La crise que vit le secteur privé est profonde et dure déjà depuis plusieurs années sans que les différents gouvernements n'aient pu l'endiguer ou même apporter un début de réponse crédible.
A chaque fois qu’il y a une crise on essaye toujours de trouver des solutions superficielles, non étudiées et on se contente de gérer les conséquences au lieu de s'attaquer aux causes. Par facilité, tous les gouvernants depuis les années 90, ont encouragé les importations massives de toutes sortes de produits pour pouvoir financer le train de vie de l'Etat et parer aux dépenses quotidiennes. Pour eux la production intérieure ne leur rapporte rien à court terme et comme chacun ne se soucie que de son mandat, on préfère mettre le paquet sur les importations taxables à volonté et disponibles tous les jours. Ainsi la dernière grève des entreprises était un cri de détresse de tout le secteur économique du pays, qui ne veut que de la considération, du respect et un appui de la part de l'administration publique pour une croissance économique inclusive.
Le gouvernement a pris acte et a arrêté des réponses à certaines doléances du secteur privé. Des négociations ont débuté mais il est à craindre qu'on tourne en rond car l'équation est difficile à résoudre: D'un côté un secteur privé qui veut qu'on fasse table rase et qu'on dialogue sincèrement sur la gestion économique en général et du partenariat public-privé en particulier. Un secteur privé agonisant, endetté auprès des banques, asphyxié par les impôts et taxes, faisant face à un pouvoir d'achat qui diminue de jour en jour, un manque criant de trésorerie, et tout ça dans un environnement des affaires exécrable.
De l'autre côté une superstructure Etatique, budgétivore et qui se retrouve financièrement à plat et exsangue après avoir organisé quatre élections nationales et deux grands événements au niveau national et international en trois ans. Ainsi les entreprises demandent la diminution des taxes et impôts et la définition d'une stratégie à moyen-long terme, donc moins de recettes pour l'Etat (à court terme) et de l'autre côté l'État a besoin d'encore plus de moyens financiers pour gérer les dépenses de fonctionnement (alourdies par les dépenses non budgétisées et les effectifs colossaux de l'appareil de l'Etat) et financer les infrastructures comme promis.
L'équation semble insolvable tant les intérêts semblent antagonistes. C'est pour cela qu'un réel dialogue inclusif (en intégrant les agriculteurs, les pêcheurs ainsi que les artisans) doit être amorcé, sinon la montagne aura accouché d'une souris. L'erreur ce serait de vouloir régler uniquement les problèmes conjoncturels et laisser à plus tard les vrais réformes structurelles à mener (politique agricole, lutter contre la dépendance des importations, encadrer l'informel, s'assurer d'une Justice impartiale...) Il faut absolument assainir la relation entre le secteur privé et l'administration. La cherté de la vie et les ruptures de stocks de plus en plus fréquentes montrent que ce n’est pas uniquement un problème de taxes douanières, c'est un problème plus profond qui touche la gouvernance économique et le respect des textes.
Ainsi le Ministère de l'économie doit jouer pleinement son rôle pour stabiliser la situation et commencer à réformer son fonctionnement pour pouvoir améliorer l'environnement des affaires. Il serait temps de réformer profondément la Gouvernance en général car c'est la base même de la croissance économique. Mais le plus important c'est de diminuer en urgence, le train de vie de l'administration publique car augmenter les taxes pour financer une administration pléthorique, inefficace et utilisant la totalité des recettes nationales, c'est tuer les entreprises nationales, c'est augmenter le chômage, c'est s'enfoncer dans la pauvreté et dégringoler dans les classements de performances internationaux, motifs suffisants, pour ne pas attirer les Investissements Directs Etrangers.
Fahmy Thabit, Ancien Président des Chambres de Commerce et d’industrie des Comores et de l'Océan Indien
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