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des Comores

Libre opinion / Mayotte, notre douleur, Mayotte, notre ferté !

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Libre opinion / Mayotte, notre douleur, Mayotte, notre ferté ! © : HZK-LGDC

Depuis des semaines la presse et la société civile nous alertent sur des choses gravissimes qui se passent à Mayotte. Indifféremment, des hommes et des femmes, adultes et enfants y sont poursuivis, chassés, traqués comme des rats en temps de peste. Ils y vivent une angoisse autant insoutenable qu’inadmissible. Ils y sont pourtant chez eux par la nature, par le sang, par l’histoire et par le droit. En vérité, le monde assiste en direct, à une chasse brutale et haineuse non pas au Comorien des autres îles, non pas même à l’homme mais à l’humanité. Les Comoriens sont, sous les yeux du monde entier, victimes d’un attentat à l’humanité. Sous le parapluie de la préfecture française, des milices incontrôlées font des descentes dans les quartiers et les maisons repérées, identifiés et ciblées, opèrent de nuit ou en plein jour, raflent, bastonnent et violentent. On n’imagine pas ces horreurs se dérouler aussi librement, tranquillement et impunément sans que ce soit le résultat d’une politique sinon élaborée, du moins admise d’un clin d’œil bien senti depuis les bords de la Seine.


En sorte qu’on ne peut pas ne pas tenir Paris pour directement responsable du déchaînement de haine qui s’abat sur Mayotte, du chaos humanitaire qui s’y développe et du désastre moral qui y envahit les esprits et les cœurs. Ce n’est d’ailleurs pas sans peine que nous dressons ce constat mais le discours de Pierre Messmer, à l’époque Premier ministre, prônant en 1973 un décompte île par île des résultats du référendum d’indépendance nous a opérés de la cataracte. Nous voyons bien qu’il y a deux France, il y a la France qui a nourri de nombreuses générations d’entre nous de sa culture, de sa langue, de sa générosité, resplendissante des droits de l’homme, la France de Voltaire, la France de Victor Hugo, cette France devant laquelle nous tombions, que dis-je ? nous tombons encore d’admiration ; et il y a l’autre France, celle que nous abhorrons, celle qui a posé sa botte de cinquième puissance mondiale, sa botte cloutée de puissance nucléaire sur notre pays, sur notre nation, sur notre peuple. Nous croyons juste ce que proclame Victor Hugo dans Les misérables : « N’importe, et quoi qu’on en dise, la révolution française est le plus puissant pas du genre humain depuis l’avènement du Christ. Incomplète, soit ; mais sublime. » De même que nous croyons vrai ce qu’il affirme dans la même œuvre, écoutez bien M. Emmanuel Macron : « La France est faite pour réveiller l’âme des peuples, non pour l’étouffer. »

Mais nous croyons encore davantage à ceci, venant de la bouche d’un Français de cette France que nous aimons, venant de la même bouche généreuse de Victor Hugo, cette bouche accoucheuse de justice et de droit : « La protestation du droit contre le fait persiste à jamais. Le vol d’un peuple ne se prescrit pas. Ces hautes escroqueries n’ont point d’avenir. » Et en effet, dans cette affaire de Mayotte, c’est bien d’une haute escroquerie qu’il s’agit, et elle n’a point d’avenir ; c’est bien le droit qui persiste et persistera à jamais à protester contre le fait, c’est une cause juste qui persiste et persistera à jamais à proclamer son droit contre une brutale manifestation de la politique du plus fort. Il n’y a d’ailleurs pas de gloire pour la France à agir ainsi envers les Comores car si toutes les nations se valent, elles ne s’équivalent pas.

La réaction du peuple comorien de l’intérieur comme de l’extérieur du pays après l’éclatement de ces brutalités à Mayotte est le cri de douleur d’une nation meurtrie dans son âme et dans son cœur. Elle est en même temps la manifestation d’une fierté collective nationale. De Kuala Lumpur à Antananarivo, de Washington au Cap, de Québec à Paris, le même cri de douleur a retenti, jaillissant de centaines de milliers de poitrines comoriennes bouillant de révolte et d’indignation et clamant : Mayotte est notre douleur, elle est notre fierté !

Mais en ces circonstances douloureuses une voix a manqué, et nous le disons avec tristesse. C’est la voix de celui qui incarne la nation, c’est la voix de celui qui parle en son nom, en notre nom, c’est la voix du Président de la République. Prompt à parler de tout et de rien, son silence en cette occasion a retenti comme un gigantesque tonnerre dans un ciel bleu. Car ce n’est pas la voix d’un ministre de l’intérieur que nous attendions, ce n’est pas la voix d’un ministre des relations extérieures que nous attendions, c’est la voix des Comores que nous aurions souhaité entendre. Nous aurions souhaité l’entendre exprimer notre douleur commune, proclamer notre fierté collective, fédérer notre sentiment national, agréger notre engagement et notre détermination sans faille. Cette voix a manqué dans notre concert national.

Silence ! Silence ! Taisez-vous ! Le Président de la République va parler.

Il va sans doute dire que ce pied clouté que la France pose depuis plus de quarante ans sur notre pays nous fait mal.

Il va sans doute annoncer la nomination d’un ministre d’Etat chargé de la question de Mayotte.

Il va certainement annoncer la convocation d’une session spéciale de l’Assemblée nationale pour débattre de la situation créée à Mayotte.

Il va appeler à la constitution d’un Conseil national du peuple comorien pour Mayotte regroupant des représentants de tous les partis politiques toutes tendances confondues, des représentants de toutes les composantes de la société civile et des représentants des Comoriens de l’étranger.

Il va sans doute annoncer les mesures et dispositions qu’il entend prendre au niveau international pour mobiliser la communauté internationale, l’Union africaine, la Ligue des Etats arabes, la Conférence Islamique et naturellement l’ONU.

 L’occupation d’un pays d’autrui est de ces hautes escroqueries qui n’ont pas d’avenir. Aujourd’hui, demain, après-demain, dans un an, dans quarante, Mayotte retrouvera son ensemble naturel car les causes justes finissent par triompher, les Comores et la France ne s’en porteront que mieux.

Mohamed Abdou Soimadou, Ancien ministre


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