Je l’appelais « Ya Houssein !» Dès qu’on se rencontrait, et lui disait souriant, de sa voix basse et affectueuse « Foundi Yabou ». Il reprenant ainsi l’accent de Mitsamihouli de notre ami commun de combat Idriss Mohamed lorsqu’on était derrière les barreaux en 1985 à Boirodjou pour avoir dénoncé le mercenariat. En effet « Ya Houssein » était parmi les prisonniers qu’on appelait PNA (Prisonniers Non Administratifs) c’est tous ceux qui ne travaillaient pas dans l’Administration plus simplement ceux qui n’étaient pas gérés par la FOP, qui étaient dans le privé ou dans les sociétés d’Etat.
« Ya Houssein » après la révolte utile et nécessaire de notre bouillante jeunesse pleine d’idéaux de d’indépendance et de liberté est devenu au fur et à mesure de ses études et de ses formations un des premiers expert comorien en stratégie commerciale, après un DUT à Bordeaux et plus tard une formation d’ingénieur commercial. La plupart d’entre vous le connaissent surtout en tant que « Vice-Gouverneur de la Banque Centrale et encore tout récemment comme Chef d’entreprise d’une société d’expertise comptable et de conseil en management des entreprises. Son Cabinet était reconnu internationalement pour être point focal national de la nouvelle conception budgétaire recommandée par les institutions de Breton Wood et l’Union Européenne, le Budget Participatif en Anglais Open Budget.
J’ai d’ailleurs eu le plaisir de renouer avec « Ya Housein » à l’occasion d’un travail de traduction en Shikomori des principes fondamentaux de l’Open Budjet, et j’ai passé des heures agréables de travail et de détente avec cet homme, simple, modeste, d’apparence austère, mais qui cache des trésors d’anecdotes humoristiques, de sympathie et de compassion envers ses proches, ses amis et la jeunesse comorienne en générale dont il accueillait quelques stagiaires en formations payées par leurs institutions ou par lui-même. Je n’oublie pas non plus de dire qu’il était l’un des cabinets d’expertise internationale qui n’utilisait que des cadres Comoriens qu’il aidait à bien former grâce à son carnet d’adresse fourni et aux facilités que lui accordaient les institutions financières nationales et internationales.
Homme discret disais-je, apolitique pour des raison de déontologie professionnelle, « Ya Houssein » faisait de la politique dans ce sens où il exprimait ses opinions pour ou contre à sa manière de sage philosophe soufi qu’il était devenu en avançant chaque fois les faits concrets qui faisaient qu’il était pour ou contre tel ou tel position du gouvernement.
Je me souviens aussi comme si c’était aujourd’hui, de ma dernière rencontre avec « Ya Houssein ». Un matin de très bonne heure, après avoir été taraudé toute la nuit par l’idée d’aller lui rendre visite, je me suis rendu à Zilimadjou. La famille n’était pas encore réveillée, du moins la porte d’entrée dans la maison familiale n’était pas encore ouverte. J’ai attendu patiemment à la véranda pendant de longues heures que je ne comptais pas, puisque j’en profitais pour égrener mon chapelet en pensant à lui. Je savais que mon « ami Ya Houssein » souffrait d’une maladie qu’il supportait avec stoïcisme ne se plaignant jamais à ses amis pour ne pas les « déranger ».
Enfin la porte s’ouvrit et son adorable femme Mama Amal, est sortie. Elle me salua chaleureusement. Elle m’annonça que son ami-mari, allait venir mais qu’il était en train de prendre sa douche. Entretemps quelques membres de sa famille sont arrivés pour la visite matinale habituelle dans les familles bien éduquées.
Houssein Cheikh sortit enfin avec son sourire lumineux il s’approcha de moi pour me serrer la main, mais je lui fais l’accolade, profitant pour lui murmurer à l’oreille, « Ya Cheikh je suis venu demander une fat’ha de ta part car je sais que ton bon cœur et ta générosité ne peuvent être que des sentiments et de comportement de ces grands Cheikh que Dieu cache au Public, pour leur propre tranquillité ». Etonné, il me fit part d’un récent rêve de transmission de madad depuis l’ancêtre commun Aboubakar Ibn Salaim (Fahari l’oudjoud jusqu’à Said Bahassane et son propre père tous des membres de sa famille et de sa lignée ».
La Fat’ha fut offerte et il exprima ses souhaits à mon endroit et à l’endroit de tous les gens du livre et des musulmans en particulier en arabe et en Shikomori. A l’instant où j’écris ces lignes la voix du muezzin retentit, signe avant-coureur d’une bonne sortie de ce monde vers l’autre de mon ami Said Houssein Cheikh Soilihi Ahli Aboubacar Bin Salim.
Pour revenir à notre Fat’ha, mon souhait fut exhaussé le lendemain en même temps que j’apprenais par son petit frère Said Abdallah Cheikh que « notre » est hospitalisé dans un état grave. J’ai mis notre entre parenthèse, car lorsque Said Abdallah m’appris que Houssein était hospitalisé je me suis écrié incrédule « Notre Houssein ? » Et Said Abdallah de rétorquer avec un brin de moquerie « Est-ce que tu connais un autre Houssein Cheikh Soiilih ? »
Aujourd’hui samedi 17 décembre 2022 vers 16 : 30 , j’apprends avec stupeur le décès de mon ami Houssein Cheikh Soilihi par ma femme à qui on a téléphoné de Moroni.
Inna Lilahy Wa Inna Ilayihi Radjiouni. Nous venons d’Allah et vers lui nous retourneront inéluctablement ! Qu’Allah accueille ce grand homme dans sa Miséricorde !
Aboubacar B. Said Salim
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