Aux Comores, les industries culturelles et créatives s’imposent progressivement comme un levier de développement économique et de structuration des filières. Porté par la Commission de l’océan Indien, le projet ICC accompagne cette transformation à travers des financements, des outils et des initiatives concrètes.
Le projet ICC : un levier structurant pour le développement
Mis en œuvre par la Commission de l’océan Indien (COI) avec le soutien de l’Agence Française de Développement
(AFD), le projet ICC vise à faire des industries culturelles et créatives un pilier durable de croissance, d’emploi et
de coopération régionale.
Doté d’un budget de 5,1 millions d’euros couvrant six pays de la région (Comores, La Réunion, Madagascar,
Maurice, Seychelles et Mozambique), ce programme contribue à une transformation progressive du secteur aux
Comores.
Entre 2022 et 2025, la participation des Comores au projet ICC témoigne d’une dynamique de structuration en
cours :
15 projets soutenus, couvrant différents maillons de la chaîne de valeur
Des appuis mobilisant plusieurs dispositifs complémentaires : bourses de mobilité (AléVini), bourses
d’études (Tafà), soutien aux œuvres numériques, appui à des événements culturels et projets de co-
création régionale
30 professionnels formés en management culturel, en entrepreneuriat dans le tourisme culturel et en
danse contemporaine
Ces interventions contribuent à renforcer les compétences, structurer les parcours et accompagner l’émergence
d’initiatives plus pérennes.
Des outils concrets pour structurer le secteur
Au-delà du financement, le projet ICC met à disposition des acteurs des outils structurants pour professionnaliser
le secteur :
La plateforme régionale Kiltir, qui renforce la visibilité des acteurs, facilite les collaborations régionales et
contribue à structurer un marché des ICC
Les webinaires ICC Konèk, organisés chaque dernier jeudi du mois, dédiés aux enjeux réglementaires et
entrepreneuriaux
Un MOOC régional gratuit sur l’égalité de genre et la lutte contre les violences basées sur le genre
En parallèle, un travail de fond a été engagé autour du patrimoine, avec la mise en place d’un inventaire régional
en ligne des architectures traditionnelles.
La richesse du patrimoine comorien y est documentée à travers 49 fiches, mettant en valeur architectures et
savoir-faire. Cet outil constitue une ressource stratégique, à la fois pour la transmission et pour le développement
d’offres de tourisme culturel.
Portraits : une nouvelle génération d’acteurs
Derrière ces dynamiques, ce sont avant tout des parcours et des visages qui incarnent l’évolution du secteur aux
Comores.
Photographe, Ali Mahmoud explore, avec The Living Memories, les liens culturels qui traversent l’océan Indien,
entre mémoire et identité.
À travers le slam et la littérature numérique, Intissam Dahilou porte une parole engagée, valorisant les territoires
et la voix des femmes.
Dans l’audiovisuel, Idrisse Moussa accompagne des associations locales dans leur structuration et leur accès au
financement. Irham Abdou, quant à elle, contribue à professionnaliser les parcours artistiques en accompagnant
les talents vers des circuits internationaux.
Avec une approche innovante du patrimoine, Mohamed Said développe des outils numériques pour transmettre
les traditions aux jeunes générations. Ouinasse Mohamed El Had valorise les produits locaux et les savoir-faire à
travers des initiatives entrepreneuriales ancrées dans le tourisme culturel.
Ces trajectoires illustrent un secteur en évolution, qui se structure progressivement, en lien avec des institutions
nationales telles que le CNDRS, acteur clé de la préservation et de la valorisation du patrimoine scientifique et
culturel.
Une industrie émergente, qui peine à franchir un cap
Aux Comores, les initiatives dans les industries culturelles et créatives se développent, portées par des acteurs
engagés. Plus de 85 candidatures soumises aux appels à projets en témoignent, révélant un vivier réel d’idées et
d’initiatives.
Pourtant, leur transformation en activités économiques durables reste limitée.
Le premier frein réside dans l’informalité, qui demeure élevée. De nombreux acteurs évoluent sans cadre
structuré, ce qui complique l’accès aux financements et freine la consolidation des activités.
La question du droit d’auteur constitue un autre enjeu central. Si un cadre existe, son application reste partielle,
limitant la protection des œuvres et la sécurisation des revenus.
Plus largement, le secteur reste insuffisamment connecté aux dispositifs économiques existants. Les liens avec les
chambres de commerce, les mécanismes de financement ou les filières structurées — notamment dans le
tourisme — restent encore à renforcer.
Ces contraintes freinent directement la création d’emplois ainsi que la capacité à transformer le patrimoine et les
savoir-faire en activités économiques structurées et pérennes.
Conclusion
Alors que les Comores s’apprêtent à accueillir, les 27, 28 et 29 avril 2026, la 15e édition du Forum économique
des îles de l’océan Indien, consacrée au renforcement des synergies régionales, la transformation du potentiel des
industries culturelles et créatives en activités économiques concrètes et en emplois s’impose comme une priorité.
« L’enjeu est de donner à une nouvelle génération les moyens et l’envie de s’engager dans l’entrepreneuriat
culturel. Cela passe par un environnement plus lisible, des opportunités concrètes et une meilleure reconnaissance
de ces métiers comme voie professionnelle d’avenir. »
Astrid Audibert, coordinatrice du projet ICC, Commission de l’océan Indien
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