À l’approche du 17 février, date emblématique de la signature de l’Accord-cadre de réconciliation nationale à Fomboni en 2001, les prises de position politiques se multiplient à Mohéli. Entre appel solennel de l’opposition cette fois-ci aux forces de sécurité et annonce d’un boycott par un mouvement politique « Mohéli éveillée », la mémoire nationale devient un terrain de confrontation.
À quelques jours de la commémoration du 17 février, symbole majeur de la sortie de crise séparatiste comorienne, le climat politique se tend à Mohéli. Ce mercredi 4 février, l’Opposition Unie de Mwali (OUM), accompagnée des mouvements M17 et Swauti ya Mwali, a rendu public un communiqué inhabituel, directement adressé aux forces de défense et de sécurité en poste sur l’île. Presque simultanément, la formation politique Mohéli Éveillée a annoncé son boycott de la commémoration officielle prévue par les autorités de l’État. Dans son message, l’opposition unie adopte un ton grave et solennel à l’égard des militaires, gendarmes, policiers et agents de sécurité. Elle rappelle le rôle historique de Mohéli dans l’aboutissement de l’Accord-cadre de Fomboni, soulignant que le 17 février constitue, pour les Mohéliens, une date de « dignité, de mémoire et de résistance institutionnelle ». Selon elle, cette journée fondatrice serait aujourd’hui menacée par des tentatives de récupération politique et de détournement de sens.
Face à ce qu’elle décrit comme un risque de confrontation entre Comoriens, l’opposition exhorte les forces de sécurité à rester fidèles à leur mission républicaine : protéger les citoyens sans distinction, refuser toute instrumentalisation politique et garantir la liberté d’expression pacifique. « L’histoire ne juge pas les ordres reçus, mais les actes posés », avertit-elle, appelant chacun à « être à la hauteur de l’Histoire ». De son côté, Mohéli Éveillée adopte une ligne plus radicale en appelant au boycott pur et simple de la commémoration officielle du 17 février. Dans une déclaration militante, le mouvement estime que cette date « appartient au peuple et non au pouvoir ». Il dénonce ce qu’il considère comme une incohérence de l’État, accusé d’avoir, par le passé, réprimé ou empêché les commémorations citoyennes avant de vouloir aujourd’hui s’approprier cet héritage historique.
Pour Mohéli Éveillée, le boycott se veut un acte politique « conscient et responsable », visant à refuser la confiscation de la mémoire collective, dénoncer les restrictions aux libertés publiques et réclamer une commémoration inclusive, fondée sur la vérité, la justice et la dignité. À Mohéli, le 17 février 2026 s’annonce ainsi moins comme un moment de consensus que comme un révélateur des fractures persistantes autour de la mémoire nationale et de la place des citoyens dans son appropriation.
Riwad
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC