La Gazette

des Comores

Dialogue national : Said Larifou : « L’opposition fait preuve de bon sens »

Dialogue national : Said Larifou : « L’opposition fait preuve de bon sens » © : HZK-LGDC

L’avocat, président du parti Ridja, et un des leaders de l’opposition exilés en France, Said Larifou, a accepté de répondre aux questions de La Gazette des Comores sur les soubresauts du processus du dialogue national.


Question : La coalition de l’opposition vient de modérer sa position. Elle demande désormais la tenue des procès des responsables politiques en prison avant une éventuelle participation au dialogue national. Soutenez-vous cette position, vous qui n’êtes pas sans savoir que jusqu’à récemment l’opposition s’était murée dans un refus systématique ?

 

Said Larifou : La situation pénale des personnalités politiques comoriennes en détention pour certains et en assignation en résidence surveillée ou sous contrôle judiciaire pour d'autres depuis plus de 3 ans, est source d'inquiétudes et de préoccupations. C'est un mépris intolérable à l'État de droit. Cette situation inédite est d'une extrême gravité car nos autorités ont décidé ouvertement de passer outre la procédure pénale. La Coalition de l'opposition fait donc preuve de bon sens et de responsabilité lorsqu’elle demande la fin de ce climat de non-droit, comme préalable à toute discussion entre les forces vives de notre pays. Il est inconcevable de parler sérieusement de dialogue alors que des acteurs politiques ou des organisations de la société civile sont arbitrairement menacés ou détenus sans motif juridique valable.

 

Question : Pour la première fois depuis un peu plus de trois ans, l’Union africaine reconnait publiquement l’existence de prisonniers politiques aux Comores. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ? Pensez-vous que cette reconnaissance va avoir un impact sur le sort desdits détenus ?

 

Said Larifou : C'est une situation inédite en ce sens que la gravité des violations des droits humains aux Comores est telle que l'Union africaine est amenée à reconnaître que son vice-président (le chef de l’État Azali Assoumani, Ndlr) détient des prisonniers politiques. Nous avons bon espoir que justice sera rendue aux personnes victimes d'abus et de toutes les formes de violences et qu'une solution sera trouvée pour mettre fin au calvaire des personnes privées injustement de leur liberté. Cette déclaration officielle de l'Union africaine confirme les conclusions du rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture aux Comores et le rapport du Département d’État américain sur les Droits humains aux Comores.

 

Question : Selon le porte-parole du gouvernement Houmed Msaidie, il n’y a pas de prisonniers politiques aux Comores mais plutôt « des acteurs politiques poursuivis pour des actes répressibles ». Qu’est-ce que le juriste que vous êtes lui répond ?

 

Said Larifou : Je ne veux offenser personne mais dire simplement que je connais des acteurs politiques cités dans le rapport parlementaire sur la Citoyenneté économique et d'autres impliqués dans des délits ou d'autres actes répréhensibles qui ne sont pas et qui ne seront jamais poursuivis parce qu'ils savent vendre ou acheter leur silence. Je ne fais offense à personne lorsque je fais rappeler aux autorités de fait que ce qui leur sont reproché, c'est l'immixtion persistante et leurs interventions publiques sur les éléments des informations judiciaires ouvertes contre des personnalités politiques et notamment sur l'affirmation de leur culpabilité alors que le juge d'instruction n'a pas encore clôturé sa procédure. Il faut dire clairement les choses : la justice est devenue un instrument de répression contre les opposants.

 

Question : Pensez-vous que c’est être réaliste que de persister à réclamer le départ d’Azali en 2021 ?

 

‪Said Larifou : Je pense que nous avons les moyens et maintenant la volonté politique de discuter de l'avenir de notre pays les Comores et non le sort d'une personne. Autrement dit, l'avenir de notre pays ne se résume pas au sort d'un seul individu. Nous nous sommes assignés comme mission de réfléchir sur les réponses aux défis colossaux auxquels notre pays, les Comores, est confronté.

 

 

Question : Au-delà des cas des détenus politiques, qu’est-ce qui a retenu votre attention dans le dernier communiqué de l’UA sur les Comores ?

 

Said Larifou : Le dernier communiqué de l'Union africaine est la preuve de l'échec de son vice-président qui malgré la bonne volonté des Comoriens et la disponibilité des forces vives, n'a pas réussi à établir l'ordre démocratique, constitutionnel et un climat d'apaisement.  Ce communiqué est la preuve que la situation politique et institutionnelle aux Comores n'est pas stable. Elle préoccupe la communauté internationale qui semble disposée à accompagner, une nouvelle fois, les Comores.

 

Propos recueillis par TM

 

 


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