La Gazette

des Comores

Fonde à Anjouan / Mutsamudu se réveille au bruit des kalachnikovs

Fonde à Anjouan / Mutsamudu se réveille au bruit des kalachnikovs © : HZK-LGDC

Le bras de fer entre opposition et mouvance présidentielle est, en général, la principale cause des descentes dans les rues. Mais ce lundi, à Mutsamudu où les routes ont été barricadées et la population réveillée par les tirs des kalachnikovs, la situation demeure confuse en l’absence de toute revendication de ce qui s’apparente à une forme d’insurrection.


Des signes d’agitation étaient perceptibles depuis la tenue du référendum controversé du 30 juillet dernier. A Anjouan, où la rumeur de civils armés persistait, la population a investi les rues, défiant les forces de l’ordre déployées dans et autour de Mutsamudu. Au fil des heures la situation s’est dégradée, par les échanges nourris de tirs entre assaillants en cagoule et militaires. Les manifestants qui ont barricadé Mutsamudu d’autres régions de l’île, ce lundi, ne brandissaient aucune étiquette politique. Ils se présentent comme « la voix du peuple opprimé et humilié ». C’est ce qu’on a pu lire dans leur communiqué rendu public en fin de journée.

 

Les auteurs de la fronde demandent le respect des accords de Fomboni: « Il n’est pas question que nous laissions quiconque détruire la paix, l’unité nationale et la stabilité politique retrouvées depuis plus de 15 ans par l’accord de Fomboni en 2001 », peut-on lire. A la mi-journée, des civils à Mutsamudu indiquaient entendre des coups de feu retentir du coté de Hampanga. « Je ne peux plus aller au travail. J’ai peur d’être victime d’une balle perdue », a indiqué une personne résidant à Ouani.

 

Dans leur communiqué, les manifestants affirment que derrière eux se trouvent de jeunes et des militants de la société civile, hommes et femmes. Des militaires, en provenance de Ngazidja, sont envoyés en milieu de journée en renfort pour tenter de rétablir l’ordre, face à des manifestants qui réclament la libération des prisonniers « politiques », ceci après plusieurs heures d'affrontement. Autre revendication, l’actuel président doit accepter de quitter le pouvoir en 2021 et céder la place à Anjouan.

 

Les affrontements ont eu lieu également dans la région de Sima et Nyumakele, mais Mutsamudu était l’épicentre de ces échauffourées. Les habitants de la capitale anjouanaise sont restés cloîtrés à leurs domiciles, terrorisés par les coups de feu et le bruit assourdissant des armes. En fin de journée, on apprendra que les militaires ont finalement réussi à libérer les routes barricadées et que plusieurs personnes ont été interpellées. La préfecture de Mutsamudu a décrété un couvre-feu à partir de 20h00.

 

Cette décision vise à mettre la population à l’abri pendant qu’ils traquent les assaillants. La sécurité a été renforcée, les militaires sont aux aguets au niveau des frontières. Ces échanges de tirs entre civils et forces de l’ordre interviennent à un moment où les leaders politiques tentent de trouver un consensus pour une sortie de crise. Les scènes auxquelles la population vient d’assister à Anjouan rappellent l’épisode sombre de 1997 qui a conduit au séparatisme. Une expérience que personne dans le pays n’espère revivre. Les manifestants, déterminés à aller jusqu’au bout, appellent « les militaires à défendre le peuple ».

 

Binti Mhadjou

 

 

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.