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La République des Comores, 50 ans bientôt (1975-2025)

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La République des Comores, 50 ans bientôt (1975-2025) © : HZK-LGDC

« En politique, ce qui arrive souvent, c’est l’imprévisible » Jean D’ORMESSON de l’Académie française (1925-2017).


D’ici trois ans, notre pays, l’Union des Comores fêtera ses 50 ans d’Indépendance. Pour cela, rappelons d’abord quelques événements historiques : 6 juillet 1975, 3 Août 1975, 13 Mai 1978, 26 Novembre 1989, 27 Septembre 1995, 3 Août 1998, 6 novembre 1998, 30 Avril 1999… ne vont pas sans la tentation, sans la tentative de changer l’homme comorien.

Révolutionnaires conquérants de l’inutile, qui participent à l’espoir de changer la société comorienne pour un lendemain meilleur ou à l’espoir de changer l’ordre social, l’ordre colonial établit par les Blancs pendant plus d’un siècle et demi de colonisation : transformer les conditions d’existence pour déterminer et instaurer une autre conscience : celle qui effacera le pouvoir des colons et qui mettra désormais en place un « homme nouveau ».

N’est-ce pas une tâche impossible ? Mais c’est rêver de justice, rêver d’aboutir à une égalité entre hommes et femmes comoriens (Président Ali Soilihi) ; égalité des citoyens désaliénés, non exploités, à égalité de chances, parce que libérés du système colonial et instaurer une nouvelle voie, celle qui mène vers un monde nouveau, dans un Etat démocratique, qui ressemblerait à celui des révolutionnaires français, ayant pour devise : « liberté, égalité, fraternité » (Selon le souhait du feu Président Saïd Mohamed Djohar et sa fameuse démocratie). 

Vous croyez rêver, diront les autres ! La fraternité, entre colon et colonisé, entre bourgeois et paysan, entre riche et pauvre n’existe nulle part au monde surtout pas aux Comores. Pourquoi ? Parce que le monde est fratricide. L’histoire, notre histoire est faite de bruit et de fureur, de sang, de sueur, de peines et de larmes ; en un mot, notre histoire du moins celle de ces cinquante dernières années d’indépendance, est marquée par la violence. Violence entre le bras de mer qui sépare Anjouan et Mayotte (trop de morts), violence en tous lieux, de tous temps avec les mercenaires français dont Bob Denard en tête. Cette violence est inhérente à la vie politique de cet Etat/Nation depuis juillet 1975. Plusieurs de nos chefs d’Etats ont été sauvagement abattus par le système colonial français. Cette violence rythme la vie des hommes politiques comoriens : le monde politique comorien est constitué d’une part, par les victimes (nationaux) et d’autre part les bourreaux et leurs complices (anciens colons et mercenaires français).

Quant à la classe politique d’une manière générale, car elle aussi, elle a sa part de responsabilité dans cette violence aveugle, les leaders de ladite classe s’accusent mutuellement et chaque camp désigne l’autre comme l’enfer. Comme disait Jean Paul Sartre, l’enfer c’est les autres.

Aux yeux de l’ancien Président Ahmed Abdallah Abdérémane (Dieu ait son âme), l’enfer ce n’était pas le colon français, ni le mercenaire Bob Denard mondialement connu. C’était plutôt Ali Soilih car il a osé ouvrir une nouvelle page de l’histoire des Comores indépendantes pour prendre part à une révolution, en croyant faire l’histoire sans savoir l’histoire qui est faite.

Une participation solidaire à des entreprises libératrices, à la construction d’une issue qui, comme l’horizon, recule au fur et à mesure qu’on avance. Bientôt 50 ans d’Indépendance, pourtant on a l’impression que c’est aujourd’hui que ça commence…

C’est pourquoi - je me demande et j’estime que je ne suis pas le seul ; qu’après la prise de l’indépendance, la liberté et l’égalité rêvées, la participation aux luttes afin qu’elles adviennent, qu’elles nous ouvrent la voie d’un lendemain meilleur, n’était-ce pas une grande illusion ?

Après 50 ans d’indépendance, le moment n’est-il pas venu de prendre conscience que toute action est liberticide et inégalitaire certes, mais en même temps que toute action n’est pas vaine ?

Chacun de nous n’a-t-il pas le devoir de faire énergiquement, sa longue et lourde tâche, car tout travail est un trésor, participer à rétablir la grandeur de cet Etat/Nation et puis mourir…

J’insiste, il ne s’agit plus de rêver d’ailleurs et de demain, mais de participer ici et maintenant pour redonner l’espoir au peuple comorien, sans être au service d’un absolu, ou en quête d’un absolu, engendrant l’Impossible, mais de changer le quotidien du commun des mortels.

Il s’agit de lutter dans la mesure de nos moyens contre la maladie, la misère, la pauvreté, contre la dictature et la corruption. Il s’agit de ne pas oublier le présent pour l’avenir. Certes je sais bien que la vraie générosité envers l’avenir c’est de tout donner au présent.

2025, c’est presque demain, pour réussir ce pari, il nous faudra regarder à plusieurs dans la même direction. C’est aussi le sens des combats auxquels il faut participer en vue de la liberté et de l’égalité, du respect de la loi, de la démocratie et du droit de l’homme.

Professeur Djaffar MMADI, Universitaire, ancien Ministre           

                                                                                                                      


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