Le procès de trois hauts dirigeants de l’Union de l’opposition s’est ouvert avant-hier, lundi 25 juin. Moustoifa Saïd Cheikh, Ibrahim Abdourazak, dit Razida et Ahmed Wadaane ont comparu devant le tribunal de Moroni. Ils sont poursuivis par le régime d’Azali pour participation à la manifestation de protestation et de dénonciation des violations brutales de la constitution, de piétinements répétés des droits élémentaires des gens, notamment ceux de rassemblement, d’expression, de circulation. Le régime a, à cette occasion, mobilisé les chefs d’accusation les plus éculés utilisés par tous les régimes dictatoriaux de la planète: manifestation non autorisée, trouble à l’ordre public etc.
Comme de grands patriotes qu’ils sont, drapés dans les meilleurs atours de dirigeants émérites, portant haut levé le drapeau de la liberté et de la démocratie, Moustoifa Saïd Cheikh et ses compagnons ont exprimé avec courage ce que pensent et disent depuis deux mois les centaines de milliers de Comoriens de tous les milieux, ceux de l’intérieur comme ceux de l’extérieur du pays. Ils ont traduit avec esprit de décision et d’engagement ferme le sentiment général en faveur des principes démocratiques les plus élémentaires qui fondent notre société, notre nation et notre république. Les sauvages brutalités et les terribles humiliations qu’ils ont subies lors de leur arrestation, pareilles à celles éprouvées à Moheli par MM. Mohibaca Baco, Abdou Moustakim et Dhoiffir Bounou, tous d’anciens hauts dirigeants de ce pays et dont les images choquantes ont fait le tour du monde, n’ont en rien, entamés leur dignité et l’honneur inhérents aux grandes valeurs pour lesquelles ils se battent.
De fait, à travers Moustoifa Saïd Cheikh, Ibrahim Abdourazak et Ahmed Wadaane, c’est le combat des dizaines de victimes de la répression du régime d’Azali, ceux d’Anjouan, de Moheli et de Grande Comore qui est concerné. Car on sait que de toutes les régions du pays se lève, par vagues, un mouvement général de protestation qui agite la population dans ses diverses composantes. On assiste à une levée générale et en masse de tous les Comoriens qui se comptent par centaines de milliers, attachés au respect de notre constitution, à l’unité du pays et à sa stabilité mises en péril par l’aventure d’Azali.
Lors du procès, l’éloquence du ministère public s’est trouvée bien courte, brisée devant la statue géante de la constitution, du droit et des libertés fondamentales qui s’est dressée devant lui. C’est en vain qu’il a tenté de rameuter des oripeaux d’arguments, en fait des arguties pour trouver matière à donner corps à ses accusations. Et c’est sans peine que la brillante équipe des avocats de la défense a démoli un à un les arguments du parquet. Pouvait-il d’ailleurs en être autrement lorsque la défense avait avec elle la force puissante du droit et de la vérité ; la force du peuple justement révolté ; la force et l’éclat de notre constitution ?
L’instant le plus émouvant, le plus grand de toute l’audience, le plus fort, c’est sans doute lorsqu’un des avocats de la défense, à la fin de toutes les plaidoiries, a opportunément placé le ministère public et la présidence du tribunal devant la grandeur de la vie de Moustoifa Saïd Cheikh, entièrement consacrée au combat pour l’indépendance de ce pays, la démocratie et les libertés « dont vous et moi, nous jouissons si heureusement aujourd’hui. »
L’avocat a poursuivi : « sans le combat de Moustoifa Saïd Cheikh et ses compagnons contre les mercenaires de Bob Dénard dans les années quatre vingt, nous ne serions probablement pas ici, aujourd’hui, à porter les toges que nous arborons si fièrement, et à jouer les rôles que nous jouons. » Il a continué : « Et c’est ce combattant infatigable de la liberté, cette icône de la démocratie, c’est cet homme que des militaires ont arrêté lors d’une manifestation pacifique ; et de quelle manière Monsieur le président ? En lui mettant la main au collet comme à un vulgaire malfaiteur. Nous avons été choqués, nous avons tous été choqués par ces images dégradantes ! »
Un hommage bouleversant qui a arraché des larmes à plus d’un dans la salle du tribunal.
Et c’est sur ses accents en forme d’hymne aux droits et aux libertés que s’est close la brillante plaidoirie des avocats de la défense.
Mohamed Abdou Soimadou, Ancien ministre
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