Je suis foncièrement anti-anda. Je considère que ces pratiques coutumières dispendieuses – grands mariages, cérémonies traditionnelles et autres festivités – sont un frein au développement économique et social des Comores. Elles ruinent les familles, creusent les inégalités et détournent des forces vives de leur productivité. À ce titre, je ne pleurerai pas sur la volonté affichée de les réguler pendant les heures de travail.
Mais cette circulaire N°26-004-MIDAT/CAM ne me satisfait pas pour autant. Bien au contraire, elle confirme, jusque dans ma propre position, l’incapacité chronique du pouvoir en place à gouverner avec rigueur et intelligence. Sur la forme, elle est juridiquement boiteuse. Certes, le ministre de l’Intérieur est bien l’autorité de tutelle des Préfets et des Maires. Mais en fixant une interdiction générale qui touche à l’organisation du travail de tous les agents publics, il empiète sur les prérogatives exclusives du ministre de la Fonction Publique. Une circulaire interministérielle, cosignée, aurait été la moindre des choses. Sans cela, ce texte n’a pas la portée réglementaire qu’il prétend avoir.
Sur le fond, elle est redondante et inutile. Le droit disciplinaire existe déjà : tout agent public qui s’absente sans motif valable s’expose à des sanctions. Pourquoi inventer une nouvelle interdiction quand il suffirait d’appliquer les textes existants ? Cette circulaire est un cache-sexe administratif qui masque l’absence de volonté réelle de mettre en œuvre les sanctions prévues. Surtout, elle est disproportionnée. Interdire toute manifestation coutumière les après-midis ouvrables, c’est faire preuve d’un autoritarisme paresseux. Une simple campagne de sensibilisation auprès des chefs coutumiers, couplée à un rappel à l’ordre ferme des chefs de service, aurait été plus efficace et moins liberticide.
En définitive, même en étant anti-anda, je dénonce cette circulaire. Car elle illustre parfaitement ce que je reproche au pouvoir de Moroni : gouverner dans l’imprécision, par à-coups et sans coordination interministérielle. On attaque un symptôme (les cérémonies) sans jamais s’attaquer aux causes profondes (l’absentéisme chronique, le manque de discipline, la faiblesse des contrôles).
Le pouvoir se donne ainsi bonne conscience en affichant une fermeté de façade, alors qu’il ne fait qu’ajouter une couche de confusion à un État déjà mal rationalisé. C’est une occasion manquée de réformer sérieusement l’administration. Je suis anti-anda, mais je refuse que l’on se serve de cette opposition pour justifier des méthodes aussi brouillonnes et inefficaces.
Nakidine Mattoir
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.
© : HZK-LGDC