La Gazette

des Comores

Monsieur le Président de l’Assemblée, Mesdames et Messieurs les parlementaires, élus de la République,

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Monsieur le Président de l’Assemblée, Mesdames et Messieurs les parlementaires, élus de la République, © : HZK-LGDC

La démarche que j’entreprends aujourd’hui relève du cri d’alarme d’une mère atteinte au plus profond d’elle-même par la multiplication des viols, leur recrudescence dans nos villes et villages, ainsi que nos foyers mais surtout l’impunité dont font face ces malfaiteurs. Il ne se passe pas en effet une journée, sans que les médias nationaux et communautaires ainsi que les réseaux sociaux ne rapportent des cas de violences sexuelles commises sur des enfants.


Au-delà de ces multiples cas rapportés par les journaux, radios et les réseaux sociaux, je vous invite à lire le bulletin trimestriel d’information de l’Unicef réalisé en collaboration avec la Délégation Générale des Droits de l’Homme pour le premier trimestre de l’année 2020, vous en comprendrez l’ampleur. Les faits et constats qui ressortent de la lecture de ce bulletin sont glaçants pour les parents que nous sommes et de surcroit la mère, celle qui donne la vie.

Les résultats présentés dans ce bulletin sont issus de la base de données des Services d’écoute des enfants et femmes victimes de violence des îles de Ngazidja, Mwali et de Ndzouani. « Les enfants, et plus particulièrement les filles, âgés de 11 à 17 ans sont les plus touchés par les violences sexuelles. Au cours du premier trimestre 2020, 144 cas de violence dont 127 cas qui touchent les enfants ont été enregistrés par les services d’écoute et de protection des enfants et femmes victimes de violence… ».

Il faut également noter que ces statistiques ne concernent pas les cas traités directement par les hôpitaux, la police nationale, la gendarmerie nationale et les juges des enfants. Et comme l’a également souligné le rapport, ils ne concernent pas non plus les cas placés sous silence car  « En raison de sa sensibilité, la violence est souvent cachée par les victimes et leurs familles voire non traitée par les services de la police et de la gendarmerie ». Bref, ces chiffres ne sont qu’une partie de l’iceberg et j’en doute fort, la plus petite.

Sur ces cas de victimes de violences sexuelles qui  touchent principalement des filles et des femmes, 5 concernent des enfants âgés de 0 à 5 ans. « La plus jeune des victimes de ces violences sexuelles est une fillette de 21 mois », donc un nourrisson. C’est effrayant de voir que la cruauté humaine a atteint de tels sommets et ça nous interpellent tous. Il y a un peu plus d’une année, je travaillais avec d’autres collègues sur un projet de mise en place d’un portail internet pour lutter contre la pornographie en ligne impliquant des mineurs. Pour nous sensibiliser d’avantage sur la nécessité du portail, le représentant de cette ONG partenaire nous parlait des violences sexuelles en général et sur les nourrissons, en particulier. Sauf que  ce jour-là, je restais convaincue que ça n’arrive qu’aux autres mais que chez moi, les Comores, ce pays à 100% musulman, je ne connaitrais jamais ça. En lisant le rapport et découvrant parmi les victimes une fillette de 21 mois, j’ai pris une baffe plein la figure. Ma désillusion fut grande à la hauteur de  la douleur ressentie comme mère.

C’est juste pour vous dire que la cruauté des violeurs n’a pas de nationalité. Mais comme des animaux affamés, ils attrapent leurs cibles et de préférence les plus vulnérables car elles ne sauront pas se défendre. La cruauté des violeurs ne connait pas non plus ni de lien de parenté, ni de lien de voisinage. Ça peut être le cousin, l’oncle, le voisin, le chauffeur qui ramène les enfants à la maison, l’éducateur, ou l’étudiant qui leur donne les cours de soutien à domicile… etc. Personne n’est épargnée et ceux qui s’estiment à l’abri se réveilleront dans la désillusion et la douleur.

Les associations de défense des enfants contre les violences font toutes, sans exception aucune,  un travail formidable et au risque d’oublier une, je ne les citerai pas car elles méritent toutes notre soutien et notre respect. Mais elles sont à bout de souffle car leurs voix ont besoin d’être relayées et portées aussi par d’autres sur d’autres terrains notamment dans les cas où leur bonne volonté et leur détermination ne peuvent plus franchir les seuils, là où la législation semble complaisante voire incomplète laissant ainsi aux magistrats un large pouvoir d’interprétation.

Il vous revient ainsi, mesdames et messieurs les députés, de ce parlement rajeuni donc composé probablement de plus jeunes parents, mais aussi de plus de femmes que d’ordinaire dans l’histoire des Comores indépendantes, de prendre le relais. J’aurai voulu comme d’autres mères et parents, entendre vos voix se mêler à celles de ces femmes et ces hommes pour exprimer votre douleur mais malheureusement vous êtes inaudibles.

La Constitution vous accorde des pouvoirs « l’initiative des lois appartient concurremment au Président de l’Union et aux députés ». Faites en usage pour doter le pays d’une législation qui punit sévèrement ces crimes, qui les rends  imprescriptibles pour qu’à n’importe quel moment quiconque commet une agression sexuelle sur mineur, reçoive pour ce crime une sanction exemplaire.

Mesdames et Messieurs les députés, « 127 cas » n’est pas seulement un chiffre mais c’est des enfants à qui la vie leur a été volée dans l’innocence et qui gardent pour la plupart des séquelles à jamais. Redonnez vie à ces enfants ! Mêlez vos voix à celles de ces mères, pères, et nombreux artistes qui expriment leur douleur et apportez à ces enfants votre soutien ! Nous vous serons tous reconnaissants et serons nombreux j’en suis sûre à vous applaudir.

Recevez Monsieur le Président de l’Assemblée, Mesdames et Messieurs les parlementaires, l’expression de ma très haute considération.

Moroni le, 22 Juin 2020

Madame Amina Abdallah

Moroni – Sahara

 


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