L’ancien gouverneur de l’île d’Anjouan, Anissi Chamsidine, hausse le ton après les récentes déclarations du Premier ministre français Sébastien Lecornu sur les relations entre la France et les Comores. Dans une tribune au ton particulièrement critique, il dénonce une relation qu’il juge déséquilibrée et appelle les Comoriens à défendre leur dignité et leur souveraineté.
Pour Anissi Chamsidine, les propos tenus par le chef du gouvernement français constituent une ligne rouge. « Il y a une limite dans toute relation qu’il vaut mieux ne pas franchir », affirme-t-il d’emblée, avant de dénoncer ce qu’il considère comme une forme de pression exercée sur les Comores à travers la menace de conditionner l’aide au développement. L’ancien locataire de Dar Nadjah estime que cette attitude ravive le souvenir d’une relation marquée par la domination coloniale. « L’impression pour nous d’être ramené aux notions de maître et de laisse à chien que nous pensions à jamais révolus », écrit-il, considérant que la coopération franco-comorienne ne peut être durablement fondée sur un rapport de force.
Dans sa tribune, M. Chamsidine s’attaque également à la nature de l’aide française. Selon lui, celle-ci aurait davantage servi certains intérêts que l’ensemble de la population comorienne. « Les Comoriens, au-delà de leurs petits intérêts, n’ignorent pas que cette aide reste empoisonnée depuis ses débuts », soutient-il. L’ancien gouverneur va plus loin en dénonçant ce qu’il qualifie de stratégie de « soft power », susceptible, selon lui, de fragiliser la souveraineté nationale. « Les Comoriens ne sont pas dupes », martèle-t-il, estimant que les ressources financières et les programmes de coopération ne sauraient acheter la dignité d’un peuple. La question de l'île de Maore occupe également une place centrale dans son argumentaire.
Anissi Chamsidine évoque le drame humain des traversées maritimes entre Ndzouani et Maore, marquées par de nombreux naufrages. Il dénonce une situation qu’il juge insupportable pour la population comorienne, et s’interroge enfin sur l’avenir de la relation franco-comorienne : « Et si nous n’avions plus besoin d’une telle relation qui contribue à l’oppression ? » Pour lui, le peuple comorien reste capable de distinguer la France et les Français d’une politique qu’il perçoit comme héritée de la logique coloniale. Il critique également certains termes employés dans la présentation des Comores par des organismes français de coopération, dénonçant notamment la réduction du pays à un « petit pays » et à une « petite nation ». Et l’ancien gouverneur de s’interroger : « Pensez-vous vraiment que les Comoriens admettront d’être en permanence réduits à rien par un organisme censé les accompagner ? » Une interpellation qui traduit, selon lui, l’urgence de repenser les rapports entre les deux pays sur des bases nouvelles, fondées sur le respect, l’égalité et la souveraineté.
Younes
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