assoumani en l’absence de la communauté internationale. Ce processus aboutira finalement, le 17 février 2001, à la signature de l’Accord-cadre de Fomboni en présence de la communauté internationale.

 

Présent du début à la fin de ce récessus, Hamada Madi Bolero insiste sur les causes profondes de la crise séparatiste. Selon lui, les motivations des Anjouanais relevaient avant tout de difficultés sociales et économiques, davantage que de considérations strictement politiques. « Les problèmes de vie quotidienne, le sentiment d’abandon et les inégalités de chances entre les îles ont nourri la frustration », explique-t-il. Il pointe particulièrement la centralisation du pouvoir à Moroni comme facteur déterminant de la sécession de Ndzouani.

 

Pour lui, cette concentration des décisions au niveau de l’État a créé un déséquilibre structurel au détriment des autres îles, notamment Mwali, où des ressentiments similaires persistent. Concernant Mohamed Bacar, Bolero estime qu’il n’était pas, à l’origine, un séparatiste. « Il appliquait les prérogatives que les lois organiques lui conféraient », affirme-t-il. La Constitution de 2001 prévoyait en effet la définition claire des compétences exclusives des îles, des compétences partagées et de celles relevant de l’État. Si ces textes ont été élaborés, ils n’avaient pas été promulgués durant le premier mandat d’Azali Assoumani.

 

Ce n’est qu’avec l’arrivée au pouvoir du président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi que ces lois organiques seront promulguées, accordant une large autonomie aux îles. Mais face aux difficultés d’application, une révision constitutionnelle viendra réduire certaines de ces compétences. Le retour d’Azali Assoumani en 2016, suivi des Assises nationales de 2018, conduira à une nouvelle reconfiguration institutionnelle, façonnant la situation actuelle. Pour Hamada Madi Bolero, l’équation reste préoccupante : « Les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets. » À ses yeux, la sortie durable de crise passe par un véritable dialogue entre Comoriens et par un réexamen sincère de l’autonomie des îles, condition essentielle à la consolidation de la paix retrouvée.

 

Riwad

 


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