Etablir un diagnostic des 42 ans d’indépendance des Comores, c’est le crédo des assises nationales, prévues de se tenir du 5 au 12 février prochain. Un rendez-vous national qui fait vivement réagir et qui connaît ces derniers temps, des remous avec notamment la démission de certains membres du Comité de pilotage desdites assises. A une semaine de la tenue de l’évènement, les avis des Comoriens restent mitigés. Une bonne idée pour certains quand d’autres dénoncent un processus biaisé, détourné de ses intentions originelles.
Sur le terrain, les avis des Comoriens sur la tenue des assises restent partagés.
Azhar Youssouf, professeur d’Histoire Géo au Lycée de Moroni voit en cet événement, une démarche louable : « C’est tout à fait légitime de faire le bilan des 42 ans d’indépendance et je pense que ce n’est pas juste de dire qu’on ne participe pas aux débats parce que le gouvernement a déjà fait ses assises. On doit répondre présent et apporter notre contribution pour le développement du pays ». Cet enseignant dit regretter l’attitude de certains intellectuels qui s’enferment dans les réseaux sociaux pour critiquer. « On aurait aimé voir ces personnes se présenter et apporter leurs idées ».
Un avis que partage Aboulher, étudiant en Master 1 Mathématiques. Des assises oui, mais tout en conservant l’unité de la Nation. « Personnellement, je trouve que c’est une bonne idée mais il faut conserver l’unité nationale du pays », conseille-t-il. Alors que la semaine dernière, les Comoriens étaient appelés à participer aux ateliers thématiques relatifs aux assises, s’en est suivi un malaise palpable, confirmé par la démission de deux membres du Comité de pilotage des assises. Un fait qui n’a pas échappé à Aboulher : « Ces derniers temps, on a l’impression que la tension monte. Le peuple ne comprend pas où on veut aller et beaucoup de choses se disent. Ca me pousse à croire qu’il est peut être encore trop tôt pour faire ces assises».
Si certains se posent encore la question de la légitimité des assises, d’autres sont catégoriques. C’est le cas de Hissan Guy, présidente de l’EFOICOM, l’association Entreprendre au féminin aux Comores. Pour elle, le processus a été biaisé et les intentions originelles, détournées. «Ma déception est d’autant plus grande car les intérêts personnels ont pris le dessus, lance-t-elle. Personnellement, je ne me retrouve pas car l’intégrité morale est entachée ». Quant à l’absence de l’opposition au débat, la présidente de l’EFOICOM estime que si le gros du travail a été fait sans l’opposition, elle ne voit pas ce qu'elle peut apporter de plus à la validation des documents et rapports dont elle n’a pas apporté sa contribution.
Les assises ne semblent laisser personne indifférent. Jusqu’au marché de Moroni, on se rend compte que le mot est sur toutes les bouches. « Les assises, c’est surtout réfléchir à ce qui a été fait durant ces 42 ans et réfléchir aux Comores de demain. On ira ! », lance, optimiste, une vendeuse de poisson du petit marché de la capitale. Un avis que ne partage pas son voisin, vendeur également : « Le gouvernement veut nous enfumer avec ses assises ! On s’y opposera», lâche-t-il.
Au lycée de Moroni, un élève de la Terminale A4 temporise : « On dit par ci et par là que le gouvernement a tout planifié. On a qu’à y aller et on verra bien ce qu’il en est. Si c’est le cas, on protestera. Mais quoiqu’il en soit, nous devrions nous y rendre », dira Said Mohamed.
Depuis quelques jours, on entend parler d’un éventuel report des assises nationales. Si cela se confirme, ce sera la troisième fois depuis qu’elles ont été annoncées. Après tout, ne dit-on pas « jamais deux sans trois »…
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