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des Comores

Sécurité routière, parlons-en sérieusement !

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Sécurité routière, parlons-en sérieusement ! © : HZK-LGDC

Chers toutes et tous, Dans notre pays, la route, cet espace que se partagent les habitants, à pied, en deux-roues ou en voiture, pour se déplacer avec leurs biens en toute liberté devient de plus en plus dangereuse. Les accidents mortels se multiplient. Il est temps de dire non à cela.


 Il est encore temps qu’acteurs publics et usagers routiers se mobilisent pour dire stop aux mauvais comportements des uns et des autres sur la route. La sécurité routière doit être une priorité pour tout le monde. Pour les autorités, pour les conducteurs, les piétons, les établissements scolaires, les services municipaux, les associations, pour les assurances…etc.

La route en bon état ne peut, en aucun moment être assimilée à l’imprudence, à l’insécurité, à un déséquilibre chez certains conducteurs attirés par l’excès de vitesse. Le 27 mai 2019, pour ne citer que cette date la plus mémorielle des six derniers mois, un bus transportant une dizaine de passagers, desservant la ligne Moroni-Mitsamihouli a tragiquement fini son périple à Ndzaouzé. Six personnes sont tuées sur le coup et quatorze autres blessées graves dont certains ont par la suite succombé à leurs blessures. La ville de Mitsamihouli où pas moins de 5 personnes ont été inhumées cette nuit-là en avait payé le lourd tribut. Cette situation mérite bien un sursaut national, un engagement de toute part pour une prise de conscience collective effective. Pour commencer, la bonne conduite du chauffeur est une priorité indiscutable.

Bien conduire, c’est garder les yeux sur la route, une vaine réalité chez nous

Conduire un véhicule nécessite être en bonne santé, avoir une bonne conscience, de bonnes capacités de perception, d’analyse, un contrôle fiable de ses mouvements, des réactions et également un comportement adapté.Un conducteur n’a pas à se distraire ni avant, encore moins pendant sa prise du volent. Avec l’arrivée des nouvelles technologies, les sources de distractions se sont malheureusement multipliées et altèrent les capacités de conduite. Plusieurs accidents aujourd’hui sont dus à l’inattention des conducteurs.

Dans notre pays, c’est presque tout le monde qui se laisse distraire au volent, le plus souvent en étant au téléphone. D’autres, sous l’emprise de l’alcool ou de drogue circulent à motos, prennent le volent ou s’y endorment. Or, une conduite sans risque, sans danger demande que le conducteur ne détourne pas son attention au profit d’une autre activité. Être saoule ou avoir son téléphone au volent, cela provoque cette inattention chez le conducteur dans la mesure où la conscience n’y est plus ou les yeux, l’esprit, les oreilles sont appelés à travailler, non pas pour la conduite mais pour une autre activité qui est la distraction du conducteur. Dans de nombreux pays, le téléphone reste aujourd’hui une activité interdite même avec l’usage de kit.

Chez nous, on est très loin banalisé, l’acte de téléphoner au volent devient une pratique normale. S’il arrive à un passager, de faire le reflexe à un conducteur au téléphone en pleine route, on est mal vu dans le taxi. Des passagers mêmes plaident pour soit disant une « liberté » du conducteur. Or sa vraie liberté réside dans la lourde responsabilité qu’il endosse lorsqu’il se voit accrédité un permis de conduire l’obligeant à être sage au volent et à savoir partager la route avec les autres.

Bien partager la route est loin d’être un acquis

Parmi les usagers de la route aux Comores, les conducteurs sont les plus entêtés. La majorité fait souvent fi à la courtoisie une fois au volent de leurs voitures. Parfois, on a l’impression même que l’acte de ralentir pour eux, encore pire de stopper, c’est aller en enfer un instant ou s’y priver un immense plaisir à cet instant-là, le temps d’être poli, d’être un peu civilisé, bref, d’être courtois envers l’autre qui marche, l’autre qui bifurque ou qui veut simplement, puisqu’il en droit reprendre la route.

Dans notre pays, beaucoup de conducteurs veillent souvent à ce qu’ils dépassent les autres usagers routiers, se concentrent beaucoup plus pour dépasser l’autre, par la droite comme la gauche pour être le premier de je ne sais quel Pars-Dakar, cela malgré le risque à prendre : éclabousser les piétons si ce n’est pas au risque de les écraser ou se faire surprendre devant par un autre véhicule. Conséquences probables ou certaines : une collision avec l’autre en face qui en entraine d’autres dans les habitacles des véhicules entre passagers privés de ceintures et qui se cognent, à leur tour, les uns aux autres.

La ceinture de sécurité, ce mal aimé !

Vous dites « ceinture de sécurité ? » Elle est bannie par la majorité des usagers qui se sentent naturellement ligotés une fois avoir attaché la ceinture. Certains disent que c’est à cause de la chaleur qu’ils ne l’utilisent pas. D’autres, c’est surtout devant qu’il faut attacher sa ceinture et chacun s’en fait son propre discours. Dans tous les cas, le port de la ceinture de sécurité est une chose banale qu’une majorité de Comoriens assimile aux Je viens. Ce qui est étonnant, certains Je reste pensent que le port de la ceinture par les Je viens ou par tout autre usager relève de la vantardise et non d’un souci sécuritaire.

Certains chauffeurs ou propriétaires de voitures prennent le soin d’enlever carrément la ceinture de sécurité pour en faire autres usages : remorquer des véhicules, raccorder ou attacher des vaches…etc. Leurs explications ? Une phobie de la ceinture de sécurité expliquée par un besoin de dégager plus de places dans l’habitacle du véhicule. En effet, une voiture de cinq places transporte sept ou huit passagers dont quatre ou cinq derrière et deux ou trois devant. Une autre de sept place subit le même sort en rajoutant deux ou trois.

La ceinture de sécurité reste ainsi le symbole d’un désordre légiféré en quelque sorte par certaines institution pourtant censées être acteurs et garants de la sécurité routière, par ceux auxquels incomberait veille et responsabilités : les assurances, les services de mines, la police routière, les législateurs et la justice.

Les assurances, leur rôle éducateur, la direction routière, une police mobile et des lois à la hauteur des enjeux

Chers assureurs, chers acteurs techniques publics, politique et juridiques,

 

Un accident est une étape finale, après un long processus et plusieurs autres étapes traversées expliquant les causes et leur complexité : comportement du conducteur, l’état du véhicule, et la qualité de la route. Disons stop à la complicité entre les assurances, les Services de mine et les propriétaires de véhicules qui s’accordent une pratique hautement immorale, de modifier les données des cartes grises des véhicules. Au-delà de sa masse et de son poids, le véhicule équipé de cinq ceintures est porteur de cinq passagers. On ne peut pas accepter le fait que des voitures se voient forger des sièges de fortunes rajoutés à ceux conventionnés. En acceptant de jouer le jeu, les assurances protégées, elles par le Service des mines le font aussi à l’insu de la sécurité à toutes et à tous. Il faut dire donc stop à ces pratiques en disant oui à une familiarisation des gestes sécuritaires routiers, au port obligatoire de la ceinture de sécurité…etc.  Quant aux législateurs, à quand des lois à la hauteur des enjeux pour mettre fin à l’usage des cercueils roulants dans le pays ? A quand l’instauration obligatoire des points des vrais contrôles techniques dans le pays ? Quelle campagne faire dans les milieux scolaires ? Quel message véhiculer aujourd’hui pour limiter ces accidents sur la route ? La réhabilitation et la construction des infrastructures routières dans le pays doivent être accompagnées d’une communication plus forte (campagne de sensibilisation, mise en place des panneaux de signalisation, mobilité policière pour excès de vitesse…).

 

Abdoulatuf Bacar

 


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