La Gazette

des Comores

Les battements d’une Nation, Partie 2

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Les battements d’une Nation, Partie 2 © : HZK-LGDC

Dimanche 6 Juillet 1975. Ce jour-là commença de la façon la plus ordinaire. Un matin calme, rafraîchi par le léger vent des alizés omniprésents en cette saison. La ville vaquait à son ordinaire. Mais, dès le milieu de la journée, un observateur quelque peu attentif pouvait remarquer que Moroni se remplissait peu à peu et de manière non habituelle de personnes amenées à la Capitale par un ballet incessant de taxis collectifs remplis de passagers de tous âges.


Dès la fin de la prière de l’après-midi, des hommes et des femmes en nombre convergeaient vers la Chambre des Députés, qu’ils envahirent littéralement. L’hémicycle, les couloirs, les travées, la terrasse et même les rues adjacentes étaient noyées de monde. L’accès au bâtiment était devenu problématique et la circulation automobile quasiment impossible aux abords de la Chambre. Chacun était impatient de savoir ce que le Président du Conseil avait de si urgent à dire pour provoquer en urgence cette session qui attirait autant de monde.

A l’heure fixée, tous les députés ainsi que tous les membres du Gouvernement étaient là. Seuls absents notoires, les élus mahorais ! C’est donc dans un hémicycle agité, bruyant d’interrogations, qu’apparut Ahmed Abdallah Abdérémane. Debout sur l’estrade, face au public, les bras levés, il savourait, plein de dignité, l’hommage qui lui était ainsi rendu. Il salua l’auditoire les poings levés au-dessus de la tête, balayant d’un regard intense l’auditoire. La foule présente bruyante se fit immédiatement silencieuse, avant d’exploser en applaudissements nourris en réponse au salut fraternel que lui adressait le chef du Gouvernement. Il demanda le silence. Il fut obéi. Alors, le menton levé, les yeux exagérément écarquillés, il promena sur l’auditoire un regard insistant, scrutant chaque visage avec une gravité non feinte. C’était un capitaine pris au milieu de la tempête, mais prêt à toutes les manœuvres, même les plus périlleuses et les plus audacieuses, pour atteindre un rivage qu’il savait proche, à portée de voix.

Il se recueillit un instant, puis, d’une voix puissante rappela le combat contre l’injustice, la domination et l’exploitation qu’il entendait perpétuer contre le même ennemi : la colonisation et ses pratiques de spoliation. Il rappela aussi son attachement à la France qu’il soupçonnait de chercher à perpétuer sa domination en jetant son dévolu sur l’île comorienne de Mayotte.

Quand il eut fini son propos en comorien, il ouvrit une chemise cartonnée, en sortit une feuille de papier qu’il se mit à lire avec application et solennité. C’était une motion par laquelle, il demandait aux élus du peuple de proclamer « l’indépendance immédiate des Comores dans leurs frontières coloniales (…) dans l’amitié et la coopération avec la France ». Le vote fut unanime. C’est alors qu’il eut ses mots qui, pour toujours, ont scellé le destin de toute une Nation dont le cœur battait au rythme de l’espoir et de la détermination : « Je proclame l’Indépendance Unilatérale des Comores, dans ses frontières coloniales, à savoir Mayotte, Anjouan, Mohéli et Ngazidja ». Un torrent d’émotion déferla sur l’ensemble de la foule. Des applaudissements frénétiques et des acclamations retentirent dans l’air. Une page de l’histoire des Comores venait d’être tournée, à la surprise de tous…

 

S.C/S.C

 


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