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des Comores

Le boycott électoral : un concept et une spécificité de notre continent ?

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Le boycott électoral : un concept et une spécificité de notre continent ? © : HZK-LGDC

Qu’en est-il de la gouvernance politique et du processus électoral en ce qui concerne notre pays ? hélas ! Depuis le mois d’Avril 2018 notre bel archipel aux parfums se trouve englué et enlisé dans une grave crise de gouvernance politique à l’issue incertaine. Le train du dialogue politique est en panne, celui des libertés publiques et des droits humains marque le pas. Le pouvoir et l’opposition ne se parlent plus.


A l’origine de cette grave crise de gouvernance politique, trois initiatives importantes mais controversées du chef de l’Etat.

Première initiative :

Le transfert en date du 13 avril 2018 des pouvoirs de la Cour constitutionnelle (CC) à la Cour Suprême (CS) sans autre forme de procédure. L’opposition soutenue alors par des nombreux juristes de la place était vent debout pour dénoncer vigoureusement l’inconstitutionnalité flagrante de ce transfert et réclamer son abandon, en vain ! Personnellement j’avais exhorté respectueusement les plus hautes autorités de l’état à s’abstenir de jouer avec les institutions, au risque de plonger le pays dans l’abime et le chaos. Mais là aussi sans succès !

Seconde initiative :

La tenue, le 30 juillet 2018 du referendum constitutionnel également controversé : le boycott de la consultation prôné alors par l’opposition a été durement réprimé par le pouvoir.

Troisième initiative :

Elle concerne la présidentielle d’avril 2019 : celle-ci a été brusquement interrompue d’une façon musclée par les candidats de l’opposition quelques heures seulement après le début des opérations de vote. Ils protestaient selon eux « contre les conditions scandaleuses du déroulement du scrutin, accusant le pouvoir de fraudes massives ayant transformé les élections en farce minable ». La encore le pouvoir avait sévi durement contre l’opposition.

En bref, le boycott du referendum constitutionnel et la destruction du matériel électoral lors de la présidentielle de 2019 ont été durement réprimés par les autorités. Une répression qui s’était notamment traduite par l’arrestation de nombreuses personnalités et des partisans de l’opposition, ainsi que leurs condamnations à des lourdes peines de prison. Dans le même temps le pouvoir affirme avoir déjoué une tentative d’atteinte contre la sureté de l’état impliquant des personnalités politiques, de l’armée ainsi que de la société civile. Les accusés étaient alors jugés et condamnés à des peines lourdes dont la perpétuité pour certains d’entre eux.

En juillet 2019, le chef de l’Etat a gracié tout les condamnés. Un geste d’apaisement de sa part sans doute mais manifestement insuffisant pour une normalisation de la situation toujours très tendue. En effet, la dure répression des manifestations contre le referendum constitutionnel et la présidentielle d’avril 2019 a généré un vif ressentiment ainsi qu’un grave traumatisme toujours présents au sein de la population et de la classe politique : Les comoriens vivent dans la peur et l’angoisse permanente, ainsi que dans la méfiance réciproque, tout cela dans un climat mal sain de malaise et de suspicion. Le climat relationnel s’est considérablement dégradé et pollué. Les forces de l’ordre prennent comme un malin plaisir à intimider la population ; l’espace d’expression des libertés fondamentales a  tendance à se rétrécir. Le dialogue politique est totalement coupé et le consensus national brisé.

Selon les dirigeants de l’opposition le pouvoir s’éloigne de plus en plus des principes démocratiques élémentaires, du respect des droits humains. Ils justifient ainsi leur décision de boycotter les législatives du 19 janvier. Reste à savoir quelle forme revêtira ce boycott électoral. En tout cas le constat est amer, notre bel archipel aux parfums continue de s’enliser dans la crise de gouvernance politique. A quand donc la sortie de crise ? Qu’Allah protège le peuple comorien ainsi que notre beau pays.

AbdoulMadjid Youssouf

 

 


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