Les mots qui vont suivre sur la personne du jeune feu Frederick SAMUEL, vont certainement surprendre le grand public en ce sens que peu de personnes peuvent lier notre amitié compte tenu des choix professionnels qui nous séparent. Ce qui est tout à fait naturel vu que la société actuelle devient de plus en plus amnésique, doublée d’une rancœur malsaine. Tout au long de ce corpus, je tente d’élucider cette question pertinente : qui était Frederick SAMUEL, sa vie et son œuvre tel que je l’ai connu?
Je l’ai bien mentionné au début de ce texte que peu de gens me lieraient avec Frederick, mais ce jeune homme peu bruit, très sportif, sobre et qui parlait peu, beaucoup plus souriant et généreux, est l’un de ce qu’on nomme des amis ou des étudiants de ma promotion. Oui, je le dis et je l’assume que SAMUEL était de la même promotion que moi. Alors que j’ai obtenu le baccalauréat en l’an 2000, j’ai raté une année d’étude comme presque la plupart des jeunes bacheliers de mon temps dans la logique de vouloir partir en France. Malheureusement, ce projet s’est soldé par un échec du fait que je n’ai jamais pu partir.
En 2001-2002, lorsque je me suis inscrit en première année de droit à l’ENAC (Ecole Nationale d’Administration et de Commerce), le jeune SAMMUEL était en deuxième année de droit, c'est-à-dire dans la section juridique. A titre de rappel, vu la vitesse exponentielle de l’histoire, l’ENAC, c’est l’actuel UIT de l’université des Comores. A l’époque, il n’y avait pas d’université aux Comores, mais le pays disposait deux grandes écoles de formation supérieure, notamment l’ENAC qui formait des cadres moyens en droit dans la section juridique ayant comme diplôme BTS en droit. Ensuite, il y avait la section GAF (gestion administrative et financière) et enfin, la fameuse section de AES (administration économique et sociale). Toutes ces différentes sections étaient sanctionnées par un diplôme de BTS. A côté de l’ENAC, il y avait l’ISFR (Institut Supérieur de Formation et de Recyclage).
Pour revenir à notre sujet, SAMUEL est rentré à l’ENAC par un concours dont il est assorti comme meilleur étudiant inscrit en droit ou disons de la section juridique. Lorsque je me suis décidé de m’inscrire en première année de droit, il était déjà en deuxième année. Un jeune très élégant, souriant, très convivial, intègre et très ouvert. Alors que le pays était en pleine crise séparatiste et que l’actuel président était entrain de signer l’accord cadre de Fomboni qui a abouti à l’actuel nouvel ensemble comorien, nous étions très méfiant les uns des autres. La politique avait laissé son empreinte. Ce jeune SAMUEL avait presque dominé toute sa promotion de différentes matières. Il était devenu l’étudiant modèle que tous les enseignants de l’établissement en parlaient comme bon exemple à suivre. A cet instant précis, je me remémore de Mr CHOUDJAYDINE ADINANE (comorien d’origine mohélienne, ancien Ministre de l’énergie et de l’équipement du temps de DJOHAR, professeur de droit administratif à l’ENAC et à l’université des Comores, ancien procureur de la république au tribunal de Mohéli), qui le décrivait avec religiosité. C’était le meilleur étudiant en droit administratif, en procédure pénale et en droit international. Il était très disponible aux cours de soutien et à toutes les questions qui nous intriguaient en tant qu’étudiants en niveau A.
Lorsqu’il a quitté l’ENAC dans sa formation, il a tout de suite intégré le Palais de justice de Moroni, en sa qualité de stagiaire au parquet de justice de Moroni. En 2004, sa rigueur et son intégrité ont payé puis que le jeune SAMUEL a été retenu comme greffier au palais de justice de Moroni sur concours. C’est d’abord au siège qu’il effectuera ses premiers pas en tant que greffier. Ensuite, il sera nommé au parquet en tant que greffier en chef au tribunal de Moroni, fonction qu’il occupera jusqu’en 2009-2010, date à laquelle il obtiendra le concours de la formation des magistrats. De 2004 à 2009, il a travaillé aux côtés des différents procureurs qui se sont succédé dans ce pays. Dans le même temps, il n’a jamais lâché ses études. C’est ainsi qu’il s’est entre temps inscrit à l’université des Comores pour préparer sa licence en droit et son master de droit. En 2010, alors que le palais de justice de Moroni organisé ses concours nationaux aboutissants à la formation des magistrats, SAMUEL s’est inscrit et obtient le concours d’entrée à l’Ecole nationale de la Magistrature de la république du Sénégal.
Deux ans plus tard, comme les jeunes de sa promotion, SAMUEL est revenu aux Comores avec son diplôme de magistrat et intègre tout de suite au palais de justice en tant que magistrat, métier qu’il va exercer jusqu’à la fin de sa vie.
De mon côté, de loin d’ailleurs, je trouvais en SAMUEL un juge sérieux, très dévoué de son métier. Il a occupé différentes fonctions au tribunal de Moroni. Un jour alors que j’étais de passage au tribunal, je me suis rendu compte qu’il était chargé des instructions, ce qu’on appelle dans le jargon de droit le juge d’instruction.
De surcroît, SAMUEL n’était pas que juge, c’était aussi un grand sportif de son temps. Durant les dix huit ans de vie que j’ai connu SAMUEL, c’était un homme d’une grande ossature, régulièrement présent aux acticités sportives. Toujours beau, toujours souriant et très accueillant. En aout dernier alors que je me présentais à Foumbouni, ma ville natale pour le grand mariage de ma cousine, à ma grande surprise, j’ai trouvé SAMUEL entrain de jouer de la guitare avec Me IDRISS (avocat à la cour). J’ai compris que c’était « un homme accompli » ou « un homme complet » pour reprendre l’expression de NIETZSCHE puisqu’il était juge le matin, sportif l’après midi et musicien le soir.
C’était aussi un esprit très religieux et un homme attaché aux valeurs traditionnelles de son pays. Nous nous rencontrions souvent dans les cérémonies traditionnelles du mariage en général et grande comoriennes en particulier. C’était l’homme que j’ai connu lorsque nous étions étudiants à l’ENAC. Il faut dire que malgré le temps et le travail du temps, notre amitié était restée intacte et n’avait pris aucune ride. Parce que c’était effectivement le sens de son existence. C’est pourquoi je me suis rappelé de l’affirmation de J.J.ROUSSEAU « Celui qui donne sens à la vie, donne sens à la mort ».
Mais, hélas, les écrits mal veillant et très mal intentionnés ne comprennent pas de limites. Ils vont jusqu’aux détails des obscénités et des termes les plus vulgaires qu’inhumains qu’un compatriote puisse proférer à l’encontre un mort. J’étais sidéré de lire un écrit d’un comorien natif de l’ile de Mohéli qui se posait cette question : où est passé SAMUEL ? SAMUEL est mort mes chers compatriotes. Ce jeune juge, le plus intelligent de sa promotion de l’ENAC et celui qui a sans doute le plus marqué le tribunal de Moroni en fonction de son savoir faire et de son intégrité professionnelle. C’est un juge bien chevronné. Personne à mon avis ne devrait se moquer de la mort de son prochain, c’est ce qu’on appelle l’éloge de la bêtise ou le sadisme pur et simple. La mort est permanente, elle est partie intégrante de notre condition existentielle. Le philosophe contemporain Martin HEIDEGGER dans son livre intitulé l’être et le temps l’a si bien dit : « dès qu’un homme est né, déjà il est assez vieux pour mourir ». La mort constitue la finalité de chaque être parce que d’ailleurs la religion islamique qui est la notre admet que : « tout ce qui existe sera voué au néant ». C’est ainsi qu’il n’y a pas lieu de se moquer de la mort des autres puis que nous sommes tous mortels. A dieu SAMUEL, à dieu mon ami. La mort étant si terrifiante, elle nous a ravi notre ami juge SAMUEL
NASSERDINE NADHOIRI, ancien étudiant de l’ENAC, section juridique et aujourd’hui professeur de philosophie.
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.
© : HZK-LGDC