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des Comores

Libre opinion / Le mutisme du Mila-na-Ntsi face aux dérives sociétales du temps moderne : Vers une justice unique moderne ?

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Libre opinion / Le mutisme du Mila-na-Ntsi face aux dérives sociétales du temps moderne : Vers une justice unique moderne ? © : HZK-LGDC

Pour une critique d’une pratique devenue quasi fantaisiste Il m’arrive souvent de me demander si le Mila-na-Ntsi, cette pratique héritée des aïeuls serait en déclin, mais que certains, pour des raisons purement personnelles, le plus souvent accessoires et lucratives essaieraient d’en justifier une vaine raison d’être. En effet, il me parait laborieux aujourd’hui, le fait de tenter ou de vouloir justifier le Anda na Mila face aux dérives sociétales, face à son incapacité aujourd’hui d’élever une voix, d’en créer même certaines voies pour régler de véritable problèmes sociétaux qui rongent pourtant nos cités aujourd’hui et dont la justice moderne n’a forcément plus la tactique appropriée pour une solution exemplaire et viable.


L’insoutenable mutisme du Mila na Ntsi face à l’inqualifiable

Je ne suis pas en train de dire, comprenez-moi bien, que la décision d’un tiers, d’aller se plaindre ou se confier à un juge, suite à une quelconque injustice serait un fait inutile, que  le verdict du juge d’instruction ne serait pas la réponse appropriée pour une telle injustice. – Non, ce n’est pas ce que je veux dire. Je m’étonne seulement des dérives sociétales au sein d’une société comorienne prise aujourd’hui au piège d’une modernité incontrôlée, destructrice, dévalorisante, une société à la merci des maux et des envies matérialistes défiant le moral. Les exemples sont si nombreux et illustrent parfaitement ce triste constat ; que dire des multiples disputes, des innombrables querelles entre frères, sœurs, oncles ou autres au sein des familles comoriennes d’ici ou d’ailleurs, des familles qui se déchirent quotidiennement pour des raisons plus ou moins connues mais sans solutions ?

Combien sont les simples démêlés entre membres de familles villageoises qu’on laisse traîner en justice moderne aujourd’hui et qui finissent par, non pas trouver une solution apaisée pour des familles solides mais qui purifient plutôt la dislocation de ces familles-là ? Combien de frères et sœurs, combien de membres de familles se confient-elles naturellement aujourd’hui à des avocats, à des juges d’instruction, à des cadhis, suite à des différends privé  auxquels on ne retrouve plus des réponses mais qui, jadis n’ont jamais échappé à la vigilance de l’œil du Mila na Ntsi comme premier et ultime recours efficace ? Que dire de cette pratique devenue trop accessoire, caduque et non bénéfique à des cités, à une société que nous voudrions apaisées ?

Comment peut-on continuer à faire la promotion d’une pratique du Mila na Ntsi clairement démissionnaire et dépourvue de sens parce qu’il est démuni de ses fondamentaux ? L’absurdité du Mila na Ntsi, sa non-raison d’être surtout se manifeste de plus en plus aujourd’hui lorsque dans nos cités, le pire a lieu dans l’indifférence totale chez les défendeurs traditionnels de cette pratique. Que s’est-il passé à Ntsoudjini le lundi 27 août 2018 et quelle justice pour empêcher de tels scénarios futurs dans le pays ? Le silence inouï de la sphère Mila na Ntsi est une remarquable preuve de d’inutilité de la pratique. Ce silence serait-il synonyme de performance de la justice moderne ? 

Quand le Mila na Ntsi démissionnaire se cache derrière une justice moderne sans moyens ni garantie

Au-delà des réponses juridiques que vont apporter les enquêteurs de cette affaire de double meurtre de Ntsoudjini, le constat nous interpelle quant au rôle et la nécessité du Mila na Ntsi aujourd’hui pour la paix, la sécurité et l’harmonie sociale dans nos cités. Ce triste fait divers de Ntsoudjini a été relayé en unes, mardi 28 août dernier : « Deux morts tragiques à Ntsoudjini », avait-il titré ce jour-là La Gazette des Comores, alors que leurs confrères d’Al-watwan disait « Mystère d’un double ‘‘suicide présumé’’ à Ntsoudjini ». Le journal Al-watwan qui s’y est encore intéressé dans son N°3504 du mercredi 5 septembre 2018 : « Double homicide à Ntsoudjini : Le parquet ouvre une information judiciaire contre X ». La justice s’intéresse visiblement à cette horrible affaire mais nous savons bien aujourd’hui ses lourdeurs, ses contraintes, son caractère méticuleux et ses limites surtout.

On aurait souhaité une seule justice capable de corriger mais surtout d’éviter les dérives et déboires sociétales dans le pays. Hélas, dire que le gardien de la paix, l’avocat et le juge constituent seuls cette garantie, ce serait se mentir aujourd’hui. Je doute donc que ceux qui incarnent les pratique du Mila na Ntsi se cachent derrière cette justice moderne incarnée par les enquêteurs et le juge pour se dédouaner simplement, se désapproprier des faits graves, horribles qui ne font pas honneur à nos cités respectives, des faits qui n’honorent pas nos familles, encore moins les têtes qui en portent les chapeaux. Face à une telle situation, l’on craint que le choix de laisser la justice moderne continuer seule l’aventure à enquêter sur ces faits divers, ne suffise pas pour garantir une harmonie sociétale dans notre pays décomposé en îles, régions, et communautés villageoises…etc. Car après tout, il se posera le problème de moyens, de suivi, de volonté de coopérer, d’interférences, d’ingérence, ces gros poisons pour une justice fiable et équitable.

Devant une telle situation, que dire du Mila na Ntsi ? Quelle est vraiment sa raison d’être puisqu’il ne résout plus à rien face aux problèmes auxquels se confrontent nos cités ? Son mutisme serait-il l’expression d’une démission ? Ce constat laisserait-il simplement place à l’émergence d’une seule justice moderne qui ne composerait pas avec d’autres droits naturels et traditionnels ? Le Mila na Ntsi peut-il vraiment faire objet de débats intellectuels ?

Ce qui est tu ou dit entre hommes accomplis peut être commenté par ceux qui ne sont pas des « accomplis » ? Les intellectuels devenus hommes ou femmes accomplies peuvent-ils engager ce débat en cas de nécessité ? S’interroger sur le rôle du Mila na Ntsi, les stratégies à mettre en place pour justifier sa nécessité dans le quotidien villageois aujourd’hui me semble indispensable pour tenter de comprendre et démêler les responsabilités de chacun face à des situations plus ou moins dévalorisantes et qui ternissent l’image de toute une société vraisemblablement dépassée à l’heure actuelle par l’évolution des mentalités.

Abdoulatuf BACAR, Enseignant

 

 

                                                         


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