Après une semaine de campagne électorale un peu morne (seule la Mouvance présidentielle a organisé des meetings), les 11 candidats ont tenu leur premier meeting commun, ce samedi 02 mars à la place Ajao à côté de celle de l’indépendance. Selon les organisateurs, 5000 personnes « seulement » sont venues assister à ce qui devait être une première démonstration de force de la coalition de l’opposition.
Les candidats ayant signé la plateforme d’entente du 16 février ont organisé leur tout premier meeting commun sous un léger crachin samedi dernier. Selon les organisateurs de l’événement, il y avait plus de 5000 personnes à Ajao. Ibrahim Abdourazak dit Razida a, fait savoir que des dizaines de bus et de camions « avaient été bloqués par les forces de l’ordre ». Vrai ou faux, toujours est-il que ceux qui étaient présents n’ont pas bougé malgré la pluie qui tombait.
Premier à prendre la parole, l’ancien ministre des affaires étrangères, Mouzaoir Abdallah s’est dit ému de se retrouver si près « de la Chambre des députés d’où l’indépendance du pays a été proclamée, dans laquelle d’une seule voix, les comoriens ont décidé qu’ils voulaient retrouver leur dignité ». Ceci pour arriver à la conclusion selon laquelle, « les comoriens peuvent mettre de côté leurs différends quand il s’agit de sauvegarder les intérêts supérieurs de la Nation ».
De sa voix rauque, Chehu a déclamé une partie de l’allocution qu’il avait prononcée lors de cette lointaine journée du 06 juillet 1975 en langue nationale. Nous avons décidé de la retranscrire, de peur d’en altérer le sens.
« E bo shambo, mna iloo hohuzimu iho ngwambo dje ? Mimi, shambo na iloo, hohuzimu hunu, nga mwambo ndro. Eulo djumwa homlimani ulimao, lima ndro, no eshelea emadjandze, ba omwaha unu, mwaha wa heri nasi. Unu nd'omwaha nyashendje yamba katsuhula maele. Unu nd'omwaha mbera yamba ngutoo ipvanga tronga djuu. Eka letruru mdrendewa katsuliona, legona loubaki zifusini. Wendji wandru walopvanu, uka wahimi, wamba uka ripvaha gona hata kalitsuoneha, wahimidia Mngu leo, walipve kiswa ».
Avant de laisser la parole aux présidentiables, le candidat à l’élection gubernatoriale de Ngazidja portant les couleurs de l’Updc, Youssouf Mohamed Boina parlant au nom de ceux qui briguent les magistratures des 3 îles qui ont signé la plateforme d’entente, a galvanisé la foule en psalmodiant des textes religieux, tous allant dans le sens d’écarter Azali Assoumani du pouvoir à tout jamais, et martelant que « le futur président des Comores émanerait des 11 candidats ».
Fahmi Said Ibrahim, premier prétendant à la magistrature suprême à s’exprimer lors de ce meeting a commencé en accusant le gouvernement d’être la cause principale de l’alliance des 11 candidats. « Le 24 mars prochain (jour des élections, ndlr), nous allons prouver aux comoriens, que nous sommes capables de nous unir afin d’envoyer un seul candidat ». Le mot d’ordre est la sécurisation des élections. Et de jurer solennellement que quelque soit le candidat issu de la plateforme d’entente qui sera admis au second tour, il appellerait à voter pour lui si lui-même n’était pas admis. Et qu’en 2021 « le pouvoir ira aux anjouanais ».
Ancien responsable de la principale formation au pouvoir, la Convention pour le Renouveau des Comores, Hamidou Karihila, a d’emblée fait savoir « que maintenant, tout le monde comprendra que je ne suis pas de mèche avec Azali Assoumani », voulant par là balayer les rumeurs qui faisaient état de « son infiltration ». Dressant un bilan sombre du régime, « des assises au référendum en passant par l’échéance à venir, de l’argent jeté par les fenêtres » il a expliqué « que c’est pour cela qu’il lui a tourné le dos et a appelé les institutions en charge des élections à craindre dieu ».
L’actuel gouverneur de l’île de Ngazidja, Hassani Hamadi a asséné un « Azali avait un mandat de 5 ans, il a dit qu’il n’en voulait, pire il vous l’a lancé à la figure, pourquoi le forcer, dites-lui, vous électeurs, que vous ne lui accorderez aucun autre mandat ». Lui aussi, a parlé de la sécurisation des élections et est revenu sur la suppression du poste de vice-président, de la disparition des conseils des îles et des compétences désormais réduites à peu de chose des gouverneurs.
Pour ce qui est du bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Ibrahim Ali Mzimba, lui aussi candidat, il a affirmé « que doivent enfin cesser les humiliations régulières faites à notre Etat, lesquelles sont du fait du chef de l’Etat, du jamais vu ». Il a par ailleurs assuré « que les sauveurs de l’Etat comorien ne peuvent être que les comoriens. « S’il (Azali, ndlr) se fait réélire, les comoriens se feront tous suppliciés », a professé l’ancien député. Lui aussi fera savoir « qu’en cas de second tour, il est impossible que Azali Assoumani soit élu si les assesseurs garantissent la vérité sortie des urnes ».
L’un des finalistes de la présidentielle de 2016, Mouigni Baraka Said Soilihi s’est fendu d’un « Azali n’est déjà plus le président du pays ». Reprenant une phrase attribuée à tort ou à raison à Houmed Msaidie, actuel directeur de campagne du président-candidat, il a dit « si d’aventure, celui-ci a oublié quelque chose à Beit-Salam, il faut qu’il aille le chercher parce qu’il n’y retournera plus ». Mouigni Baraka a eu une pensée pour « les prisonniers politiques ». Il a en outre promis une coupe « à chaque quartier, chaque localité, chaque région, chaque île qui votera le moins pour Azali Assoumani ».
Me Said Larifou, qui a quitté la Mouvance présidentielle en décembre dernier n’a eu de cesse de vertement critiquer le gouvernement Azali. Revenant sur le dossier de la citoyenneté économique (c’est lui qui avait porté plainte contre X au tout début de l’affaire), il a regretté « que celui-ci soit politisé ; il est normal que nous sachions comment ont été gérés les fonds qui en sont issus mais ce régime en a fait une instrumentalisation politique ». Il est en outre revenu sur son long passé d’opposant, évoquant son passage en prison, estimant qu’il était prêt à y retourner, s’il faut passer par là « pour défendre les intérêts du pays ».
Dernier à prendre la parole, l’ancien chef d’Etat-major, le Colonel Soilihi Mohamed, est revenu sur l’échéance présidentielle de 2002 dont l’élection générale avait opposé le colonel Azali à Feu Mahamoud Mradabi et Said Ali Kemal. « Il a tout fait pour que ceux-ci boycottent l’élection, il a réitéré le même exercice lors des Assises nationales et a manœuvré pour que l’opposition n’y participe pas, tout comme le référendum constitutionnel de juillet 2018 », a-t-il analysé. « Nous prendrons part aux élections ne lui en déplaise, leur sécurisation sera assurée par les électeurs comoriens, nous devons de ce pas apprendre à prendre nos responsabilités, a-t-il martelé. Et de clamer « je ne sais pas pour les autres qui parlent tout le temps d’une admission au second tour contre Azali, celui-ci n’ira nulle part et moi, si dieu le permet, je serai élu dès le premier tour.
Faïza Soulé Youssouf
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