Ingénieur d’agriculture à la retraite et ancien ministre des finances, Abdoul Madjid Youssouf est également une figure politique de notre pays. Il nous livre ici sa perception de la problématique de la pauvreté dans l’archipel. Il lance aussi une piste entrant dans le cadre des remèdes contre la pauvreté.
Le prix Nobel de l’économie 2019 a été attribué en octobre dernier à la Française Esther Duflot, pour ses travaux de recherche sur les remèdes contre la pauvreté dans le monde. Madame Duflot est professeur d’université, elle a également conseillé l’ancien président Obama sur les questions d’économie. A l’évidence, son prix Nobel contribue à consolider et amplifier la crédibilité et la dimension planétaires du noble combat contre la pauvreté. C’est dire que la publication de son rapport est attendue avec un grand intérêt par les acteurs de la lutte contre la pauvreté ainsi que par les chefs d’états du monde soucieux du bien être de leurs populations.
Au fait, c’est quoi la pauvreté, et qu’en est-il en ce qui concerne notre pays ? Pour simplifier et selon une formule consacrée, la pauvreté est le contraire du bien-être. Sachant alors que le bien être est la satisfaction des besoins primaires tel que les logements, l’éducation, l’habillement, la nourriture, la santé et l’hygiène, la pauvreté est donc justement l’incapacité de satisfaire de tels besoins. C’est malheureusement le cas en ce qui concerne nos concitoyens, dont la plupart appartiennent aux couches sociales défavorisés, vivant en situation de grande précarité. Les chiffres sont éloquents et préoccupants: en effet, une étude de la banque mondiale sur la politique de protection sociale réalisée sur place en juin 2014, a établi que « les Comores demeurent toujours confrontées à une situation de pauvreté grave ». L’étude révèle ainsi que 30% de la population se trouve dans une situation de pauvreté alimentaire absolue, que le taux de chômage est de 14% avec une aggravation chez les jeunes de 15-24 ans où il atteint 40%. Selon toujours l’étude de la banque mondiale, 4 ménages sur 5 sont classés comme pauvres dans les zones rurales, contre un ménage sur 4 dans les zones urbaines. De plus, 4% des enfants de 7 à 17 ans se trouvent enrôlés dans le monde du travail ; ils sont en grande partie originaires du monde rural et travaillent comme employés domestiques. Une situation déplorable qui compromet gravement leur accès ainsi que leur maintien dans le système éducatif.
La situation de pauvreté aggravée où se trouve engluée la grande majorité de nos compatriotes interpelle la conscience et la responsabilité des autorités, pour les amener à signer rapidement des actes forts concrets en direction de nos couches sociales massives défavorisés et vivant dans une grande précarité. Dans le court terme, la mise en œuvre d’une politique de protection sociale inclusive efficiente s’impose comme une grande priorité nationale.
Dans notre voisinage le plus proche, la république de Maurice a instauré une politique sociale inclusive qui ne laisse aucun mauricien sur le bord de la route ; le modèle social mauricien fait référence dans les pays de la région, où il est considéré comme le plus efficient et le plus performant.
Les autorités seraient donc bien avisées de puiser leur inspiration dans ce modèle social, dans la mise en œuvre de notre propre politique de protection sociale inclusive. Surtout que l’on apprend que le chef de l’Etat est un fervent admirateur du modèle politique, économique et social de la république de Maurice. En cela, il a bien raison le chef de l’état.
Je ferme ces quelques lignes sur une note délibérément emprunte d’une certaine gravité motivée par le niveau alarmant de la pauvreté dans notre pays. En effet, la grande pauvreté constitue une dure et cruelle épreuve pouvant s’assimiler à un cancer qui gangrène le corps et surtout l’esprit ensemble. Elle peut être synonyme de colère et de désespoirs mais également de révoltes. En conséquence la grande pauvreté peut constituer une véritable bombe à retardement qui peut exploser à tout moment. Les comoriens ne pourront pas éternellement être tenus en dehors de l’immense vague des mouvements sociaux déclenchés un peu partout dans le monde pour la défense des droits fondamentaux des populations, notamment des couches sociales défavorisés.
Abdoul Madjid Youssouf, ancien ministre
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