De nos jours, les données de la géopolitique mondiale évoluent à une vitesse inimaginable, accélérant une recomposition d’un monde caractérisé jusqu’ici par les rivalités entre les grandes puissances, nées de la fin de la 2ème guerre mondiale. Elles exigent la définition de nouvelles géostratégies politiques et militaires adaptées et redessinent des nouveaux équilibres mondiaux qui exposent beaucoup de petits états comme le nôtre, l’Union des Comores, à un choix fondamental : celui de la posture ou celui du réalisme. Face à ce dilemme qui soulève un débat non des moins passionnés, il est essentiel de rappeler que la diplomatie ne se nourrit ni de slogans, ni de réflexes idéologiques, mais d’une lecture lucide des intérêts nationaux en jeu.
Notre pays, les Comores, a connu l’histoire coloniale, ses blessures et ses contentieux non résolus. La question de Mayotte demeure une plaie ouverte dans la conscience nationale et un dossier politique majeur. La relation avec la France, partenaire historique, est donc nécessairement complexe, parfois tendue, et doit continuer à être abordée avec fermeté et exigence. Cela étant, la complexité ne signifie pas rupture aveugle, pas plus qu’exigence ne signifie rejet systématique dicté par des émotions ou des attitudes simplistes.
De nos jours si certains discours tendent à présenter l’éloignement des partenaires traditionnels comme une condition essentielle de l’acquisition totale de notre souveraineté et par ricochet une garantie de notre développement, il faut dire que le rapprochement avec de nouvelle puissances étrangères ne se présente pas comme une alternative évidente et rassurante. À mon humble avis, le débat mérite d’être posé à tous les niveaux de décision de notre nation, de façon complète sans être complexe et de façon simple sans être simpliste.
Tous les partenariats internationaux ne produisent pas les mêmes effets, notamment pour un État insulaire à l’économie fragile, aux institutions encore en consolidation et à la jeunesse nombreuse en quête d’opportunités.
La coopération franco-comorienne, malgré ses limites et ses déséquilibres, s’inscrit dans une temporalité longue. Elle concerne des domaines structurants : formation des cadres, appui institutionnel, éducation, santé, sécurité, culture, gestion de la diaspora et accès indirect aux mécanismes européens. Ce sont là des leviers souvent discrets, peu spectaculaires, mais déterminants pour la stabilité et la capacité de projection d’un État tel le nôtre.
À l’inverse, l’intérêt croissant manifesté par des puissances comme la Chine ou la Russie s’inscrit dans des logiques globales qui dépassent largement le cadre comorien. Leurs politiques étrangères répondent à des priorités stratégiques propres, légitimes du point de vue de leurs intérêts, mais qui ne coïncident pas toujours avec les besoins profonds de sociétés comme la nôtre. Les partenariats proposés privilégient fréquemment les infrastructures visibles, les accords rapides et les gains symboliques, sans toujours garantir un ancrage institutionnel durable ni un transfert réel de compétences.
Il ne s’agit pas ici d’opposer les uns aux autres, ni de rejeter la diversification diplomatique. Une politique étrangère équilibrée suppose, au contraire, l’ouverture, le dialogue et la pluralité des partenariats. Mais cette ouverture doit être hiérarchisée car toute diplomatie repose sur une conscience d’amitié et de fraternité. Pour les Comores, le critère central ne devrait pas être l’effet d’annonce, mais la capacité d’un partenaire à contribuer à la stabilité, à la formation des ressources humaines, à la consolidation de l’État et à la cohésion sociale.
Dans cette perspective, maintenir une relation structurée avec la France ne relève ni de la nostalgie, ni de l’alignement. C’est un choix pragmatique, fondé sur la connaissance mutuelle, la proximité humaine et linguistique, et l’existence de canaux de dialogue éprouvés. Une relation qui, loin d’exclure la fermeté sur nos revendications, offre justement un cadre pour les porter avec constance et crédibilité.
La souveraineté ne se mesure pas au nombre de ruptures proclamées, mais à la capacité d’un pays à choisir ses alliances en fonction de ses intérêts réels. Pour les Comores, le défi n’est pas de changer de partenaires pour le principe, mais de bâtir une diplomatie adulte, non alignée dans le discours, mais lucide dans ses priorités.
Dans un monde instable, le courage politique consiste parfois à préférer le long terme au spectaculaire, et le réalisme aux illusions. C’est à cette condition que la diplomatie comorienne pourra véritablement servir le développement et la dignité nationale.
Par MOHAMED DJALIM Ali
Enseignant-chercheur à la retraite
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