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des Comores

Libre opinion / Le cas AAA est-il isolé ?

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Libre opinion / Le cas AAA est-il isolé ? © : HZK-LGDC

Sous les cocotiers, il n’y a pas que le soleil qui tape fort et qui fait monter la température, surtout en ces moments de réchauffement climatique. Sous les cocotiers, Il est des nominations qui soulèvent un tollé et chauffent les réseaux sociaux et autres discussions dans les « bangwes » de toutes sortes.


Il s’appelle Ahmed Ali Amir, un journaliste à la plume percutante, connu pour ses prises de positions tranchées. Depuis peu, comme il l’a écrit lui même le 14 mai : « J’ai décidé de prendre congé de ma profession de journaliste (...) et j’ai accepté d’administrer une coordination de la communication et de la presse de la présidence et du gouvernement. »

Cette nomination a eu l’effet d’une bombe. Le choc fut immédiat. Les critiques les plus acerbes sont proférées notamment par ses collègues journalistes. Très vite, l’affaire Ahmed Ali Amir est née. Le jugement tombe : il est allé renforcer la dictature. Avoir accepté le poste est en soi une trahison. Il est passé de l’autre côté, le mauvais côté; celui de l’injustice, de la dictature. Il n’a pas pris fonction. Il est déjà cloué au pilori. 

Je ne voudrai pas m’appesantir sur le cas AAA, qui risque de se reproduire. Mais, pourquoi alors la foudre populaire s’abat sur Ahmed Ali Amir ? Le tort de AAA malgré ses qualités professionnelles, est d’être allé à la soupe. Il va prêter mains fortes à un gouvernement rejeté par une partie de la population. 

On s’offusque de ce que nombre de personnes font pourtant. Ils sont combien les Comoriens qui, par conviction et par respect de leurs principes, ont refusé un poste important au sein du gouvernement ? Il doit sans doute en exister quelques uns. Ils ne le font pas savoir. Mais, le retournement de veste n’est-il pas une affaire récurrente dans le contexte comorien? Il se comprend à la lumière de l’histoire des mentalités ; une histoire qui n'est pas enseignée. 

En réalité, le peuple comorien s’accommode d’un système de gouvernance qui promeut et valorise la triche, l’hypocrisie, la médiocrité et la corruption des mœurs à tous les échelons. Jeune fille, j’entendais les adultes de mon bled qui, jadis, regorgeait d’hommes et de femmes intègres, traitaient de « con » un directeur des douanes parce qu’il n’acceptait pas d’être corrompu.  

Les valeurs telles que le travail, l’honnêteté, l’intégrité, l’amour de la patrie, l’intérêt général, ne sont pas promues ni à l’école, ni au sein des familles ni au sein des organisations non gouvernementales ou culturelles, ni portées par les décideurs. La course au pouvoir et à l’argent est un objectif en soi pour bon nombre de gouvernants, de leaders.

Et si chacun de nous faisait une introspection et s’interrogeait sur ce qu’il devrait faire pour participer positivement, de manière active ou passive, à l’éducation de la jeunesse comorienne dans le respect des valeurs démocratiques et des principes d’un état de droit ? Et si nous devenions véritablement et tout simplement des citoyens qui aiment notre pays et qui, comme un seul Homme, privilégient l’intérêt général au détriment des intérêts égoïstes et partisans? 

 

Notre tort à nous tous, pères, mères, taximen, paysans, cadres de l’administration publique et du privé, enseignants, maîtres d’école, ministres, députés .... notre tort à nous tous enfants de ce pays, est, pour certains, d’avoir participé activement, et pour d’autres, d’être complices du naufrage, en s’accommodant de ce qui n’est pas convenable. 

L’histoire de ce pays peut basculer de façon imprévisible. Il me semble que ce qui importe est d’être acteurs du changement.

Un ancien ami m’a dit : « Ceux qui restent dans l’histoire et sont respectés sont ceux qui s’élèvent contre l’injustice. Les autres, au mieux seront oubliés ; au pire seront punis »

 

Chouhoura Abdallah

 


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