La Gazette

des Comores

Saïd Mohamed Djohar et Nicolás Maduro partagent des méthodes similaires et un mépris flagrant de la souveraineté.

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Saïd Mohamed Djohar et Nicolás Maduro partagent des méthodes similaires et un mépris flagrant de la souveraineté. © : HZK-LGDC

L’Afrique, loin d’oublier son passé, l’observe, le compare et en tire des leçons. Le transfert forcé du président comorien Saïd Mohamed Djohar vers La Réunion en 1995, sous escorte militaire française, reste l’un des exemples les plus flagrants de la négation de la souveraineté africaine à l’ère dite postcoloniale. Ce jour-là, un chef d’État africain en exercice fut physiquement soustrait à son pays, sans mandat international, sans décision de justice nationale, sans consultation populaire. Officiellement, il s’agissait de protection. En réalité, il s’agissait d’un acte de dépossession politique, révélateur d’un rapport de force hérité de la période coloniale et jamais réellement déconstruit.


Ce qui s’est produit aux Comores n’est pas un cas isolé. Hors du continent africain, les mêmes logiques sont à l’œuvre. Les tentatives répétées d’ingérence contre le président vénézuélien Nicolás Maduro, soutenues ou encouragées par les États-Unis, illustrent une mécanique bien connue des peuples du Sud : lorsque les urnes ne produisent pas le pouvoir souhaité par les grandes puissances, celles-ci cherchent d’autres moyens — politiques, économiques ou sécuritaires — pour imposer leur volonté.

 

Le parallèle est éclairant. Aux Comores comme au Venezuela, le discours dominant invoque la démocratie, la stabilité ou la protection des populations. Mais dans les faits, ce sont des États souverains qui voient leur destin confisqué, leurs institutions contournées et leurs peuples réduits au rang de variables secondaires.

 

Pour l’Afrique, cette réalité pose une question centrale : quelle valeur réelle accorde-t-on à la souveraineté africaine ? Peut-on parler d’indépendance lorsque des puissances étrangères s’arrogent encore le droit de décider qui gouverne, où et comment ? Le cas Djohar a laissé des traces profondes : fragilisation de l’État comorien, banalisation de l’ingérence, perte de confiance durable entre citoyens et institutions.

 

Le néocolonialisme moderne ne se présente plus uniquement sous la forme d’armées d’occupation. Il agit à travers des interventions “exceptionnelles”, des sanctions économiques, des pressions diplomatiques, des reconnaissances sélectives de dirigeants, et parfois, comme hier aux Comores, par l’enlèvement politique pur et simple d’un président.

 

Pour les médias panafricains, le devoir est clair : rappeler ces faits, établir les continuités historiques et refuser l’amnésie organisée. L’Afrique ne peut construire son avenir en fermant les yeux sur les mécanismes qui ont, et continuent, de la maintenir dans une position subalterne.

 

De Moroni à Caracas, le message est le même : tant que la souveraineté des peuples du Sud sera conditionnelle, la démocratie restera un concept à géométrie variable. Il est temps que l’Afrique, solidaire des autres peuples dominés, affirme une position claire : nos dirigeants ne sont pas des variables d’ajustement de la géopolitique mondiale.

 

Le militant comorien


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