Nombreux sont les chefs d’Etat des pays durement touchés par le COVID-19 qui ont utilisé un vocabulaire belliqueux pour exprimer la lutte contre cette maladie. Comme toute guerre, il y a besoin de bien s’armer et utiliser une stratégie adaptée pour sortir vainqueur. Pour lutter contre le COVID-19, les mesures de prévention individuelles sont les armes les plus efficaces pour se protéger soi-même, protéger sa famille et tout le pays.
Renforcer les moyens de lutte contre le COVID-19 aux Comores est d’autant plus important que la situation épidémiologique y est très inquiétante. A ce jour, les autorités comoriennes font état de 11 cas confirmés dont 1 décès et 84 cas suspects. Toutefois, cette situation pourrait être sous-estimée. En effet, en l’absence de mesures de protection adéquate, une personne atteinte du COVID-19, contamine en moyenne 3 autres personnes. De plus, la période d’incubation de la maladie, qui correspond à la durée entre l’infection et l’apparition des premiers signes du COVID-19 varie de 1 à 14 jours avec une moyenne de 5 à 6 jours. A cela s’ajoutent les nombreuses personnes porteuses du virus SARS-COV-2, responsable de la maladie, qui sont asymptomatiques ou pauci-symptomatiques.
Dans ces conditions, l’application des gestes barrières est très importante. Ces mesures sont : se laver les mains plusieurs fois par jour avec du savon ou avec une solution hydrologique, porter de masques, se saluer sans se donner la main, tousser sous le coude, éviter les rassemblements et ne sortir de chez soi qu’en cas de strict nécessité pour diminuer le risque de rencontrer une personne potentiellement contagieuse. Si l’on est obligé de sortir, le respect de la distanciation sociale est indispensable. En effet, une personne atteinte du COVID-19 transmet le virus à travers les postillons qui sont les gouttelettes de salive projetées en parlant ou en toussant mais aussi les particules libérées par les voies respiratoires en éternuant. C’est pour cette raison qu’il est recommandé de se tenir à plus d’un 1 mètre les uns des autres afin d’éviter de se faire contaminer par son interlocuteur ou par la personne en face.
En plus de ces mesures individuelles et celles coercitives prises par le gouvernement, les autorités doivent surtout mettre en place une vraie stratégie de dépistage et d’investigation des cas confirmés pour enrayer la dynamique épidémique. Parmi les outils les plus efficaces figure le contact tracing.
Le contact tracing est un anglicisme qui se défini par le suivi des contacts. C’est l’un des meilleurs moyens à mettre en œuvre pour lutter contre le covid-19. Cette méthode consiste à suivre les proches contacts d’une personne confirmée positive au COVID-19 jusqu’au 14ème jour de la date du dernier contact. Ces 14 jours correspondent à la période d’incubation maximale du virus. L’objectif est de casser les chaines de transmission de la maladie et prévenir la propagation du virus.
Concrètement, le contact tracing devait être mis en place autour de chaque cas confirmé. Dès l’annonce des résultats des analyses biologiques, la personne atteinte du COVID-19 devrait s’isoler rapidement pour éviter de propager la maladie. Les autorités devraient vérifier si la personne a les moyens de s’isoler à son domicile et lui fournir des masques pour protéger les membres de la famille. Un enquêteur de l’équipe d’investigation doit rapidement entrer en contact avec lui pour l’interroger sur sa santé mais aussi sur les circonstances d’exposition à la maladie et établir la liste de tous ses contacts. Ces derniers doivent être interrogés par la suite sur leur état de santé puis classés selon 2 niveaux de risque :
- Risque modéré à élevé : dans ce niveau de risque, ce sont les personnes qui ont eu un contact étroit avec la personne confirmée positive au COVID-19. Un contact étroit est une personne qui, à partir de 24 à 48h précédant l’apparition des symptômes d’un cas confirmé, a partagé le même lieu de vie (par exemple : famille, même chambre) ou a eu un contact direct avec lui, en face à face, à moins d’1 mètre du cas ou pendant plus de 15 minutes, lors d’une discussion ; flirt ; amis intimes ; voisins de classe ou de bureau ; voisins du cas dans un moyen de transport de manière prolongée ; personne prodiguant des soins à un cas confirmé ou personnel de laboratoire manipulant des prélèvements biologiques d’un cas confirmé, en l’absence de moyens de protection adéquats.
- Risque faible : les personnes qui ont eu un contact très limité avec le cas confirmé au COVID-19 de manière ponctuelle, sans passer plus de temps comme décrit au premier niveau de risque.
Les contacts à risque modéré à élevé sont ceux qui peuvent potentiellement devenir des cas confirmés. Idéalement, ces contacts devaient être mis en quatorzaine et suivis par téléphone une fois par jour pendant 14 jours pour vérifier s’il n’y a pas apparition des symptômes. En cas d’apparition du moindre symptôme, ces contacts doivent pouvoir appeler les autorités afin de se faire prélever pour vérifier biologiquement s’ils sont positifs au SARS-COV-2. La précarité de la grande majorité de la population pourrait être un frein à l’application d’une telle mesure. La solution alternative serait de fournir à ces contacts des masques couvrant la période de quatorzaine. Une attention particulière doit être portée aux personnes âgées et celles ayant des comorbidités, elles sont plus à risque de développer des formes plus sévères de la maladie.
Si ce travail de contact tracing n’est pas fait de manière rigoureuse et dans les meilleurs délais, entre 24 à 48h maximum après la confirmation biologique de chaque cas, nous prendrions le risque de passer dans des phases plus compliquées de la circulation du virus sur notre territoire. En France, le premier ministre a parlé d’une brigade de contact tracing massif, pour désigner l’équipe en charge du suivi des contacts proches d’une personne atteinte du COVID-19 après le deconfinement de la population. Les responsables en charge des investigations épidémiologiques aux Comores pourraient s’appuyer des volontaires du milieu associatif, qui, une fois formés et équipés de moyens de protection, seraient surement très ravis d’apporter leur soutien pour former une telle brigade. D’ailleurs, les initiatives fusent dans notre pays. Des associations villageoises mettent en place, un peu partout sur le territoire, des mesures de prévention pour combattre le COVID-19. Elles ont besoin d’être encouragées dans ces initiatives car la santé est un bien commun à tous.
Dr Hassani YOUSSOUF, Epidémiologiste
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