Après plus de 25 années de lutte, les Comores se rapprochent d’un objectif longtemps considéré comme difficile à atteindre : mettre fin à la transmission de la filariose lymphatique. Avec l’appui de l’Organisation mondiale de la Santé et de ses partenaires, le pays a renforcé les campagnes de traitement. Les dernières évaluations sont encourageantes et laissent entrevoir une possible élimination dans les prochaines années.
Pendant longtemps, la filariose lymphatique a fait partie du quotidien de nombreuses familles comoriennes. Dans certaines localités, les séquelles de la maladie étaient particulièrement visibles : jambes gonflées, éléphantiasis, hydrocèles et difficultés importantes à se déplacer ou à travailler. Derrière ces manifestations physiques se cachait une autre réalité, moins visible mais tout aussi lourde : la stigmatisation. Certaines personnes atteintes étaient confrontées au regard des autres, à l’isolement et parfois au rejet social. La maladie pouvait également réduire la capacité de travail et affecter durablement les revenus des familles.
Une maladie qui peut laisser des séquelles pendant des années
La filariose lymphatique est une maladie parasitaire transmise par les moustiques. Elle est principalement due, en Afrique, au parasite Wuchereria bancrofti. L’infection peut rester silencieuse pendant plusieurs années avant d’entraîner des complications chroniques.
C’est ce caractère silencieux qui rend la lutte particulièrement difficile. Une personne infectée peut ne présenter aucun signe apparent tout en contribuant à la persistance de la transmission.
Consciente de cet enjeu, l’Organisation mondiale de la Santé a lancé en 2000 le Programme mondial pour l’élimination de la filariose lymphatique. L’objectif est double : interrompre la transmission et prendre en charge les personnes déjà touchées par les complications de la maladie.
Les Comores lancent leur combat en 2001
Aux Comores, la filariose lymphatique était présente dans les trois îles. Une des trois iles était notamment connue pour l’importance des complications physiques observées chez les personnes atteintes.
En 2001, le ministère de la Santé a engagé un programme national d’élimination. Des campagnes de traitement de masse ont été organisées avec l’association de la diéthylcarbamazine et de l’albendazole.
Plusieurs campagnes ont été menées jusqu’en 2007. Mais la bataille n’était pas encore gagnée. L’évaluation réalisée en 2012 a montré que la transmission persistait dans certaines zones, obligeant le pays à reprendre ses efforts.
De nouvelles campagnes ont ainsi été organisées, notamment en 2017 et 2019, avec le soutien de l’OMS et de l’initiative ESPEN.
Mohéli et Anjouan franchissent des étapes importantes
Les efforts engagés au cours des dernières années commencent à porter leurs fruits.
Mohéli et Anjouan ont franchi des étapes importantes dans le processus d’élimination. Mais une précision demeure essentielle : l’absence de transmission active ne signifie pas que la maladie et ses séquelles ont disparu de la population.
Des hommes et des femmes continuent de vivre avec les conséquences de la maladie contractée plusieurs années auparavant. Leur prise en charge reste donc indispensable.
Dr Chamssoudine MOHAMED, Spécialiste en Sante Publique
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