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Résultats du Bac 2020 : les années se suivent et se ressemblent

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Résultats du Bac 2020 : les années se suivent et se ressemblent © : HZK-LGDC

Les résultats du Bac viennent de tomber. Ils sont catastrophiques, comme chaque année. Depuis bien longtemps maintenant, le taux d'admis, à l'issue du premier groupe, ne dépasse guère 15%. Et ce, malgré une forme de bienveillance du jury que d'aucuns nieront. Les gens sont également unanimes pour dire que ces résultats reflètent la mauvaise qualité de notre système éducatif.


Comment alors, avec une telle situation, on peut parvenir au développement humain durable, atteindre une croissance économique de 6% et réduire la pauvreté, en moins d’une décennie ?  En effet, faire des Comores un pays émergent à l'horizon 2030, tels sont l'alpha et l'oméga de la politique du Président Azali. Les sceptiques disent que c'est une chimère et on a les convertis, ceux qu'on n'a pas besoin de prêcher.

Il y a, cependant, une chose sur laquelle aucune divergence n’est possible : aucun pays au monde n'a atteint l'émergence avec un système éducatif au rabais.  Le nôtre  n'est pas que défaillant, il est évanescent. Et ce ne sont pas les rares écoles privées, où les niveaux des élèves ne sont pas alarmants, qui vont démentir cette situation préoccupante.

Pourtant, les solutions à la hauteur de l'ampleur du mal sont connues mais on a l'impression que les décideurs sont dans l'expectative. Le mal est radical. Comment on peut alors prétendre inverser la tendance sans une réplique radicale et des solutions draconiennes? Il faut de l'audace, prendre le taureau par les cornes, si c'est vrai nous voulons conjurer le fléau, cheminer, cahin-caha, vers un système éducatif dont on puisse être fiers et s'en servir comme levier pour l'émergence de notre pays.

Je persiste à penser que le laxisme, les complaisances des uns et des autres, le manque de courage à enfin sonner le glas des maux qui rongent et minent notre système éducatif, participent directement à cette descente aux enfers.

Comment comprendre qu'un nombre assez important de nos candidats, notamment au Bac littéraire, présentent des lacunes qui frisent l'illettrisme, parfois même  l'analphabétisme ? Oui, il y a des copies au Bac, carrément illisibles, parce que les candidats écrivent des choses qui n’ont absolument aucun sens. Dans certaines disciplines, la correction est une véritable torture. Les mots n’existent pas pour qualifier ce qu’on peut découvrir dans les copies de la grande majorité des candidats. En philosophie, c’est un vrai drame mais je ne pense pas que ce soit différent en français ou en Histoire- géographie, pour ne citer que ces matières. Il faut le voir pour le croire. Rares, très rares sont les copies qui reflètent les contenus des enseignements et méthodes dispensés dans les classes.

 On a tout dit ou presque sur les causes de cette situation. Mais, parlons-en encore, sans faux-fuyants, sans langue de bois. Rouvrons cette boîte de Pandore.

1) Nous ne pouvons pas avoir un enseignement de qualité sans enseignants de qualité. Nous avons l'obligation de faire un bilan sans ménagement et savoir qui doit enseigner et qui doit abandonner la craie. Nous ne pouvons plus continuer à demeurer l'un des rares pays ou l’unique pays au monde où tout le monde peut prétendre tenir la craie. Le recyclage et la formation continue des enseignants est un impératif mais ne nous voilons pas la face : il y en a qui n'ont tout simplement pas leur place dans les écoles. Il faut prendre les dispositions pour faire partir ceux qui ne méritent pas d'y rester.

2) Aussi, les faux diplômes font beaucoup de mal au pays, en particulier au système éducatif. C'est pourquoi, les traquer c'est non seulement extirper une des gangrènes qui empoisonnent le système éducatif  mais c'est aussi contribuer à restaurer l'égalité des chances dans l'accès à la fonction publique. D'ailleurs, le chantier initié par le Secrétaire d'Etat à la FOP est inédit et il faut souhaiter qu'il puisse avoir les coudées assez franches, le soutien nécessaire du Président et des autres membres du gouvernement, tous les moyens pour aller jusqu'au bout de l'action d'assainissement d'envergure qu'il a entreprise.

3) Le français est notre langue d'enseignement. Pourtant, des enquêtes suivies de statistiques    ont révélé qu'une quantité non négligeable d'enseignants, tous niveaux confondus, ne maîtrisent pas le français. Des enseignants avaient été sélectionnés pour suivre une formation accélérée aux méthodes FLE à l'Alliance française de Moroni. Ces enseignants devaient à leur tour former en cascade d'autres collègues qui devaient par la suite assurer aux enseignants nécessiteux, des cours de renforcement des capacités. La formation a eu lieu mais il n'y a pas eu de suivi. Reprendre ce chantier ou élaborer un projet assorti des mêmes objectifs serait salvateur.

4) L'incompétence n'est pas le seul écueil. Il y a aussi la malhonnêteté et la démission. Les enseignants décident-ils toujours du passage des élèves en classes supérieures? Rien n'est moins sûr. Dans certaines écoles, surtout dans le privé, c'est l'administration scolaire qui a le dernier mot. N'entendons-nous pas assez-souvent des enseignants se plaindre de voir dans les classes des élèves qu'ils avaient décidés de recaler ? Le Ministère de l'éducation a-t-il un contrôle réel de ce qui se passe dans les écoles privées, notamment et surtout le cursus des élèves? Le redoublement est, dans le système d'enseignement privé, quasiment inexistant, sauf dans quelques rares écoles. Et lorsqu'un élève est contraint de refaire la classe dans une école, il s'en va s'inscrire dans une autre, où on lui déroulera le tapis rouge. Pourquoi? Les pressions des familles et l'argent roi. C'est tout ceci et d'autres pratiques peu orthodoxes qui expliquent les décalages flagrants que l'on peut constater entre les niveaux réels d'un grand nombre de nos élèves et ce qu'ils devraient justifier comme acquis. Tant que des mesures sérieuses ne seront pas envisagées pour atténuer ces écarts, tant que les cursus de nombre de nos élèves  continueront d'échapper au contrôle du Ministère de l'éducation nationale, l'hémorragie finira par tuer ce grand malade qu'est notre système éducatif. On devrait affecter et/ou recruter des enseignants dont l’unique mission serait de dispenser des cours intensifs de remise à niveau aux élèves présentant des lacunes criantes. On ne peut pas les rétrograder mais on ne peut pas non plus laisser l'écart se creuser indéfiniment.

5) Chaque village veut maintenant avoir son école primaire, son collège et son lycée. Certes, c’est le devoir de l’Etat de permettre à chaque enfant de pouvoir aller à l’école, où qu’il se trouve, mais dans le respect de la carte scolaire, laquelle ne peut pas obéir aux caprices et diktats des communautés.

6) Les conflits récurrents entre les syndicats de l'éducation et le gouvernement y sont pour beaucoup également dans la dégringolade du niveau de qualité de l'enseignement. Il faut créer des passerelles, les syndicats de l'éducation et le gouvernement sont condamnés à trouver des terrains d'entente. Il faut une trêve. Les tensions devraient désormais appartenir au passé et s'ouvrir une nouvelle ère de confiance mutuelle basée sur des engagements que les parties doivent absolument se donner l’obligation d’honorer. Il faut en finir avec cette culture des protocoles d'accord que le gouvernement signe juste pour obtenir la fin des grèves. Car, c'est cela qui exacerbe les méfiances des syndicats, provoque les positions radicales et engendre la culture du jusqu'au-boutisme. Il faut savoir que le non respect des engagements porte atteinte au principe même de la négociation collective. Or, la motivation des enseignants est un passage obligé si l'on veut parvenir à une amélioration de la qualité de l'enseignement. C'est ce qui se fait partout où on aspire à un système éducatif performant. Les Comores ne peuvent pas faire figure d'exception.

7) Parmi les actions stratégiques déclinées par le Ministère de l'éducation nationale, dans le Plan de développement intérimaire 2020-2024, il y a la reforme du système des examens. En effet, ce n'est pas une moindre priorité. Le professionnalisme, la compétence et la moralité  devraient toujours prévaloir. Les verrous et les garde-fous devraient être tels qu'aucune faille ne puisse venir entacher la régularité et la crédibilité des examens. Car, l'égalité des chances est une exigence.

Il y a sans doute beaucoup à dire et à redire. Ce sujet est tellement vaste qu'une libre opinion dans un journal ne peut être qu'une bien modeste contribution.

Chabane Mohamed, enseignant

 

 


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