« Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des lois, le pouvoir arrête le pouvoir ». (Montesquieu, de l’Esprit des lois.)
Désormais, nous savons que l’ordre et la sécurité que le pouvoir devait garantir pour préserver la paix au sein de la population est mise à mal par la violence répétitive orchestrée par des fonctionnaires habillés dont on pourrait douter de leur formation et de leur efficacité.
Ainsi ce désordre voulu par les uns, exploité par les autres notamment les va nu pieds, livre les faibles à la domination des bruyants et des puissants et cet affrontement désintègre en même temps notre société. Chacun se demande : pourquoi cette violence ? Cette question est fondamentale et la réponse n’est pas évidente. L’histoire fourmille d’exemples où l’on voit la liberté dégénérer en désordre et le désordre rebondir en tyrannie.
Depuis les années 1990, chez nous, l’autorité a cessé d’être un argument par elle-même. Ceux qui détiennent le pouvoir actuel doivent tenir compte de cette nouvelle donne. L’ordre qu’ils voudraient imposer à la population de ne plus marcher pacifiquement à la sortie de la mosquée, chaque vendredi, ne peut s’agir d’une réaction marchant, bottée et casquée à contre-courant de l’histoire. Cet ordre doit se fonder sur la pratique de la liberté. Or nous savons tous qu’aujourd’hui cette liberté est menacée, plusieurs responsables politiques sont empêchés de voyager à l’intérieur comme à l’extérieur de nos îles.
Il n’y a rien de choquant à ce que dans une démocratie ouverte et libre, coexistent des hommes et des femmes dont les opinions et les idéologies sont différentes. Il ne faut pas s’alarmer non plus si ce qui paraissait évident hier est remis en cause aujourd’hui. Le droit de penser autrement par rapport au pouvoir n’est pas l’équivalent du désordre. Le temps de la pensée unique, du parti unique est révolu. Au contraire nul ordre ne peut être établi en profondeur, c’est- à-dire, accepté, s’il ne respecte pas le droit à la différence.
Dans cette jeune démocratie, ce n’est pas seulement au législateur central (l’élu du peuple), mais à chacun des corps sociaux de tracer les limites à ne pas franchir.
L’impulsion et la sanction se trouvent dans l’opinion. C’est elle qui décide où s’arrête la liberté et où commence le désordre. Ses arrêts sont souverains. C’est pourquoi il est fondamental qu’elle prenne sans ambiguïté le parti de la modération et de la responsabilité, contre toutes formes de violences et d’où qu’elles viennent.
D’ailleurs, il ne faut pas attendre pour le faire qu’éclatent les désordres physiques. Et qu’on ne se prononce pas en fonction de préférences politiques :
La violence des amis n’est pas plus recommandable que celle des adversaires. Vis-à-vis de la violence, de l’excès, de l’outrage et de la démesure, de l’égoïsme indifférent à la solidarité, de la politique du pire, l’opinion publique ne doit montrer aucune indulgence. Elle doit se former un réflexe de répulsion vis-à-vis des visages congestionnés et des voix bordant l’hystérie, comme aussi du vocabulaire de l’outrance et de la menace. Elle doit les blâmer d’où qu’ils viennent, et dès qu’ils apparaissent. C’est ainsi d’elle-même, et en elle-même, que l’opinion publique défendra sa propre liberté et lui assurera d’être paisible.
C’est pourquoi, si le pouvoir veut mettre fin à la violence, doit chercher la cohérence : il doit faire l’inverse de ce qu’il a fait jusqu’ici. On n’accapare pas le pouvoir, on accepte de le partager avec ceux qui ont lutté eux aussi pour l’indépendance de notre pays ; on ne les rejette pas vers le diable, on leur fait une place bien méritée. On organise des élections sérieuses et honnêtes auxquelles participent, avec les garanties d’usage, les autres forces politiques d’opposition. Bref, si cela se faisait, je crois bien que beaucoup de gens dans ce pays feront la paix avec les militaires car sauf erreur de ma part, le rôle d’une armée dans un pays, c’est de sécuriser les citoyens et leurs biens, contrairement à ce qui se passe maintenant.
On peut citer beaucoup d’autres cas où il suffirait de dire : « Halte ! Faisons le contraire pour qu’au blocage succède l’ouverture et que se dégagent des horizons aujourd’hui bouchés ».
Pour finir, rappelons que c’est un signe d’infantilisme politique que de réagir par la violence ou la menace à tout ce qui vous parait une atteinte à vos droits ou à votre dignité.
A l’inverse, c’est une marque de maturité que de rechercher la conciliation avec l’autre, de se placer à son point de vue pour comprendre son attitude, de négocier avec lui sans se lasser, de s’en remettre à l’arbitrage pour trancher les différends.
En général, ce sont les plus mauvais dictateurs qui créent le plus d’histoires et de conflits à propos de tout et de rien.
Professeur Djaffar MMADI, Universitaire
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