La Gazette

des Comores

Dialogue national : Le gouvernement note des avancées

Dialogue national : Le gouvernement note des avancées © : HZK-LGDC

Le processus du dialogue national fait son petit bonhomme. Il est surtout marqué par des échanges de correspondances entre Beit-Salam et l’opposition. Cette dernière, qui s’était muée dans un refus systématique d’avancer, lâche du leste et exige au préalable les procès des détenus politiques.


Dans un courrier au chef de l’État Azali Assoumani, l’on déduit clairement que l’opposition renonce à son refus systématique de participer au dialogue national. En effet, dans cette correspondance, elle exige en substance le jugement des prisonniers politiques en amont du dialogue. Pour les opposants, il est « inconcevable d’organiser un dialogue dans un climat de terreur et ce, pendant que de nombreux citoyens, notamment des hauts dirigeants politiques croupissent en prison sans jugement », ont-ils relevé, avant de dire à Azali que le sort du dialogue dépend de lui.

 

Interrogé sur ce sujet précis, le porte-parole du gouvernement dit avoir noté des avancées. « Je note que là il y a effectivement une évolution en évoquant la nécessité du jugement des personnes en détention. Et cela ne me surprend pas puisque à part le parti Juwa toutes les autres formations et personnalités politiques ont souhaité et souhaitent le procès sur l’argent de la « citoyenneté économique ». Publiquement on fait appel aux larmes de crocodile et en privé on n'hésite pas à soutenir l’incarcération de ces personnalités. Maintenant il faut passer effectivement à la phase des procès mais cela relève de la justice que nous appelons à accélérer la cadence », devait concéder Houmed Msaidie.

 

Mais la méfiance est là. Abdoulfatah Ali, enseignant de français et observateur de la vie politique, estime que la question des prisonniers politiques plus particulièrement de l'ancien président Sambi et du gouverneur Salami « est en vérité une épine au pied du régime, comme l'a reconnu un jour le porte-parole du gouvernement ». « Il a dit je le cite "lesu ala la Sambi lifungu ye dawula". En vérité, c'est un aveu d'échec. Et le colonel Azali lui-même semble ne pas savoir sur quel pied danser. Il y a deux ans à peine alors qu'il se trouvait à Anjouan, il avait dit qu'il souhaitait tourner rapidement la page Sambi pour faire face à d'autres choses. Mais depuis, rien », note cet ancien directeur de l’école Le Gymnase. « C'est pourquoi nous autres nous avons du mal à lui faire confiance car il ne parle pas avec le cœur. Ce que l'opposition peut faire c'est de se montrer solidaire avec les prisonniers et exilés politiques ». 

 

Alors que la dernière mission de l’Union Africaine en septembre a soutenu à cor et à cri que le dialogue national ne peut en aucun cas être soumis à des préalables*, la question maintenant est de savoir les concessions qu’Azali Assoumani pourrait faire pour ramener ses adversaires autour de la table, surtout que l’UA. « Où est est-ce que l'Union africaine a vu un dialogue sans conditions, surtout quand il s'agit de résoudre des crises étatiques ? Nous devons rappeler à l'UA que c'est elle qui a, en premier, tiré la sonnette d'alarme. Mais Azali était resté inflexible aux injonctions de l'organisation panafricaine », tonne M. Abdoulafat, avant de conclure que si le chef de l'État veut un dialogue « sincère » comme il le dit, « la balle est dans son camp ». 

 

Pour sa part, le porte-parole du gouvernement essaie de vendre l’image du chef du gouvernement, non sans épingler l’opposition. « L’histoire politique du colonel et du président Azali est jalonnée des dialogues féconds pour la nation. Je ne vous renvoie pas aux dates que vous connaissez mais l’histoire retiendra de lui qu’il croit aux vertus du dialogue et qu’il sait anticiper les écueils pour faire aboutir un processus. C’est justement cette capacité d’anticipation qui fait peur à ses opposants puisqu’ils disent partout que le président va les rouler dans la farine. Alors moi je dis que quand on craint la contradiction et l’adversité, autant abandonner l’habit politique. D’autant plus que tout ce qui divise en politique se résout in fine par le dialogue ».

 

NB : S’agissant de cet article, le petit décalage avec l’actualité s’explique par le fait que nous avions interrogé nos interlocuteurs avant d’avoir eu connaissance du dernier communiqué de l’UA, dans lequel l’organisation panafricaine reconnait que « certains défis demeurent au niveau politique, ce qui entrave les progrès dans le lancement du dialogue national ».

 

A.O.Yazid

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.