La Gazette

des Comores

Affaire citoyenneté économique / Sambi prend Azali à témoin 

Affaire citoyenneté économique / Sambi prend Azali à témoin  © : HZK-LGDC

Depuis sa résidence de Voidjou, transformée en prison annexe et où il est détenu depuis deux ans, l’ancien président de l’Union des Comores, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi a adressé une lettre officielle au chef de l’État Azali Assoumani. Dans ce long courrier de 12 pages, l’expéditeur dénonce une détention « arbitraire » et qualifie de « tissu de mensonges » le rapport d’enquête parlementaire à l’origine de son placement en mandat de dépôt. 


 

Sambi livre son baroud d’honneur. Deux ans depuis qu’il a été isolé du monde, « détenu contre [son] gré », privé de ses droits fondamentaux, dans sa résidence de Voidjou, transformée en prison annexe, l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi s’est adressé au chef de l’Etat Azali Assoumani. 

 

L’ancien raïs sort de ses gongs et tape du poing sur la table. Sa détention, dit-il, est « arbitraire et sans motif légal ». Il se sent « séquestré » et « victime de déni de justice flagrant ». Dans ce long courrier qui date du 16 mai et qui n’a atterri aux mains du destinataire que le 29 du même mois selon nos informations, l’homme au turban consacre plus de deux pages pour le fameux rapport parlementaire sur la citoyenneté économique, qu’il nomme non sans dédain « le rapport Dhoulkamal », truffé de « mensonges, de diffamations et de contre-vérités écrites dans le seul but de nuire à la réputation d’un certain nombre ». « Ce rapport a porté de graves accusations sur moi, sans jamais en fournir la moindre preuve », regrette l’ancien président mis en détention quelques jours après s’être opposé publiquement, en mai 2018, à la réforme constitutionnelle. « On constate que tous les faits sont énoncés sans jamais être prouvés. De plus, les informations non vérifiées sont données par des personnes anonymes, puisque le rapport tait leurs noms, et sont présentées comme des vérités absolues », poursuit-il pour appuyer le manque de crédibilité du document sur lequel le juge s’est basé pour le placer en mandat de dépôt pour détournement de biens publics, faux et usage de faux et forfaiture. 

 

Meurtri, écœuré et affecté par les conclusions de ce rapport parlementaire, Ahmed Sambi s’interroge sur le supposé pot-de-vin perçu pour « accepter la signature de l’accord sur la citoyenneté économique ». « Le rapport Dhoulkamal se contente d’affirmer cette accusation mensongère sans la moindre preuve. D’ailleurs, l’auteur du rapport ne semble pas être d’accord avec lui-même sur le montant exact de ce prétendu pot-de-vin puisque le montant change au fur et à mesure de son rapport. Ainsi, à la page 13, Dhoulkamal parle de 105 millions de dollars et à la page 69, il parle de 134 millions de dollars », écrit celui contre qui l’acharnement du régime en place ne fait aucun mystère.

 

Des accusations sur un détournement de fonds publics, Sambi rappelle que l’argent de cet accord était alimenté dans un compte intitulé « citoyenneté économique » ouvert à la banque centrale des Comores. Un compte dans lequel il n’a jamais eu à s’interférer selon ses affirmations. « Vous êtes bien placé pour le savoir que le président de la République ne gère jamais directement l’argent public. La signature du président ne permet pas de déplacer des fonds publics », devait-il rappeler à celui à qui il a donné le meilleur de lui-même pour faire élire en 2016. Bien informé sur ce dossier, Sambi rappelle que durant la période allant de 2009 à 2015, ledit compte a été alimenté par l’argent de la citoyenneté économique « à hauteur de 68 milliards 976 millions 043 milles 643 de francs comoriens », et que la somme totale reçue sous son mandat « s’élève à environ 27 milliards ». Plus les 11,8 milliards refusés par la Banque centrale en 2011 et récupérés par le régime d’Ikililou (soit près de 80 milliards en tout).

 

L’ancien président s’étonne que ce dossier ne concerne que sa mandature alors que la loi « est toujours en vigueur » et que « ce compte bancaire continue à être alimenté par l’argent de la citoyenneté économique issu des renouvellements des passeports économiques... » 

 

L’ancien président s’indigne que la procédure judiciaire sur son affaire soit entachée de nombreuses irrégularités. « Afin de condamner une personne pour un délit commis, il est nécessaire de prouver la caractérisation et l’imputabilité de cette infraction, […], Chaque personne reste présumée innocente jusqu’à ce qu’un jugement définitif la condamne pour une infraction. Or, en continuant de me refuser une remise en liberté, la justice comorienne m’a condamné à un emprisonnement à perpétuité, en dehors de tout cadre judiciaire, et en l’absence même de preuves tangibles pour étayer les inculpations », regrette-t-il. A travers ce courrier, l’ancien raïs dit « prendre à témoin » son allié d’autrefois (élections de 2016) et s’en remet à Dieu pour tout ce qui peut lui arriver au vu de son état de santé qui est « fragile et très instable ».

 

A.O Yazid

 

 


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