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Libre opinion / Salim Ali Amir vient de sortir son nouvel album « Tsi Wono Zindji »

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Libre opinion / Salim Ali Amir vient de sortir son nouvel album « Tsi Wono Zindji » © : HZK-LGDC

L’artiste S.A2 comme j’aime bien l’appeler vient de sortir vendredi dernier 8 mars 2019 son nouvel album Tsi Wono Zindji. Premièrement. Un son imposant grâce à une batterie, une voix et des instruments titillant l’ouï comme dans un Concert pris au piège entre quatre murs, d’autres résonances plus proches des cuivres rassasiés, pianos et guitares mêlant blues et autres rythmes, tous coincés dans une diversité rythmique à la SA2… Dans la forme, c’est parmi les belles choses que Salim Ali Amir nous propose dans ce nouvel album, le onzième de sa très riche carrière.


Deuxièmement. Des onze pistes composant cet album, j’en ai retenu deux après les avoir écouté tous en moins d’une heure : « Woyi Ye Dje » et « Ivundziwa Shewo ». Pour le premier, le titre se fait remarquer d’abord par un étonnement chez l’auteur visiblement marqué par le comportement de celui supposé être un ami, mais insaisissable. Ensuite, « Woyi Ye Dje » suppose un monologue qui est là mais qui implique l’autre (le spectateur) dans son interrogatoire dont l’objectif est de se faire une idée de cette amie dont on arrive plus à se saisir. Le jugement fait est spirituel surtout.

Les images utilisées sont fortes (l’enfant porté le matin mais renversé le soir par le porteur…), une attitude face à laquelle nait un sentiment d’espoir « Comori ya hagu ngodjo yiwona ndro » dit l’artiste. Toi qui, dans le temps « tu as fait moi un esclave, l’assujetti, le peureux. Tu as m’as arraché le frère, tu te fâches lorsque je te le reproche, tu me secoues et tu me noies… » Bref, aussi patriote comme on le connait, l’auteur de « Tsi Tsehe » s’étonne d’une amitié de longue date vantée et assumée comme celle entre deux pays, l’Union des Comores et la France mais qui se repoussent souvent sur la question de l’île comorienne de Mayotte.

En ce qui concerne Yi Vundziwa Shewo », il s’agit clairement de la capitale Moroni, de son état délabré, de son manque d’évolution comme capitale d’un Etat. C’est un Moroni qui « perd en perte de son poids » prévient-il. Un Moroni « miroir qui se brise », un Moroni qui crie au secours mais qui fait appel surtout à une jeunesse se disant fière d’en représenter une entité. Mais Salim Ali Amir s’adresse tout de même à un ensemble ; à des Moroniens qui ferment les yeux malgré la situation, qui se taisent les moments de parler, mais aussi à des autorités auxquelles incombe l’urbanisation de cette ville censée être notre miroir en tant que Comoriennes et Comoriens. 

En conclusion, on peut dire que l’artiste Salim Ali Amir s’inscrit toujours dans une ligne longtemps connue des arts : celle de l’engagement en littérature. A la question « la chanson est-ce de la littérature ? » Le débat a longtemps lancé depuis des siècles suscitant de prises de positions variées. Mais le plus récent intervient lorsque le chanteur Bob Dylan s’est vu attribuer le Prix Nobel de Littérature en 2016. C’est dire que oui, Salim Ali Amir est un intellectuel engagé car il affiche, d’une part des convictions humanistes, politiques et philosophiques dans nos débats (les débats de son temps), et d’autre part, un artiste qui considère son art comme un média possible pour exprimer ses convictions. Je salue ici un artiste tenace, un patriote inégalé qui se sert de l’art pour avoir le meilleur d’un pays, les Comores.

Abdoulatuf BACAR, Enseignant

 


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