La nomination d’un Mahorais au sein du gouvernement français, chargé de surcroit de la Francophonie, l’élection à la direction générale de l’Asecna… Autant de sujets, sources de frictions entre Moroni et Paris qui auraient contraint Azali Assoumani à annuler sa participation au sommet de la Francophonie.
Le chef de l’État, Azali Assoumani, a décidé d’annuler in extremis sa participation au 19e sommet de la Francophonie qui s’est tenu les jeudi 3 et vendredi 4 octobre à Villers-Cotterêts, en France. Alors qu’il avait prévu de faire le déplacement, ce qui aurait été sa première messe internationale depuis son agression à l’arme blanche le 13 septembre, il a décidé de se faire représenter par son ministre des affaires étrangères. Certes, il s’était également fait représenter à l’Assemblée générale de l’ONU, qui s’est tenue une semaine auparavant parce qu’il n’était pas encore remis sur pied, en revanche les raisons de son absence au Sommet de la Francophonie ne sont pas, cette fois, d’ordre médical.
Preuve en est, qu’à la veille de l’ouverture du Sommet, il a pris part au Mawlid de Mitsudje, sa ville natale. Visiblement bien portant, il a même esquissé quelques pas de danse. Les raisons de son absence à cette grand-messe, lui qui en est si friand sont donc à rechercher ailleurs. Selon plusieurs sources concordantes proches de la présidence et du ministère des affaires étrangères, la nomination du Mahorais Thani Mohamed Soilihi au sein du gouvernement français aurait « révolté » Azali Assoumani. L’ancien sénateur de Mayotte est devenu depuis le 21 septembre, le secrétaire d’Etat chargé de la Francophonie et des Partenariats Internationaux.
Cette nomination à ce niveau, d’un ressortissant de Mayotte, île administrée par la France et dont les Comores revendiquent la souveraineté est une première. Surtout, elle en dit long sur la détermination de Paris à maintenir sa mainmise sur la quatrième île de l’archipel. « La France a voulu nous signifier, ainsi qu’au reste du monde, que les 22 résolutions de l’ONU condamnant la présence de la France à Mayotte n’ont aucune valeur légale et n’ont aucune portée sur elle. C’est aussi un mauvais signal à l’égard de la communauté internationale, dans une période de relations internationales troublées, où l’on attendait de la France qu’elle soit, comme par le passé, le porte-drapeau des valeurs humanistes et de la légalité internationale. Manifestement, les intérêts nationaux français priment sur ces valeurs, et c’est triste pour la France que nous aimons », observe Fahmi Saïd Ibrahim, avocat et ancien ministre des affaires étrangères.
En tout cas, dans les couloirs du ministère des affaires étrangères, d’aucuns se demandent jusqu’où ira « la révolte » d’Azali Assoumani si tant est que c’en est une: « boycottera-t-il désormais tous les grands rendez-vous organisés par la France ou se contentera-t-il de bouder ceux qui seront sous le magistère du secrétaire d’Etat à la francophonie ? », s’interroge un collaborateur du ministre qui se pose tout de même des questions sur l’approche même du chef de l’État pour manifester son mécontentement vis-à-vis de Paris. « Boycotter et envoyer son ministre, ce n’est pas ce que j’appelle boycotter. C’est tergiverser », tranche-t-il
Daoudou Abdallah Mohamed, ancien premier flic d’Azali Assoumani entre 2016 et 2021, n’y va pas avec le dos de la cuiller. Le leader du parti Orange prend d’ailleurs un malin plaisir à étriller son ex-patron devenu, par la force des choses, un adversaire politique. « Le prétexte avancé prouve encore une fois leur double langage. Son absence au Sommet n’est ni acceptable ni justifiable », peste-il. Il estime en effet que « le chef de l’État a raté l’occasion pour affirmer clairement la position de notre pays sur les problèmes qui secouent actuellement la scène internationale, en particulier au Moyen-Orient ».
Pourtant, le chef de l’État avait bel et bien l’intention de prendre part à ce 19e sommet de la Francophonie. En marge de ce rendez-vous, des interviews avec des médias ainsi que des rencontres avec des entrepreneurs français au Medef, avaient été programmées. « Elles sont toutes annulées », confirme une source. Ces interviews avec la presse internationale auraient pu permettre à Azali Assoumani de dérouler son bilan à la tête de l’Union Africaine entre autres objectifs. Il en a été le président entre février 2023 et février 2024.
Et comme si la nomination du Mahorais ne suffisait pas, un autre dossier refroidit davantage les relations franco-comoriennes. Il s’agit de l’élection à la direction générale de l’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et Madagascar (Asecna), qui s’est déroulée fin septembre. La France qui figure parmi les pays membres de l’organisation, se serait « rétractée alors qu’elle avait donné son accord de principe pour soutenir la candidature comorienne » selon une source proche du ministre comorien des affaires étrangères. La candidature d’Ibrahim Kassim n’a finalement recueilli qu’une petite voix contre 8 pour le Gabon, sur un total de 18. Le Tchad et le Bénin étaient aussi en lice. Mohamed Daoudou impute cet « échec majeur » à la diplomatie comorienne. Mais pas que. Il est surtout persuadé que le décès de l’assaillant du chef de l’État quelques heures après son arrestation et dans des circonstances troubles, a rendu les Comores « infréquentables » aux yeux du monde.
L’on ne peut s’empêcher de se demander si Moroni qui dispose d’infrastructures aéroportuaires pitoyables et qui attire de moins en moins l’intérêt des compagnies aériennes, aurait pu faire le poids face à ses concurrents, même avec le soutien de la France qui a offert sur un plateau d’or la présidence de l’Union Africaine à Azali Assoumani, en convaincant le Kenya de se désister en faveur des Comores.
Il faut dire que le locataire de Beit-Salam n’aura pas été le seul dirigeant africain à avoir opté pour le boycott pour passer un message à Paris en marge de ce 19e Sommet. Son homologue du Congo Félix Tshisekedi a boudé la cérémonie de clôture en protestation du silence du président français Emmanuel Macron qui n'a pas mentionné, dans son discours d'ouverture de ces assises, le conflit dans l'Est de la RDC, premier pays francophone. Toutefois, ces frictions entre Moroni et Paris pourraient n’être que de courte durée dès lors qu’un des collaborateurs les plus influents du chef de l’État évoque, quant à lui, « un conflit d’agenda » pour justifier l’absence d’Azali Assoumani à Villers-Cotterêts. Comme une volonté, au sommet de l’État, d’étouffer dans l’œuf un petit malentendu entre deux pays « frères ».
Toufé Maecha
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