Dans toutes les places publiques, les débats sur les assises nationales abondent. Beaucoup en parlent. Peu avec pertinence. Tu demandes au hasard à un fervent opposant à la tenue des assises les raisons qui le motivent. Il te dira: Je ne sais pas et très franchement, ça m’importe peu. Je ne veux surtout pas savoir. Ce dont je suis sûr, c’est une parodie à laquelle, je ne veux pas prendre part. D’autres disent tout simplement que les dés sont pipés.
Pourquoi autant de préjugés ? Pourquoi ne pas imaginer, ne serait-ce qu’en l’espace d’un instant, que cette initiative pourrait être salutaire pour notre pays ? Pourquoi un tel degré de scepticisme ? Les autorités en place ont-ils leur part de responsabilité dans ce pessimisme qui gagne une très grande partie de la population ? Ne serait-il pas judicieux d’être beaucoup plus inclusif pour espérer embarquer tout le monde ? L’émergence, oui c’est possible. A condition et ça va de soi, qu’on la provoque.
Le pouvoir tout comme le peuple, doivent chacun faire un pas vers l’autre. Et comme le temps nous est compté, c’est un pas de géant qui devrait être fait. Un climat de confiance est indispensable. Le peuple doit savoir d’une part qu’on a vu auparavant, des régimes qui faisaient passer en force leurs projets sans le moindre prétexte. Avions-nous pu faire quelque chose ? Non. On a subi. On ne l’a même pas contesté. Je crois intimement que le régime en place a autant que les précédents, les moyens d’en faire pareil.
Les assises ne seraient donc pas la seule option. Ainsi, dire que c’est purement et simplement une manœuvre biaisée servant à obtenir la caution du peuple à des fins autres que l’intérêt supérieur de la Nation, c’est tuer toute présomption de bonne foi de la part du président de la République. Et ça tue également la crédibilité de toute prétention de refus. Etre sceptique n’apporte rien à la Nation. Ca ne résoudra pas le problème du chômage ni ne facilitera le quotidien du comorien.
D’autre part, le Pouvoir doit se rappeler que la jurisprudence africaine a largement évolué. Une élection présidentielle a été annulée au Kenya. Blaise Compaoré a été contre toute attente et brusquement contraint de fuir son pays après des décennies de règne sans partage. Et ainsi de suite……
Mais qu’en est-il de ceux qui veulent simplement saboter ? Juste parce qu’ils ne sont pas à l’initiative ? Une opposition malveillante ou la peur de son propre ombre, non merci ! Un refus poli, d’autant plus que des assises pour faire le bilan de 42 ans d’Indépendance ne constituent en rien un Tribunal. En Grande-Bretagne, l’opposition constitue une institution à part entière du Royaume. On parle même de Chef de la très loyale opposition de sa majesté ou de Premier ministre alternatif du Shadow cabinet (cabinet fantôme).
C’est une opposition constructive qui demeure loyale à l’intérêt du pays. On ne demande pas la même chose chez nous. C’est trop demandé, surtout qu’on n’a pas la riche et noble histoire du Royaume uni et que l’esprit national qui, jadis, était notre fierté, s’effrite peu à peu. C’est très en de ça de nos attentes. C’est dans l’arène que les gladiateurs faisaient bataille à Rome. Et non en dehors. S’absenter ne délégitime pas forcément. C’est plutôt s’avouer vaincu avant même de livrer bataille.
Penser ainsi, c’est ni plus ni moins que de la malveillance. Et l’histoire le retiendra.
Les comoriens sont pris à témoin des deux cotés. Les assises ne sont pas une fin. Il y’aura un après. Un après qui sera certainement beaucoup plus tonitruant que ce qu’on voit maintenant. Une question doit interpeller le comorien. Une seule : De quel coté de l’histoire, nous voulons appartenir ? Pour une simple question de bon sens, il faut être du coté de ceux qui l’écrivent. Ceux qui l’écrivent par le peuple pour le peuple.
Enfin le CPAN (Comité de Pilotage des Assises Nationales) a dégagé cinq axes. Que chacun regarde lequel lui parle. Dans quel domaine, on croit avoir une proposition. Contribuons même anonymement. C’est admis, je pense. A défaut de le faire en toute fierté au vu et au su de tous. Le Président de la République nous offre une Tribune. Ce n’est pas souvent que cela arrive.
Moi personnellement, il m’a fallu du temps pour croire au bien-fondé du concept. Et je réalise que j’avais tort d’avoir été sectaire et farouchement hostile. La logique des choses veut qu’on réponde à l’appel. Martin Luther King disait que dans toute prise de position, la seule question qui vaille, c’est de se demander si ce qu’on entreprend est juste. Je crois en la justice de cette initiative. Surtout que participer aux assises, ce n’est pas donner un chèque en blanc au Président de la République. Allons-y ! Advienne que pourra.
MOUNAWAR IBRAHIM (JURISTE)
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