Cette question m’a toujours hanté si petit. Elle continue de suivre mon trajectoire sans pour autant que je puisse y avoir de réponses claires. Aujourd’hui, j’ai voulu partager mon inquiétude avec vous, lecteurs et espérer de cette initiative lancer un débat d’idées. J’estime que le phénomène s’éternise et risque surtout de nous ramener à un désastre : des talents nationaux, régionaux ou internationaux risquent de ne plus avoir envie de se produire sur scène aux Comores, de ne jamais vouloir fréquenter nos stades, encore moins nos places publiques pour la simple raison que face à eux, face à ces stars nationale ou autres, tous arts confondus, un public quasi absent ou paradoxalement présent dans l’absence.
Comment expliquer ce phénomène comorien où des jeunes, habillés en Jeans déchirés, des mamans sapées comme jamais, des papas, très jeunes ou gâtés en âge tirés tous à quatre épingles remplissent stades, places publiques ou le Foyer des Femmes mais y brillent constamment par leur silence inouï ? Comment expliquer le caractère passif des spectateurs des Cœlacanthes sur le terrain pendant les 90 minutes de jeux, hormis les instants de marquage de but ? Serait-ce le symptôme d’une baisse de ferveur ayant déjà existé, d’une ferveur à construire chez les spectateurs comoriens ou tout simplement un triste constat d’une exception culturelle comorienne ?
De toute évidence, c’est une situation qui doit nous préoccuper après avoir assisté à Moroni, le 28 décembre dernier au Concert raté (parce que passé inaperçu) de l’international tanzanien et grande Star Diamond. Les exemples peuvent être nombreux, mais n’en citons que trois, tels que le dernier concert de la jeune star comorienne Imane ou les deux dernier matchs des Cœlacanthes aux Comores rajoutés à ce fameux concert de Diamond.
Il est ici question d’une relation que je trouve quasi abrogée car froide entre le spectacle et son public. Ma préoccupation est double ; d’abord parce qu’il n’y a jamais de spectacle sans public, puis j’ai peur que les raisons soient culturellement justifiées. Or justifier ce coinçage du public comorien par des raisons socioculturelles, c’est se heurter à un absolutisme culturel tranchant. J’ose espérer que ce caractère mou inquiétant du public comorien vis avis de son spectacle ne soit qu’un relâchement de celles et ceux qui, dans si peu sont prêts à briser les chaines, titiller leurs cordons vocaux dans les stades et places publiques pour marquer leur présence dans nos spectacles divers. C’est ainsi que …
Dans un pays où la culture n’est pas vraiment occultée des programmes de développement, il est difficile, pour des tiers de promouvoir celle-ci. Bien que la promotion culturelle d’un pays relève d’une politique d’accompagnement en moyens conséquents de la part de l’Etat, que la ferveur publique envers tel spectacle reste une question de goût et de choix, le spectateur est souvent orienté en fonction d’une base organique conventionnée ou pas.
Je pense d’une part au rôle que doit jouer l’Etat dans les prochaines années pour promouvoir la culture comorienne, diversifiée qu’elle soit. Enfin et malgré que le fait d’applaudir, de reprendre en choral le refrain d’un chant en plein match ou concert, cela relève d’un choix et d’un goût personnel, l’amour d’un groupe envers un art se façonne, se construit. Rien n’est automatique. Tout s’apprend et s’organise entre spectateurs fidèles réunis autour d’un seul objectif. De bien habiller, se maquiller avant de se rendre dans un concert suffit en soi pour s’apercevoir de cet amour entre le spectateur et le spectacle. Déraciner un bananier et le trainer dans sa voiture le jour d’un match Coelacanthe atteste cet engouement du supporter comorien envers la sélection. Il reste que des initiatives collectives soient prises pour bien mettre à profit cet amour naturel envers les spectacles aux Comores.
Abdoulatuf BACAR, Enseignant
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