Des voix discordantes s’élèvent enfin à Mayotte pour dénoncer le visa Balladur accusé d'être à l'origine des drames qui surviennent dans le bras de mer séparant Mayotte des autres îles soeurs. Un collectif de citoyens de Mayotte demande sa suppression par un communiqué publié lundi dernier.
Le fait est rare pour être passé inaperçu dans l'île au lagon. La crise sur les refoulés de Mayotte provoquant la détérioration des relations diplomatiques entre Moroni et Paris a engendré une sorte de troisième voie. Un collectif des citoyens de Mayotte s’élève contre le visa Balladur à l’origine des milliers de morts survenant dans le bras de mer qui sépare Mayotte et Anjouan.
D'emblée, le communiqué rappelle la genèse du visa de la « honte » instauré depuis le 18 janvier 1995, par Edouard Balladur premier ministre français de l’époque qui s’apprêtait à se présenter aux élections présidentielles. Un visa dont les conditions d’attribution, particulièrement draconiennes, rendent quasiment impossible son obtention.
« Le rattachement de Mayotte à la France déstructurait déjà l’unité linguistique, culturelle et familiale qui s’observe depuis toujours dans l’archipel. Ce visa aggrave cette logique de séparation. A la violence symbolique de la frontière administrative s’est ajoutée une violence physique, celle d’une frontière militaire. Non seulement cette frontière nie les échanges ancestraux qui existent entre les quatre îles mais elle passe radicalement sous silence les inégalités criantes qui se font sentir entre Mayotte et l’Union des Comores », a-t-on indiqué.
Et de poursuivre : « Ainsi, ceux qui tentent la traversée, parce qu’ils n’ont pas le choix, sont contraints de risquer leur vie. Depuis 1995, plus de 10 000 personnes sont mortes noyées dans le bras de mer qui sépare Mayotte de l’île d’Anjouan. Étant en situation irrégulière à leur arrivée sur Mayotte, les rescapés de la traversée sont contraints à une existence précaire et sont exposés à des abus et à des discriminations diverses ».
Le communiqué souligne les difficultés que les comoriens des autres îles traversent dans cette île sous domination française. De l’affabulation du titre de « clandestin » en passant par le statut de l’indésirable : « le comorien est désigné comme le bouc émissaire par excellence. En témoignent les décasages par des collectifs crypto-citoyens et les rafles de ces derniers jours orchestrées par la police, affairés ainsi à lutter de manière pragmatique contre ce qu’ils croient être la cause de l’insécurité et du sous-développement de l’île ».
Le collectif est convaincu que ni l'augmentation des effectifs de la Paf française, ni la collaboration avec des associations militant contre l'« immigration », n'empêcheront les tentatives périlleuses de la traversée. « Au contraire, ceci contraindra une population, qui a payé en morts et en argent le coût d’une traversée, à rester durablement sur Mayotte. Ces mesures n’aboutiront qu’à des traversées plus périlleuses encore et à une vulnérabilité accrue de ces populations », a-t-on noté.
« Le mal, c’est le visa Balladur et ce qu’il implique (...) Ce visa favorise l’exploitation économique éhontée des travailleurs sans papiers et des pratiques arbitraires d’une administration tirant profit du musellement de cette population, a-t-on déploré, appelant au refus des revendications ultra-sécuritaire de l’intersyndicale et du collectif des citoyens de Mayotte. Le visa Balladur tue, discrimine et nie la réalité de l'archipel. Exigeons son abolition ».
Et le communiqué d'insister qu'en prenant l' « immigration comme bouc-émissaire de l’insécurité. L’intersyndicale et le collectif des citoyens de Mayotte démontrent leur ignorance. La misère, l’ennui et le sentiment de désorientation de la jeunesse sont des conditions favorables à l’émergence d’une violence de plus en plus forte. Celles-ci ne constituent en réalité qu’une réponse, qu’un appel à l’aide de cette jeunesse sacrifiée sur l’autel de la départementalisation » de la quatrième île de l’archipel, en violation du droit international.
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