Le 11 février 2025, le cargo Magma a atterri à l’aéroport de Hahaya, apportant six groupes électrogènes promis par le gouvernement pour secourir la Sonelec, qui a plongé le pays dans le noir pendant des mois. Quatre groupes, offerts par la société Masdar, sont arrivés dimanche pour compléter le parc de la Sonelec, dont seize générateurs sont tombés en panne sans aucune révision. Selon la presse, plus de 20 milliards ont été investis dans le secteur énergétique de 2017 à 2025, sans jamais parvenir à stabiliser les problèmes énergétiques du pays.
L'achat de nouveaux groupes électrogènes, bien que louable, ne constitue qu'un soulagement temporaire pour la population comorienne, privée d'électricité depuis des mois. La récurrence de ces achats, presque tous les deux ans, voire tous les ans et demi, en témoigne. Il semblerait même que, lors du dernier achat, deux des générateurs n'aient jamais démarré, ce qui souligne le peu d'attention accordée par les acheteurs à la qualité du matériel.
C'est donc la énième fois que le président de la République, M. Azali Assoumani, vient en aide à la Sonelec et à la population à l'approche du mois de ramadan. Malheureusement, les dirigeants de la Sonelec qui se sont succédé ont toujours eu tendance à se focaliser sur cette période, oubliant les onze autres mois de l'année. D'ailleurs, depuis l'arrivée des nouveaux groupes, la Sonelec répète à qui veut l'entendre qu'elle sera prête à alimenter la population pendant le ramadan. Et malgré les annonces de rétablissement du courant à Moroni, certaines zones ne sont alimentées que la nuit, comme si l’électricité ne servait qu’à regarder la télévision le soir et à se repérer dans sa chambre. Un vrai problème. Les entreprises de production sont complètement anéanties. Il est temps de changer de paradigme : la population et les entreprises ont besoin d'énergie tous les jours, 24 heures sur 24. Aucun développement n’est possible sans énergie.
De plus, l'achat de nouveaux générateurs ne résout en rien les problèmes structurels de notre système énergétique. Il n'efface pas non plus le mépris dont nous sommes victimes de la part des dirigeants de la Sonelec, qui brillent par leur mutisme, oubliant un droit fondamental des consommateurs : le droit à l'information. Avec l'arrivée des groupes, on s'attendait à une série de communications pour rassurer la population. Malheureusement, la Sonelec reste muette comme une carpe.
Un autre volet de cette crise a été éludé par tous : les conséquences macro et micro-économiques. Sans être exhaustif, on peut parler de l’impact sur la croissance économique déjà éprouvée, la fermeture des petites et moyennes entreprises de production, l’augmentation de la dette publique (d’où proviennent les 4 milliards qui ont financé l’achat des groupes électrogènes ?), la baisse de compétitivité, la perte d’emplois et de marchandises, etc. Et qu'en est-il du sort des victimes de ce black-out total ? Quel accompagnement pour les entreprises sinistrées et les ménages, sans parler des réparations ? Le code civil est très clair : « Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ». Est-ce trop demander à l’État de réfléchir à des mesures d’accompagnement aux entreprises plongées dans ce chaos depuis des mois ? Est-ce trop demander de simples excuses de la Sonelec à la population et aux entreprises face au chaos qu’elle a provoqué ?
Par ailleurs, le recrutement d'un nouveau directeur par appel à candidatures, bien que souhaitable, ne suffira pas à opérer un miracle. Le nouveau venu ne sera pas un messie. À lui seul, il ne pourra pas inverser la gouvernance d'une société qui compte plus de 400 employés. Le succès de toute réforme dépend de l'implication de tous les acteurs, y compris du personnel de la Sonelec. Or, si les techniciens ne sont pas en mesure d'entretenir correctement les équipements existants, de réparer ne serait-ce qu'un groupe électrogène en deux mois, comment pourront-ils assurer la maintenance de nouvelles installations ?
Il est également inquiétant de constater que les achats de groupes électrogènes se font sans contrat de maintenance ni transfert de compétences. La preuve : seize générateurs sont tombés en panne sans qu'aucune révision n'ait été effectuée. C'est une recette pour la récurrence des pannes et des dysfonctionnements. De plus, l'absence de maîtrise des technologies thermiques pose question quant à notre capacité à exploiter efficacement les énergies renouvelables. Comment assurer la maintenance de centrales solaires si nous ne sommes pas capables de gérer des groupes électrogènes ?
Enfin, il est paradoxal de voir des régions censées être alimentées par l'énergie solaire subir des coupures en plein jour. Cela met en évidence les limites de notre politique énergétique actuelle et les compétences de nos ressources humaines. Si nous voulons réussir notre transition énergétique, nous devons d'abord consolider nos bases et investir dans des centrales thermiques performantes et fiables.
En somme, la crise énergétique à répétition que nous traversons compromet le développement économique de ce pays et nécessite des solutions durables et structurelles. Les palliatifs ne suffisent plus. Il est temps d'engager une véritable réflexion sur notre modèle énergétique et de doter notre pays d'infrastructures adaptées aux défis du XXIe siècle.
Hamidou Mhoma, opérateur économique
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