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Tribune: Appel à l'Unité et à la Paix aux Comores : Ici et maintenant

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Tribune: Appel à l'Unité et à la Paix aux Comores : Ici et maintenant © : HZK-LGDC

À quelques années des échéances nationales cruciales pour l'avenir de notre nation, il est essentiel de se rappeler l'impérieuse nécessité de nous unir pour garantir la stabilité de notre archipel et créer, enfin, les conditions de la prospérité nationale. L'histoire, la nôtre comme d’ailleurs celle de tous les peuples, enseigne que la division et les débats stériles ne conduisent qu'à l'instabilité, à la polarisation et à la stagnation alors que le dialogue finit toujours par s’imposer. Dès lors, pourquoi ne pas anticiper plutôt que d’attendre de nous retrouver au pied du mur ? Oui, il est temps de mettre de côté les querelles partisanes et les intérêts personnels pour les uns et bannir l’orgueil et l’arrogance pour les autres, pour nous concentrer sur l'intérêt supérieur de la nation.


Dans ce monde instable où nous évoluons désormais, et dans le contexte politique régional complexe et très perturbé (Afrique de l’Est et Océan Indien), comme dans le contexte national délicat que nous connaissons, notre pays se retrouve à la croisée des chemins et au milieu d’un nœud d’incertitudes glaçantes. Chaque choix que nous faisons aujourd'hui et chaque choix que nous allons faire dans les prochains mois façonnera le destin des Comores pour les générations à venir. Alors, autant y porter attention et maintenant !

 

L'unité nationale est le fondement sur lequel repose la stabilité du pays. Non pas une unité proclamée seulement dans les discours et les papiers à en-tête officiels. Je veux parler d’une unité vécue et voulue lorsque les citoyens se rassemblent autour d'objectifs communs pour surmonter ensemble, collectivement, nationalement, les défis les plus ardus. À l'inverse, le poison de la division est violent et imprévisible. La seule certitude est que les ressentiments et les conflits internes lézardent le ciment des nations et les empêchent d’atteindre leur plein potentiel.

 

Alors, puisque nous savons tout cela, ne devons-nous pas tirer encore aujourd’hui les leçons de la période séparatiste qui a vu notre pays vaciller sur ses bases ?

 

Les débats politiques sont le sel de la démocratie, et il faut les respecter. En revanche, les querelles politiciennes peuvent rapidement dégénérer en conflits ouverts, mettant en péril la paix, l’unité et la sécurité nationales. Les Comores ont connu par le passé des périodes de troubles qui ont entravé leur développement jusqu’à aujourd’hui. Nous ne pouvons donc pas nous permettre de répéter ces erreurs du passé qui nous ont coûté si cher.

 

La réconciliation nationale n'est pas seulement une nécessité morale. Elle est également une stratégie politique et économique avisée. Lorsque les responsables économiques et sociaux, les entrepreneurs, les créateurs, les intellectuels et tous les autres de toutes les classes sociales se sentent entendus et respectés, c’est la nation entière qui adhère à une dynamique vertueuse. Une dynamique qui soutient toutes les bonnes initiatives d’où qu’elles viennent et qui alimente le développement du pays.

 

Oui, j’ai l’intime et profonde conviction que la réconciliation favorise non seulement la qualité de notre vie publique mais aussi un environnement stable, propice aux investissements, au commerce, à la création d'emplois et à la croissance économique dont nous avons tant besoin.

 

Pour y parvenir, nous avons l’obligation morale de nous pardonner mutuellement, non pas pour nier ou oublier l’histoire, mais pour solder le passif et construire une ère nouvelle avec le cœur ouvert et la conscience tranquille. Parce que nous devons créer les conditions pour dissiper la méfiance, commençons par rétablir ce qui a été détruit et piétiné.

 

Des Comoriens sont en prison. D’autres sont en exil. Et admettons qu’une partie significative de la nation n’a plus confiance dans les institutions républicaines. Avec l’impartialité de la Justice remise en cause et le rôle des Forces de défense et de sécurité questionné, c’est le pays qui semble se diriger vers de graves conflits qui pourraient menacer la survie même de la nation.

 

Prévenir ce drame par l’anticipation, au moyen d’un dialogue franc, sincère et inclusif, serait bénéfique pour les Comores et au-delà pour notre grande région indianocéanique à laquelle nous nous devons aussi. Il est urgent d'agir. Citoyens responsables, nous devons nous engager à promouvoir la paix et la réconciliation de tous les Comoriens. Personne ne doit être laissé de côté. En cette période charnière, l’indifférence et l’exclusion constituent un crime contre la Nation.

 

Pour passer de la théorie à la pratique, voici quelques pistes que je propose pour instaurer le débat et nous amener vers la réconciliation des cœurs :

 

- Un Pacte national doit être proposé par l’Autorité publique. À travers celui-ci, elle s’engagerait à la mise en liberté effective de tous les prisonniers susceptibles de contribuer à la réconciliation nationale ainsi qu’au retour de tous les exilés ayant manifesté leur désir de participer aux débats pour la réconciliation.

 

Toutes les parties signataires s’engageraient à respecter le processus constitutionnel jusqu’au dernier tour de 2039.

 

Les engagements pris par l’ensemble des parties constitueront la base sur laquelle reposera le futur Dialogue inclusif national.

 

- Dialogue national : Mise en place et organisation des forums inclusifs et des discussions où toutes les parties prenantes pourront à loisir exprimer leurs préoccupations et trouver des solutions communes aux problèmes du pays lors du futur dialogue national.

 

- Éducation à la paix : Introduction des programmes éducatifs civiques et moraux qui enseignent à notre jeunesse l'importance de la tolérance, du respect mutuel et de la résolution pacifique des conflits.

 

- Direction inclusive : Encouragement des leaders politiques et toutes les autorités publiques à adopter des pratiques de gouvernance inclusives, transparentes et respectueuses, qui mettent l'intérêt national au-dessus des intérêts partisans, personnels ou familiaux.

 

Les Comores sont à un tournant de leur histoire. Nous avons le choix entre perpétuer les divisions stériles qui nous ancrent dans la pauvreté et le sous-développement ou nous unir pour bâtir un avenir à la hauteur des espérances légitimes de notre jeunesse. La paix et la réconciliation ne sont pas des idéaux lointains ou purement philosophiques. Elles sont des nécessités absolues pour assurer notre survie en tant que nation et organiser, enfin, notre rendez-vous avec le développement et la prospérité.

 

Cessons de nous chamailler, de nous haïr, de nous comporter comme des ennemis alors que nous sommes tous comoriens. Laissons de côté notre légendaire arrogance et notre narcissisme insensé alors que ce dont nous avons besoin c’est de sérieux, de la solidarité, et de compétence !

 

Nous n’avons plus le droit à l’erreur. Parce que l’enjeu est gros : L'avenir de notre pays !

   

 

Hamada Madi (Boléro), ancien Chef du Gouvernement d'Union Nationale de Transition et Négociateur principal dans le processus de Fomboni ayant abouti à l'accord cadre pour la réconciliation du 17 février 2001

 


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