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des Comores

Libre opinion / Les travaux herculéens du Président Azali (1ère partie)

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Libre opinion / Les travaux herculéens du Président Azali (1ère partie) © : HZK-LGDC

A)-Enormes interrogations


L’engagement pris avec conviction et détermination par le Président Azali, d’une émergence socioéconomique des Comores d’ici 2030, est une magnifique ambition, mais l’état des lieux est si désastreux, si torturé d’ambiguïtés que cela suscite de nombreuses interrogations porteuses de scepticisme : celle du gigantisme de l’œuvre, dans un pays dont les quatre décennies d’exercice de sa souveraineté n’ont conçu aucune orientation susceptible aujourd’hui d’apparaître comme l’axe majeur d’un tel pari ; l’agriculture, qui pouvait en être le socle de référence, restant immuable dans sa finalité moyenâgeuse de cultures de subsistance familiale au sein d’un monde rural sans horizon, victime de ses convictions sclérosées par le fatalisme ; celle, signifiante d’irresponsabilité coupable, de l’abandon de tous les autres secteurs d’activité, notamment le tourisme, atout majeur de notre potentiel, dont les îles de la zone ont pourtant fait l’axe de stabilisation de leur économie; celle d’un système éducatif  en totale inadéquation avec les enjeux socioéconomiques du pays, sans structures et sans colonne vertébrale pour faire face au flux d’élèves assoiffés de savoir; celle, enfin, de notre culture politique, qui traduit en elle-même toute notre incapacité héréditaire à nous relever, qui n’a de vie que par l’influence des archaïsmes socioculturels, qui catalyse les inclinations de complaisance, opte pour le paternalisme là où devrait s’imposer la rigueur alliée à l’intérêt général, et qui ignore la nécessité d’une ligne idéologique, primat partout ailleurs de tout vrai parti politique.

Ce seront donc de vrais travaux d’Hercule, qui devront venir à bout de tous ces obstacles, et bien d’autres sans doute, s’imposer et élever en une dizaine d’années, à un stade de développement assimilable à l’émergence, un pays aussi démuni, miné par des luttes d’influences culturelles intestines, et figé dans l’immobilisme de l’illusion messianique permanente en ses couches sociales les plus numériquement élevées, les plus dépendantes, et pourtant les plus avares d’efforts pour un mieux vivre.

 B) Un état des lieux de sourde tragédie, après de longues gouvernances à l’image de la colonisation et de ses affres.  

 Nos interrogations reposent clairement sur ce pari – c’en est un, en effet, de la réalisation en dix ans d’une tâche dont le gigantisme et l’extrême complexité, s’ils ne relèvent pas du domaine de ce qui ne se modifie jamais, exigent cependant une durée infinie pour aboutir à un état alternatif nettement meilleur. Nous nous exprimons avec la plus grande lucidité. Rien ne nous pousse à on ne sait quelle surenchère qui chercherait à démonter la noble ambition du Président Azali. Mais dire ce que l’on pense, certainement partagé par bien d’autres, qui se taisent, est, quoi qu’on en pense, la meilleure contribution. Le regard initial des acteurs s’en nourrit et cerne les enjeux, les vérités, même crues, aidant à la compréhension, à la maîtrise des problématiques par des règles d’éthique et à une plus grande lisibilité dans l’exécution de la tâche considérée.

 Quoi qu’il en soit, cet engagement, bien tardif au regard des dizaines d’années d’enlisement dans le tragique que nous nous fabriquons par nos comportements et nos actes, réveille en nous tous les rêves fous d’une souveraineté qui devait ouvrir, quarante deux ans derrière nous, à des horizons de régénération et de rejet de tout ce que l’antériorité à notre exercice de la souveraineté avait de nocif et d’abaissant à notre endroit. Ce fut absolument l’inverse.

Et même si divers tourments ont contribué à l’alourdissement de ce que nous considérons comme une tragique impasse (parenthèse révolutionnaire à l’esprit certes novateur mais globalement mal vécue et rejetée, long pouvoir d’incertitude et de violence inégalée des mercenaires, dure période séparatiste nous ayant fait comprendre la relative solidité de notre unité, traumatisme permanent de notre balkanisation par la puissance coloniale), il est légitime d’affirmer que la tragique pratique d’une régressive colonisation interne durant quarante deux ans demeure la cause principale de cet aboutissement.

Un aboutissement de tragédie dans cet indigne mimétisme qui fait revivre à outrance les pratiques et les visées des colonisateurs, délaisse la mise en valeur des secteurs d’activité, outrepasse même les méfaits de la colonisation en laissant s’intégrer dans la culture populaire la corruption et les massifs détournements de fonds publics. C’est aussi un contexte culturel de banalisation de l’électoralisme politique, du népotisme, de l’impunité, de la permissivité et, horreur, de l’abandon d’une vision d’avenir en négligeant totalement le système éducatif dont l’éducation de base a sombré, le secondaire et le supérieur piétinant dans un pis aller des pires exemples. Tout, absolument tout, relève d’une absolue condamnation, même si, dans certaines gouvernances, une pratique politique paternaliste, mais sélective et génératrice d’antivaleurs, a produit l’illusion de la normalité, ce qui est aggravant par l’aspect trompeur qui en ramollit la vision critique.   

    

Ali Mlamali, enseignant à la retraite

                    


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